Haro sur un business juteux

EsclavageLe trafic d’êtres humains dégage des profits impressionnants: environ 150 milliards, estime le BIT. Mais comment le combattre?

Site au scandale libyen révélé par la chaîne Americaine CNN, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l'Ambassade de Libye à Paris pour exiger la justice contre les esclavagistes.

Site au scandale libyen révélé par la chaîne Americaine CNN, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l'Ambassade de Libye à Paris pour exiger la justice contre les esclavagistes. Image: MAXPPP

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Le trafic d’êtres humains connaît un regain de prospérité. Les migrants africains fuyant la pauvreté et les guerres constituent des proies faciles pour les réseaux criminels. Ce phénomène ne touche pas que la Libye, et il est loin d’être nouveau. Le business générerait des profits d’environ 150 milliards de dollars par an, selon un rapport du Bureau international du travail publié en 2014. Par secteur d’activité, cela donne 99 milliards de dollars provenant de l’exploitation sexuelle commerciale, 34 milliards de dollars dans les domaines de la construction, de la fabrication, des mines et des services publics, et 9 milliards de dollars dans l’agriculture, la forêt et la pêche. Les images rapportées de Libye ne montrent donc que la pointe de l’iceberg. Elles auront au moins eu le mérite de réveiller les consciences et de sortir les responsables politiques de leur torpeur.

Lire aussi: Esclaves en Libye: l’hypocrisie mondiale

À Genève, les représentants des pays africains auprès de l’ONU s’apprêtent à demander la tenue d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme. «Enfin!» soupire Maurice Likeng, de l’association Aplosud à Genève, et organisateur avec le Collectif du 25 novembre «Stop à l’esclavage» de la manifestation qui a eu lieu samedi à Genève. «L’Union africaine et l’Union européenne auraient dû réagir bien avant. Elles n’ont pas fait assez pour dénoncer le phénomène», déclare-t-il. «Nous savions que les conditions de vie étaient difficiles, mais nous n’avions pas connaissance de tels cas de vente d’esclaves sur des marchés. C’est une pratique d’un autre temps qui est inadmissible», affirme l’ambassadeur du Tchad auprès de l’ONU, Bamanga Abbas. S’il dénonce les défaillances des autorités libyennes, il estime que l’Europe porte une lourde responsabilité dans cette affaire.

«Fermer les frontières sans rien faire pour aider les gens qui souffrent, ce n’est pas sérieux. Les Européens doivent faire plus pour aider les pays d’origine des migrants à se stabiliser», dit-il. Le diplomate estime cependant qu’un pas important pourrait être franchi en 2018 avec l’adoption d’un Pacte mondial sur les réfugiés. Ce programme d’action dessiné par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés définit un plan d’intervention visant à ce que les réfugiés bénéficient d’un meilleur accès aux services de santé et d’éducation et aux moyens d’existence, et qu’ils soient inclus d’emblée dans leurs communautés d’accueil. Les choses semblent bouger. Paris demande une réunion «expresse» du Conseil de sécurité de l’ONU.

«La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye et prétendre que la situation ne peut être corrigée que par l’amélioration des conditions de détention», lance le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al-Hussein.

Maurice Likeng affirme recevoir de nombreux témoignages de migrants qui ont subi des viols tout au long de leur périple pour gagner l’Europe. Des agressions qui concernent aussi bien les femmes que les hommes. Matteo de Bellis, expert en migration auprès d’Amnesty International, a interrogé durant ces dernières années plusieurs centaines de personnes qui ont survécu à de mauvais traitements en Libye. «Les personnes maltraitées se comptent par milliers. En ce moment même, il est pratiquement sûr que des hommes et des enfants sont frappés et des femmes violées», affirme-t-il. La question des violences sexuelles depuis le début du conflit libyen, en 2011, risque à son tour de faire irruption dans le débat public au cours des prochains mois. La réalisatrice française Cécile Allegra prépare pour Arte un documentaire sur le sujet. Il doit être diffusé en janvier. On y découvre que le viol, d’abord utilisé comme une arme de guerre, a fini par se banaliser.

(TDG)

Créé: 26.11.2017, 19h49

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