«Il y a une grande attente des Colombiens vis-à-vis de la Suisse»

Processus de paixLe maire de Genève effectuait une mission de suivi du processus de paix entre les FARC et le gouvernement colombien en août. Entretien alors que les FARC se muent en parti politique.

Depuis dimanche, les FARC tiennent leur premier congrès politique après avoir rendu les armes et livré leurs caches au 15 août dernier.

Depuis dimanche, les FARC tiennent leur premier congrès politique après avoir rendu les armes et livré leurs caches au 15 août dernier. Image: EPA

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De retour de Colombie, où il effectuait une mission de suivi du processus de paix entre le 7 et le 16 août, Remy Pagani, maire de Genève a pu se faire une idée des attentes des Colombiens et des obstacles qui demeurent pour appliquer les accords de paix signés en novembre entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le président Juan Manuel Dos Santos. Depuis dimanche, les FARC tiennent leur premier congrès politique après avoir rendu les armes et livré leurs caches au 15 août dernier. Réunis jusqu’à jeudi , les anciens guérilleros et leur chef, Rodrigo Londono, alias Timochenko, vont se transformer en militant politique dans un parti qui sera officiellement lancé vendredi à Bogota. Dans un premier temps, sa dénomination devrait conserver l’acronyme FARC pour Force révolutionnaire alternative de Colombie. Conformément à l’accord de paix, les FARC vont désigner dix représentants au parlement qui compte 268 sièges. Les FARC ne présenteront pas de candidat à la présidentielle de 2018. Entretien

– Dans quelle condition s’est déroulée votre mission de suivi du processus de paix entre les FARC et le gouvernement colombien?

– J’ai été invité par la commission de la paix du Sénat à observer l’implémentation du processus de paix en Colombie, en tant que maire de la ville des conventions de Genève. La commission m’a donné comme mission d’observer processus. Etant en relation avec de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme, j’ai déjà œuvré par le passé, en RDC, en Palestine et plus récemment en Turquie. Par ailleurs, je suis en contact avec des organisations syndicales et citoyennes qui dans leur quotidien défendent les conventions de Genève. Cela m’a ouvert beaucoup de portes, y compris les cellules de la prison de La Picota à Bogota dans lesquelles les représentants des organisations de défense des droits humains n’avaient pas systématiquement accès. J’ai bénéficié de la logistique du CICR dont des véhicules blindés mis à disposition aussi pour les personnes qui m’accompagnaient, dont certaines menacées de mort, durant mes déplacements dans plusieurs régions du pays. Non loin d'une des routes que nous avons empruntée, deux jours après notre passage, une escarmouche entre l’ELN, les paramilitaires et l’armée a fait trois morts civils.

– La population colombienne a exprimé des réticences quant à l’accord de paix avec les Farc, compte-tenu de la relative impunité des auteurs d’exactions. L’avez-vous ressenti lors de votre mission?

– On ne peut pas parler d’impunité dans le cas des crimes de guerre, notamment pour les enlèvements. Personne n’échappera à la justice. Il y a un programme de réconciliation qui doit être mis en place.

– Quels sont les obstacles à l’aboutissement du processus de paix à vos yeux?

– C’est terrible à dire, mais il y a encore une culture de la mort dans ce pays déchiré par cinquante ans de guerre civile. Il y a encore des politiciens qui pensent que la guerre peut être une stratégie de résolution de ce conflit. A la fin de ma mission, j'ai rencontré le ministre de l’Intérieur. Je lui ai dit que durant mon séjour, il y avait eu cinq assassinats de représentants d’associations, soit un tous les deux jours. Chiffres à l’appui, il m’a démontré qu’il y avait deux fois plus de crimes résolus contre les représentants d’associations que ceux de droit commun, en soulignant que cela démontrait l’effort qui était fait en matière de protection des représentants d’organisations citoyennes. Je lui ai dit que cela ne suffisait pas. Tous les citoyens doivent bénéficier de la protection de l’Etat. Quand j’ai voulu lui parler des paramilitaires, il a rejeté ce terme. Pour lui, ce sont des gangs. Pourtant quand j’étais là-bas, douze policiers ont été arrêtés pour leur implication dans le meurtre d’un politicien. Certains politiques refusent d’ouvrir les yeux sur les liens entre ces groupes paramilitaires, l’armée et la police alors que des preuves ont été établies dans des procédures judiciaires. D’autres, opposés à ce processus, traînent les pieds, comme les partisans de l’ex-président Uribe, mais il y a heureusement une majorité pour soutenir cet effort.

– Comptez-vous poursuivre votre action après la remise de votre rapport?

– Oui, bien sûr. Il y a une grande attente des Colombiens vis-à-vis de la Suisse. Je voudrais saluer ici l’action décisive de Jean-Pierre Gontard dans ce processus de paix. Le texte de l’accord de paix a d’ailleurs été déposé à Berne par les parties au conflit (le gouvernement et les FARC). Sous l’impulsion de la commission de la paix du Sénat, j’ai proposé de constituer un groupe d’observation international jusqu’aux élections de 2018. En effet, il faudra que les conditions constitutionnelles de l’accord de paix, votées partiellement par le Parlement à ce jour, soient intangibles, inscrites dans la constitution, d’ici là, pour que le prochain président, quel que soit son opinion, ne puisse revenir dessus. Et puis, toute une partie du pouvoir colombien veut en finir avec les guérillas afin de mieux livrer le pays aux compagnies minières. Les populations de municipalités colombiennes, comme les nôtres, doivent aujourd’hui être consultées sur ces projets de vente du territoire à des multinationales et leur avis doit continuer à faire force de loi. Il faut aider les associations citoyennes pour que ces référendums demeurent malgré les velléités de certains d’y mettre fin. Enfin, les 28 et 29 septembre prochains se déroulera à Genève un congrès universitaire sur la paix en Colombie. J’y serai. Lors de cette conférence, je serai invité à prendre la parole et ferai un compte-rendu de ma mission. (TDG)

Créé: 28.08.2017, 20h35

Remy Pagani, maire de Genève (Image: steeve iuncker-gomez)

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