À Hongkong, les manifestants résistent contre vents et armée

Crise politiquePlus de 1,7 million de personnes ont défilé dimanche. Une mobilisation test pour le mouvement prodémocratie.

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D’une même voix, retraités, ingénieurs, cadres ou étudiants ont réclamé une nouvelle fois, dimanche, aux autorités chinoises d’entendre le peuple de Hong Kong, «pacifique» mais «en colère» contre l’intransigeance de son gouvernement. Plus de 1,7 million de personnes, selon les organisateurs, ont participé au rassemblement au parc Victoria, puis à la marche jusqu’au quartier des affaires à Central. C’est la plus grosse mobilisation depuis le 16 juin et la démonstration que la contestation ne faiblit pas.

Certains sont en famille, comme Carmen, en route pour le parc Victoria, sur l’île principale de Hong Kong, avec sa mère et son fils de 8 ans, trois générations venues «condamner les violences policières» et «dire non» à l’assimilation forcée de Hong Kong à la Chine. «Les autorités de Hong Kong appliquent de moins en moins discrètement les lois et les méthodes de Pékin. La police de Hong Kong commence à se comporter comme la police chinoise, le gouvernement veut nous imposer une éducation similaire à celle de la Chine, et cela, je ne peux l’accepter», dit-elle, farouchement attachée au principe «Un pays, deux systèmes», censé garantir à la région un haut degré d’autonomie jusqu’en 2047.

Comme elle, des centaines de milliers de personnes ont de nouveau exigé dimanche, malgré les pluies torrentielles, le retrait définitif du texte qui prévoyait d’autoriser les extraditions vers la Chine. Les manifestants réclament aussi des enquêtes indépendantes sur la répression policière et l’application du suffrage universel promis en 1997.

«De faux arguments»

Dans la soirée, des milliers d’irréductibles restaient mobilisés, agitant des lasers sur les façades du parlement. La tension était palpable. La police a prévenu qu’elle pourrait utiliser des camions lanceurs d’eau colorée permettant une identification rapide et massive des manifestants.

Depuis des mois, la cheffe de l’Exécutif local, Carrie Lam, accuse les jeunes manifestants d’être des émeutiers et de déstabiliser l’économie de Hong Kong. «C’est faux, la plupart des manifestants sont pacifistes et modérés», répond un retraité. «Carrie Lam s’obstine avec arrogance et de faux arguments, c’est aussi cela qui explique une telle mobilisation. Et, comme vous le voyez, ils sont loin d’avoir tous 20 ans», renchérit cet ancien postier selon qui cette contestation est «loin d’être un simple mouvement d’étudiants». «La crise est bien plus profonde. Et, même si je désapprouve parfois certaines méthodes des manifestants, nous les soutenons dans le combat.»

Discret depuis le début de la crise en juin, le gouvernement central chinois est venu ces derniers jours apporter sa voix au concert d’accusations portées par Carrie Lam. Pékin a assimilé les méthodes de certains manifestants à du «terrorisme» et le «Global Times», quotidien chinois ultra­nationaliste, a vilipendé des jeunes qui «ont subi un lavage de cerveau de la part de puissances animées par d’autres motifs».

Pékin est sûr de gagner

Depuis juin, plus de 700 arrestations ont eu lieu. Une centaine de personnes ont été présentées à la justice et risquent de rejoindre en prison des meneurs prodémocratie modérés et radicaux derrière les barreaux depuis plusieurs mois. La pression est donc très forte sur la société et les entreprises hongkongaises. Et la menace agitée par Pékin d’une répression militaire est venue rappeler un peu plus qui mène la danse.

«On exige des manifestants d’accepter que Hong Kong fasse partie de la Chine», résume Jean-François Dupré, politologue attaché à l’institut de sociologie Academia Sinica, à Taïwan. «On crée des opportunités économiques dans la Greater Bay Area (ndlr: une vaste zone du sud de la Chine englobant Hong Kong et Macao) tout en sachant que les nationalistes refuseront et diront que ce projet est une façon de tuer Hong Kong», explique le chercheur. «Le message envoyé aux jeunes est: soit vous participez à l’extinction de votre société, soit vous allez en prison, mais nous ne bougerons pas d’un iota», ajoute François Dupré, selon qui «les Chinois sont sûrs de gagner, et les jeunes Hongkongais ont, eux, beaucoup à perdre».

Créé: 18.08.2019, 20h21

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