«Ici, c'est Hiroshima, je n'ai jamais vu ça»

CalifornieVingt-et-un incendies sévissaient encore jeudi, après un départ important dans le comté de Fresno. Témoignages.

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Michael Desmond tient fermement sa boîte aux lettres noircie de suie. «Je la remettrai debout!» lance-t-il les yeux embués de larmes. Avec une assiette et une tasse, c'est tout ce qu'il a récupéré dans les ruines de sa maison. «J'avais cet espoir que ma maison ait survécu... mais... », dit-il effondré devant ce qu'il en reste.

Elle est réduite en cendres, comme des centaines d'autres dans le quartier de Coffey Park, à Santa Rosa, l'un des plus touchés par les incendies qui ravagent le nord de la Californie depuis dimanche soir. Il montre des photos sur son téléphone: c'était une jolie maison à un étage, rose saumon, en bois, comme toutes celles des alentours, entourée d'herbe et de rosiers.

De l'autre côté de la rue, le parc Coffey, au milieu duquel l'aire de jeux pour enfants a miraculeusement échappé aux flammes. «Là c'était l'entrée du garage», décrit Michael, 63 ans, tant il est difficile de distinguer quoique ce soit dans les décombres de la maison. Plus loin, son petit bateau en aluminium a partiellement fondu sous la chaleur du brasier.

«J'avais ma vie là-dedans. Tous mes souvenirs, les albums photo, tout est parti, ça ne reviendra jamais», énumère-t-il, la gorge nouée, se souvenant de tous les «moments en famille, les barbecues» passés dans cette maison où il a grandi.

«Hiroshima»

«Je me sens violé, comme si un voleur était entré», poursuit-il, embrassant du regard les ruines qui s'étendent à perte de vue, formant un paysage lunaire. «Ici, c'est Hiroshima, j'ai jamais vu ça... », lâche incrédule son neveu de 21 ans, venu de San Francisco pour l'aider. Le jeune homme, prénommé lui aussi Michael, s'est légèrement blessé à la main en fouillant les décombres à mains nues car les policiers ne les ont pas laissés apporter leurs pelles, explique-t-il.

Le butin des deux hommes est maigre mais l'oncle retrouve le sourire en regardant sa tasse sur laquelle on peut lire : «It's wiser to be in Ireland» («Il est plus sage d'être en Irlande»). La tristesse revient vite cependant, dés que son regard se pose de nouveau sur les ruines de sa maison: «Mes vêtements sont là-dedans, mes costumes, mes cravates, mes belles chaussures», continue cet ancien agent des services des douanes et de l'immigration, fier de montrer son badge doré de représentant de la loi.

Avec son portefeuille et son chien, c'est tout ce qu'il a pu emporter, dans la panique, dimanche soir, quand les incendies ont démarré. «J'ai entendu du bruit dehors. J'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu les gens courir vers leurs voitures... j'ai mis 10 ou 15 secondes à comprendre que quelque chose de grave se passait. Les pompiers et la police passaient dans la rue, avec leurs sirènes, en hurlant Il y a le feu, sortez ! » raconte Michael.

«Et puis j'ai vu le ciel rouge, un ciel rouge vif, qui luisait comme au soleil couchant, cela venait de l'autoroute 101, et puis il y avait ce vent... », poursuit-il, vêtu d'un pantalon et un sweat-shirt couverts de suie et de poussière. Mais désormais, il veut penser à l'avenir.

«J'ai appelé mon assurance hier. J'ai de la chance, j'ai une bonne police donc ils vont me loger» le temps que la maison soit reconstruite. «Ils m'ont dit qu'il faudrait au moins deux ou trois ans pour que le quartier retrouve un aspect normal», dit encore le retraité. Mais bon, «au moins je suis en vie. Il faut que je fasse mon deuil et que j'avance. Il n'y a rien d'autre à faire».

(afp/nxp)

Créé: 12.10.2017, 20h15

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