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En Haïti, le séisme n’a pas réussi à détruire les rêves de Shandley

Il avait 13 ans lors du drame du 12 janvier 2010. Nous l’avions rencontré sur son lit d’hôpital. Sept ans plus tard, Shandley se bat avec courage.

Port au Prince. Shandley André, âgé de 13 ans en 2010, souffrait de multiples fractures suite au terrible tremblement de terre.
Port au Prince. Shandley André, âgé de 13 ans en 2010, souffrait de multiples fractures suite au terrible tremblement de terre.
Jean-Cosme Delaloye
Port au Prince. Shandley André, âgé de 20 ans en 2017. Depuis le tremblement de terre de 2010, le jeune homme a subi 32 opérations pour sauver sa jambe gauche et greffer de la peau sur son visage. Il va passer son bac de philosophie ce printemps
Port au Prince. Shandley André, âgé de 20 ans en 2017. Depuis le tremblement de terre de 2010, le jeune homme a subi 32 opérations pour sauver sa jambe gauche et greffer de la peau sur son visage. Il va passer son bac de philosophie ce printemps
Jean-Cosme Delaloye
Le quartier dans lequel vit Shandley André, à Port au Prince
Le quartier dans lequel vit Shandley André, à Port au Prince
Jean-Cosme Delaloye
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L’image de la douleur intense mêlée à l’espoir dans les yeux injectés de sang de Shandley André ne s’est jamais effacée. Cinq jours après le tremblement de terre qui a ravagé Haïti le 12 janvier 2010, le garçon de 13 ans était alité dans l’allée principale de l’Hôpital général de Port-au-Prince. Un pansement couvrait sa plaie ouverte à la tête. Sa peau semblait avoir été arrachée au-dessus de sa bouche. Sa jambe gauche, écrasée par une maison qui s’était écroulée sur lui, risquait d’être amputée. Ce 17 janvier 2010, l’enfant attendait en silence avec sa mère, Guerlande André, et son oncle, Frantz Rosier, des soins de la part de médecins débordés par l’ampleur de la catastrophe. A quelques mètres de lui, des cadavres étaient entassés dans la cour boueuse de l’hôpital, faute de place à la morgue.

Sept ans ont passé depuis cette rencontre et les traces menant à Shandley ont progressivement disparu. Mais pas le souvenir de l’enfant. Un matin de février, ce souvenir s’est transformé en détermination pour tenter de retrouver Shandley dans les rues chaotiques de Port-au-Prince. Première piste: les médias sociaux. La page Facebook de Shandley révèle qu’il étudie et fait de la musique. Elle le place à divers endroits de la capitale haïtienne, mais la piste se révèle infructueuse. Dans un pays où la connexion Internet reste un luxe que la population ne peut s’offrir que ponctuellement dans de vétustes cybercafés, Shandley reste injoignable ce jour-là.

La seconde piste mène aux Etats-Unis, chez un photographe qui avait lui aussi été touché par l’histoire de Shandley. L’homme fournit une description du quartier, situé à proximité du cimetière de Port-au-Prince, où habitait Shandley la dernière fois qu’il l’a vu. Alors que la nuit tombe, ces instructions mènent dans une ruelle longeant des égouts à ciel ouvert dans lesquels brûlent des ordures. A force de demander aux passants s’ils connaissent Shandley, un homme finit par pointer du doigt un jeune homme à la silhouette frêle qui sort de la pénombre en boitant. C’est Shandley.

Malgré sa jambe gauche en angle droit, le jeune homme, âgé de 20 ans, se faufile avec agilité dans l’impasse étroite qui mène à la modeste maison de bois dans laquelle il vit avec sa grand-mère et son oncle, Frantz Rosier. Shandley incarne la résilience d’un pays blessé par les catastrophes à répétition. Depuis le tremblement de terre, le jeune homme a subi 32 opérations pour sauver sa jambe gauche et greffer de la peau sur son visage. Il va passer son bac de philosophie ce printemps. Il fait de la peinture et aimerait devenir caméraman.

Rencontrez Shandley en vidéo:

De la musique s’échappe de l’une des maisons voisines. «C’est mon morceau», glisse-t-il. Shandley fait du rap sous le nom d’artiste de Geriya, «le guerrier» en créole. «Mon passé a été comme un cauchemar, donc je suis un guerrier.» Le 12 janvier 2010, Shandley s’était rendu au marché après l’école. «Tout à coup, la terre a tremblé», raconte-t-il dans un mélange de créole et de français. «Je me suis mis à courir. Une amie de ma mère m’a vu et m’a pris dans ses bras pour me protéger. La terre a continué à trembler. Une maison est tombée sur nous. Elle est morte à côté de moi. Je criais, mais personne ne m’entendait car j’étais enseveli.»

Shandley a finalement entendu des appels. «Des gens disaient: «Ti Blanc, Ti Blanc», poursuit-il. «Ils cherchaient quelqu’un de leur famille, mais je leur ai répondu.» L’opération de sauvetage a pris plusieurs heures. Le jeune homme raconte que les gens fracassaient le béton au-dessus de lui et priaient. «Quand ils m’ont sorti, ils se sont rendu compte que je n’étais pas Ti Blanc», glisse-t-il. «Une amie m’a vu et a prévenu mon oncle.»

Malgré les cicatrices indélébiles sur son front et une jambe gauche qu’il ne pourra jamais redresser, Shandley s’estime chanceux d’avoir survécu au tremblement de terre, qui a fait plus de 200 000 morts en Haïti. «Je ne peux pas me plaindre. Il est possible de vivre dans l’adversité», dit-il. Shandley ne considère d’ailleurs pas sa jambe gauche comme un handicap. Il s’est battu pour elle et elle lui permet aujourd’hui de jouer au basketball. Elle le porte jusqu’au lycée et au studio dans lequel il enregistre des morceaux qui le mèneront peut-être un jour jusqu’aux Etats-Unis, son rêve.

Notre reportage en Haïti a pour bande-son un titre de Shandley:

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