Hosni Moubarak, renversé par la révolution, est mort

ÉgypteL’ex-président égyptien, qui a régné en maître pendant trois décennies avant d’être chassé du pouvoir en 2011, n’est plus.

Hosni Moubarak, Président de l’Égypte de 1981 à 2011

Hosni Moubarak, Président de l’Égypte de 1981 à 2011 Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Celui que l’on surnommait le «dernier pharaon» est mort ce mardi au Caire, à l’âge de 91 ans, a annoncé sa famille. L’état de santé de l’ancien président égyptien, contraint de démissionner en février 2011 suite au soulèvement populaire de la place Tahrir, s’était dégradé après sa condamnation à la prison à vie pour sa responsabilité dans la mort de près de 850 manifestants. Le 2 juin 2012, Hosni Moubarak, alors âgé de 84 ans, avait assisté au verdict de son procès sur une civière, avant d’être transféré dans l’aile médicalisée de la prison de Tora pour y purger sa peine. Il avait finalement été libéré en mars 2017. Après trois décennies de règne sans partage, celui qui avait juré d’assumer ses fonctions «jusqu’à son dernier souffle» s’en est allé en raïs déchu.

C’est en 1981 que cet homme réputé pragmatique, mais coupé du peuple et orgueilleux, prend la tête du pays le plus peuplé du monde arabe. Fils de fonctionnaire, il gravit les échelons de l’armée de l’air, devient commandant des forces aériennes, puis général. En 1973, il prépare la guerre du Kippour sous la direction du président égyptien Anouar el-Sadate, qui le nomme vice-président deux ans plus tard. Le 6 octobre 1981, le destin d’Hosni Moubarak bascule avec l’assassinat de Sadate par des militants du Jihad islamique qui lui reprochent la paix signée avec Israël en 1979. Légèrement blessé dans l’attentat, l’ancien pilote de chasse, connu pour sa santé de fer, prend naturellement sa succession.

Au début, son style solide et prudent apaise une Égypte traumatisée par cet assassinat, qui redoute la violence des extrémistes islamistes. Son sourire figé et sa bonhomie lui valent même d’être surnommé «la Vache qui rit». Mais comparé à ses prédécesseurs, Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate, Hosni Moubarak ne fait pas le poids. Ses détracteurs lui reprochent d’être corrompu, de manquer de charisme et de ne pas mener à bien les réformes nécessaires. Malgré ses promesses, il ne fait rien pour impulser une transition démocratique. Au contraire, il pérennise un système autoritaire dans lequel le débat n’a pas sa place.

Il remporte les quatre élections présidentielles suivantes. Et pour cause, Moubarak est le seul candidat. En 2005, il est contraint d’organiser des élections plus libres, mais son principal rival, l’avocat Ayman Nour, est expédié en prison. Qu’importe. Le maintien des accords de paix conclus avec l’État hébreu et sa réputation de modéré au sein du monde arabe valent à son régime autocratique les faveurs de l’Occident, d’Israël et des États-Unis, qui voient en lui un rempart contre l’islamisme radical, même s’il n’a pas réussi à endiguer la montée des Frères musulmans.

Cinq ans plus tard, les élections législatives sont verrouillées par le parti au pouvoir, mais la colère gronde. Derrière ses lunettes noires, le dictateur ne voit pas venir sa chute. Le 1er février 2011, en plein soulèvement populaire, il continue à défendre son bilan. «Ce pays, j’y ai vécu, j’ai fait la guerre pour lui, et l’histoire me jugera.» Le 11, après dix-huit jours de manifestation, le raïs est contraint de jeter l’éponge. Il sera arrêté en avril de la même année.

Créé: 25.02.2020, 19h56

Articles en relation

En Egypte, un scrutin mis en scène pour Sissi

Législatives Retour des caciques de l’ère Moubarak et absence d’opposition: les élections législatives assoiront le pouvoir autoritaire Plus...

Moubarak blanchi, l’espoir est mort en Egypte

Printemps arabe L’ex-raïs ne sera pas condamné pour la mort de 846 opposants. Mais un tribunal a jeté 78 ados en prison pour avoir manifesté. Plus...

Sanglant anniversaire de la révolution

Egypte Bravant l’interdiction de manifester pour les quatre ans du soulèvement contre Moubarak, dix personnes ont été tuées dimanche Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le coronavirus crée une frénésie de nettoyage
Plus...