Martin Beniston: «J’espère que cet état d’esprit va durer»

COP21Le climatologue accueille avec enthousiasme l’accord de Paris. Mais il attend sa mise en œuvre concrète.

Martin Beniston, Directeur de l’Institut 
des sciences de l’environnement à l’Université de Genève

Martin Beniston, Directeur de l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université de Genève

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Cela fait près de trente ans que le climatologue Martin Beniston, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université de Genève (UNIGE), tire la sonnette d’alarme climatique. Un travail scientifique sans relâche qui vient, selon lui, d’être «reconnu» et «légitimé» par la communauté internationale. Prix Nobel de la paix en 2007 avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il exprime sa satisfaction après l’approbation de l’accord de Paris sur le climat, tout en prenant garde de ne pas céder à l’euphorie ambiante. Interview. Si, il y a deux semaines, on vous avait dit qu’un tel accord allait être approuvé, auriez-vous été satisfait?

Oui. Même si le texte est loin d’être parfait, je pense qu’il s’agit du meilleur accord possible. Il se révèle plus positif que les prévisions les plus optimistes, notamment avec la mention de 1,5 °C.

Mais il semble impossible de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle…

Techniquement, c’est encore possible. Mais il est vrai qu’il s’agit d’un challenge immense. D’ailleurs, sachant que le réchauffement atteint déjà 1 °C aujourd’hui, rester sous la barre des 2 °C s’avère un challenge immense. Mais la mention de 1,5 °C était une demande forte des petits Etats insulaires, pour qui cette limite est vitale, compte tenu de la montée des eaux. Le GIEC, dont vous faisiez partie, alerte sur les risques du dérèglement climatique depuis 1988. Votre discours a-t-il enfin été entendu?

Cet accord sonne comme une reconnaissance du travail que les scientifiques mènent depuis un quart de siècle. Cette légitimation de nos efforts est très réjouissante. Depuis vingt-quatre heures, il règne une véritable euphorie. Mais il faut maintenant que le texte soit mis en œuvre, que les Etats commencent à agir le plus vite possible. Ce ne sera pas pour maintenant, l’accord entrera en vigueur en 2020, au plus tôt…

C’est l’un des points négatifs du texte. Il ne prévoit rien pour l’avant-2020. Mais nous ne pouvons pas attendre jusque-là. Des nations, comme la Suisse, ont rejoint une coalition dite «des pays hautement ambitieux». A eux, maintenant, de commencer dès à présent à faire des efforts, parce qu’une fois que la machine sera lancée, elle va s’accélérer, ils vont convertir et entraîner d’autres pays.

La Suisse avait proposé l’instauration d’une taxe carbone, mais sa proposition n’a pas été suivie…

Toutes les incitations poussant à s’affranchir du carbone sont bonnes à prendre. Mais il faudrait commencer par cesser les subventions versées à l’industrie des énergies fossiles. C’est un véritable scandale, qui empêche l’investissement dans d’autres énergies. Actuellement, les tarifs du pétrole sont historiquement bas (ndlr: autour de 40 dollars le baril de brut), ce qui constitue une catastrophe pour le développement des énergies renouvelables. En 2008, la flambée des prix avait montré qu’un baril facturé 150 dollars rendait de nombreuses autres énergies rentables. Il faut donc se diriger vers un tel montant, et supprimer les subventions permettrait d’y arriver.

Pour être mis en œuvre, l’accord de Paris sur le climat doit encore être ratifié par au moins cinquante-cinq pays représentant au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pensez-vous qu’il sera facile d’y parvenir?

J’espère que l’état d’esprit actuel va durer le plus longtemps possible. Mais il existe un risque que nous revivions le scénario du Protocole de Kyoto. Signé le 11 décembre 1997 lors de la COP3, ce traité n’est entré en vigueur que huit ans plus tard, en 2005. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus le temps d’attendre autant. Hélas, je pense que nous allons assister à une partie de poker menteur dans les prochains mois. Des pays qui ont approuvé le texte à Paris vont tout faire pour que l’accord ne soit jamais ratifié. Je vois, par exemple, d’un très mauvais œil la réaction des républicains aux Etats-Unis. S’ils remportent la prochaine élection présidentielle, tout peut s’effondrer.

(TDG)

Créé: 13.12.2015, 21h47

Articles en relation

L’accord de Paris en cinq points clés

Changement climatique Le texte prévoit de maintenir le réchauffement climatique «nettement en dessous de 2 °C, mais un Etat peut «à tout moment, le dénoncer». Plus...

Immense succès, l’accord de Paris nous sauvera-t-il?

Changement climatique Le texte approuvé samedi soir est un tournant historique. Le plus dur commence… Plus...

Les patrons de l’auto se mobilisent pour le climat

COP 21 Les grands constructeurs annoncent une «coalition industrielle» contre le réchauffement climatique. Sans engagement chiffré Plus...

«L’accord sur le climat de Paris est accepté»

Climat 196 parties (195 pays plus l’Union européenne) viennent d’approuver un accord afin de lutter contre le réchauffement climatique. Retour sur une journée historique. Plus...

Accord de Paris: le «oui, mais» de la Suisse

«Même si cet accord n’est pas parfait, il constitue un bon compromis», a déclaré samedi la conseillère fédérale Doris Leuthard, cheffe du département de l’environnement (DETEC), devant une poignée de journalistes réunis au Bourget à la sortie de la dernière séance plénière. Pour le DETEC, néanmoins, le texte «ne correspond pas encore au niveau d’engagement qui serait nécessaire pour faire face à la problématique climatique». Le département note également dans son communiqué que «maintenant, les actes doivent suivre les paroles: les objectifs nationaux annoncés doivent être réalisés et contrôlés, et les efforts de réduction des émissions doivent être régulièrement renforcés.» De leur côté, les Verts suisses jugent l’accord satisfaisant, mais exhortent la Confédération à faire davantage. «Il faut prendre des mesures plus drastiques», exigent-ils dans un communiqué. La politique suisse «ne suffit même pas à contribuer adéquatement à l’objectif des 2?°C, sans parler de celui de 1,5?°C. C’est irresponsable».
BE.B.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève: le congé accordé aux femmes par la Ville fait débat
Plus...