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L'heure du jugement pour l'ex-prêtre pédophile

Lundi, le curé défroqué Bernard Preynat, dont les actes pédocriminels avérés ont conduit à la démission du cardinal Barbarin, connaîtra sa peine.

Bernard Preynat.
Bernard Preynat.
AFP

L'ex-prêtre Bernard Preynat sera fixé lundi sur son sort après avoir été jugé en janvier pour d'anciennes agressions sexuelles de jeunes scouts dans le diocèse de Lyon qui ont déclenché l'affaire Barbarin et plongé l'Église de France dans la crise.

Le ministère public a requis au moins huit ans de prison ferme à l'encontre du prévenu, aujourd'hui âgé de 75 ans. La procureure Dominique Sauves a pointé devant le tribunal correctionnel «un homme qui avait mis en place sa propre structure pour répondre à ses pulsions».

Celle-ci a accusé l'ancien aumônier scout d'avoir «brisé» les vies de jeunes âgés de 7 à 15 ans et de s'être «servi du silence des parents et du silence de l'Église» pour multiplier ses abus à Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) et lors de camps à l'étranger entre 1971 et 1991.

Ce procès était très attendu depuis l'éclatement de l'affaire fin 2015, quand des plaintes avaient enfin été déposées, éclaboussant la hiérarchie catholique à travers le cardinal Philippe Barbarin. Condamné l'an dernier pour ses silences sur l'affaire, l'ancien archevêque de Lyon a depuis été relaxé en appel et a démissionné du diocèse.

Pendant les débats, Preynat avait demandé pardon aux neuf victimes venues témoigner de leurs souffrances - beaucoup d'autres n'ont pu porter plainte du fait de la prescription - et soutenu que depuis 1991, il n'avait plus touché aucun enfant.

Mais les parties civiles ont jugé ce pardon «mécanique», d'autant que le prévenu, s'il a reconnu la plupart des abus reprochés, en a démenti certains et minimisé d'autres, tout en pointant la responsabilité de l'Église. «On m'a dit: tu es un malade (...) On aurait dû m'aider... On m'a laissé devenir prêtre», s'est-il plaint à la barre.

Un «homme à terre»

Cet abuseur en série dont le nombre de victimes potentielles donne le vertige - jusqu'à «quatre ou cinq enfants» par semaine durant les camps d'été, a-t-il admis - avait beaucoup d'emprise sur les scouts et leurs parents.

Au tribunal, ses victimes ont fait le récit glaçant des attouchements, baisers sur la bouche et masturbations qu'il leur imposait. A l'écoute de ces témoignages poignants, lui restait immobile, regardant droit devant lui.

L'avocat de l'ancien curé - défroqué l'été dernier à l'issue de son procès canonique - a tenté de convaincre le tribunal de prendre une décision le remettant «dans la communauté des hommes, à une place qui est celle que l'on occupe quand on a son âge et qu'on est malade».

«Dans ce procès, vous avez quand même des réquisitions énormes qui correspondent à ce qui serait demandé pour des faits contemporains. Or là, on parle de faits qui datent de 30 ans, ce n'est pas une peine juste», argumente aujourd'hui Me Frédéric Doyez.

Si François Devaux, président de l'association de victimes «La Parole Libérée» à l'origine des procès Preynat et Barbarin, estime «peu probable» la relaxe, il s'attend aussi à ce que Preynat «fasse appel dans l'intérêt suspensif de la démarche».

«Après, la condamnation de Preynat à 5 ou 10 ans, ça ne changera rien pour moi». Comme dans le cas du cardinal Barbarin, «je ne tiens pas à frapper l'homme à terre. Ce qu'on veut surtout, c'est qu'il y ait une réponse sociétale, un vrai cadre légal (...) il faut aller au bout de ce débat-là», explique-t-il.

«Le cœur de notre action n'est pas la reconnaissance du préjudice personnel mais de faire en sorte qu'après, cela ne puisse plus se produire», insiste-t-il.

(AFP)

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