Ils ont tout risqué pour sortir de la Libye

Drame des migrantsLe navire humanitaire, l'Ocean Viking, navigue désormais au ralenti avec ses 356 rescapés à mi-chemin entre Malte et Lampedusa. Des migrants racontent.

Image: Keystone

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Si les 138 migrants encore bloqués sur l'Open Arms commençaient à entrevoir une solution, les 356 rescapés de l'Ocean Viking, toujours en pleine mer, se préparaient avec résignation à une longue attente.

Fort d'une décision de justice en sa faveur, le navire humanitaire espagnol a jeté l'ancre au large de l'île italienne de Lampedusa et six pays européens sont prêts à se répartir ses passagers, même si leur débarquement fait l'objet d'un nouveau bras de fer à Rome, sur fond de profonde crise gouvernementale.

Aucune perspective similaire pour l'instant pour l'Ocean Viking, le bateau de S0S Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), qui navigue désormais au ralenti à mi-chemin entre Malte et Lampedusa: le décret lui interdisant les eaux territoriales italiennes est toujours en vigueur et La Valette fait toujours la sourde oreille.

Mercredi, le vent et la houle, avec des creux de plus de 2,50 m, ont fini d'épuiser les passagers qui ont tout risqué pour sortir de Libye et s'entassent désormais sur le pont du grand bateau rouge.

D'une guerre à l'autre

«Savez-vous où nous sommes?» demande délicatement Ezzedine, un immense Nuba qui a quitté son village dans le sud du Soudan il y a cinq ans pour fuir la guerre dans son pays, et s'est trouvé projeté dans une autre, en Libye.

Le grand jeune homme de 22 ans et ses deux cousins ont été sauvés in extremis lundi avec 102 autres personnes, pour la plupart Soudanais comme lui, alors que leur embarcation, faite de pièces de caoutchouc collées les unes aux autres, commençait à s'enfoncer.

Tous sont conscients que les puissantes vagues de mercredi ne leur auraient laissé aucune chance.

Ezzedine et ses amis ont payé 500 dinars, environ 100 euros pour la traversée. «Pour avoir un bon bateau, c'était beaucoup plus cher», explique-t-il.

Soucieux de leur prochaine destination, les rescapés sont surtout soulagés de ne pas être renvoyés en Libye. Ainsi Moussa Soudanais de 18 ans, raconte comment un cargo l'a ramené à son point de départ durant l'été 2018 après 16 jours de mer.

«On préfère mourir en mer plutôt que de retourner en Libye», affirme Bébéchou, 29 ans, embarquée avec son jeune frère. Elle est l'une des cinq jeunes Ivoiriennes secourues lors de la première opération de l'Ocean Viking la semaine dernière, avec quatre enfants dont un bébé d'un an.

Thé et biscuits

Malgré l'inconfort et la promiscuité, la vie s'organise avec grâce. Chacun se range sagement le soir afin que tous puissent s'allonger pour passer la nuit sous les couvertures distribuées par MSF.

L'ONG organise aussi les distributions de nourriture et de thé: ses biscuits protéinés et barres de céréales sont déjà connus de ceux que MSF visitait dans les centres de rétention libyens.

Beaucoup des rescapés secourus sont passés par ces camps libyens, qu'ils appellent «prisons», ou par des geôles privées gardées par des bandits armés qui les ont rançonnés pour les libérer.

«On leur montre sur la carte où nous sommes, qu'ils sont en sécurité loin de la Libye. Qu'il faudra sans doute plusieurs jours de patience encore mais nous essayons de rendre (le voyage) aussi confortable que possible», indique Jay Berger, le coordinateur de la mission MSF à bord.

Des jeux de carte et des jeux de dames tournent sur le pont. Pour faire face à la demande, l'équipage collecte désormais les bouchons bleus des bouteilles d'eau pour en faire des pions.

L'équipe médicale a redonné des forces à ceux sont arrivés très désydratés, pour certains aussi à la limite de la dénutrition. Elle a aussi traité d'innombrables cas de gale et de plaies, parfois anciennes, liées aux mauvais traitements.

Mais si l'attente se prolonge, ce sont surtout les plaies de l'âme qu'elle redoute, et la résurgence des traumatismes subis, note Luca, le médecin italien. (afp/nxp)

Créé: 16.08.2019, 07h32

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