Jean-Pierre Raffarin: «Wauquiez, je l’ai placé en observation»

Politique De passage à Genève, l’ancien premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, s'exprime sur l’élection de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains.

Jean-Pierre Raffarin a été premier ministre français de 2002 à 2005.

Jean-Pierre Raffarin a été premier ministre français de 2002 à 2005. Image: DR

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A Genève pour présenter sa fondation Leaders pour la paix, Jean-Pierre Raffarin, premier ministre de 2002 à 2005, livre son avis sur l’élection de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains. Un parti dont il est toujours membre.

Pensez-vous que Laurent Wauquiez est de taille face à Emmanuel Macron et qu’il peut s’imposer comme son opposant principal?

Il est incontestable que M. Wauquiez est une personnalité de qualité. Les adversaires qui le prennent pour quelqu’un de médiocre se trompent. Je n’ai pas aimé sa campagne pour la tête du parti, marquée par une dérive droitière. Mais maintenant qu’il a gagné, je pense qu’il va travailler au rassemblement. Ce sera difficile, c’est pourquoi je l’ai placé en observation.

On sent une crispation de la population française et même européenne sur les questions d’islam, d’immigration. Laurent Wauquiez dit la prendre en compte. N’est-ce pas une bonne stratégie?

Il y a effectivement en France et en Europe des sujets brûlants: la sécurité, l’islamisme, le chômage… L’impuissance publique a généré sur ces sujets une tentation identitaire qui a renforcé l’extrême droite. Mais je crois que c’est la droite républicaine qui doit contrer la droite extrémiste. Je ne suis pas favorable à une fusion de la droite et de la gauche républicaines, qui risquerait de jeter les opposants dans les filets de l’extrémisme. Tout le sujet pour Laurent Wauquiez va être de limiter l’impact du Front national sans tomber dans le syndrome de Stockholm, sans trop ressembler à son adversaire. 2018 sera une année de vérité. Je ne le présume pas coupable, je suis seulement vigilant.

En tant qu’ancien premier ministre et responsable politique, que lui conseillez-vous sur ces thématiques sans marcher sur les plates-bandes de l’extrême droite?

Sur la sécurité et le terrorisme, il faut une réponse pénale et passer par le renseignement pour faire des progrès. Sur l’islamisme, le levier est de travailler avec des républicains de confession musulmane pour combattre les dérives qui sont plus politiques que religieuses. C’est donc par son travail avec une partie des musulmans que Laurent Wauquiez crédibilisera sa détermination contre l’islamisme. Pour le chômage, c’est en libérant l’initiative des entreprises et en s’affirmant proche des solutions libérales, quand le FN s’inspire du socialisme sur le plan économique.

Que pensez-vous de ceux, comme Xavier Bertrand, qui ont quitté le navire suite à l’élection de M. Wauquiez?

Je fais partie de ceux qui sont restés chez Les Républicains. La priorité pour les gens de centre droit est de travailler au regroupement des trois maisons: la maison Macron, où beaucoup de nos électeurs se sont réfugiés, la maison UDI et la maison LR, où une partie des électeurs subsiste.

Pourquoi ne pas rejoindre tout simplement La République en marche, puisque le centre droit semble aujourd’hui plus incarné par M. Macron que par M. Wauquiez?

La droite républicaine est née de la fusion de l’UDF et du RPR, un quart des militants LR n’a pas voté pour Laurent Wauquiez, ça représente beaucoup de militants et d’électeurs. Le centre droit doit retrouver une maison commune, et nous verrons après 2018 où vont se situer Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez. Dès 2019, nous pourrons distinguer les deux et faire nos choix politiques.

Vous avez quitté la politique pour fonder Leaders pour la paix. L’action politique n’est-elle pourtant pas plus efficace que l’action associative?

En matière de sécurité internationale, le dialogue des nations est essentiel. Il y a des tensions inquiétantes aujourd’hui. On assiste au retour des États puissants avec l’Iran, la Turquie, l’Arabie saoudite, la Russie, la nervosité de la politique étrangère américaine. Deuxième facteur d’inquiétude, la course aux armements qui a repris. Le troisième est la multiplication des zones géographiques régionales dangereuses. Leaders for peace veut être un lanceur d’alerte pour augmenter la conscience de l’opinion publique sur la gravité du monde. Nous allons prendre des crises comme la frontière tuniso-libyenne, où la situation est préoccupante pour le Maghreb et l’Europe. On souhaite s’occuper du problème de la construction du mur entre les États-Unis et le Mexique, ou encore la crise des Rohingyas. On prend des crises réelles mais encore limitées au niveau régional afin de mobiliser l’opinion pour que les leaders prennent conscience. Je veux mobiliser 25 personnes, des ex-premiers ministres, des ministres des Affaires étrangères, des grands chefs d’entreprise… qui ont une expérience des relations internationales.

Que pensez-vous de la diatribe de Jean-Luc Mélenchon, qui a qualifié la Suisse de «centre international du blanchiment»?

Je n’aime pas la France qui donne des leçons, je préfère celle qui bat les extrêmes, le Front de gauche et le Front national. Je pense que la démocratie suisse mérite le respect, l’idée du leadership en Suisse, dans un pays qui change de président tous les ans, fait qu’il est plus collectif qu’individuel. La démocratie suisse mérite considération, on ferait mieux de s’intéresser à son modèle plutôt que lui donner des leçons.

Créé: 20.12.2017, 18h04

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