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Le globe-trotter rouge

Le président chinois Xi Jinping multiplie les voyages et «routes de la soie» vers l’étranger.

Depuis Mao, jamais un dirigeant chinois n’avait cumulé autant de pouvoirs que Xi Jinping.
Depuis Mao, jamais un dirigeant chinois n’avait cumulé autant de pouvoirs que Xi Jinping.
JASON LEE/REUTERS

Certains analystes y ont vu la preuve de sa puissance: confronté, à domicile, à une liste de défis longue comme la Grande Muraille de Chine, allant de la lutte contre la corruption au sein du Parti communiste à la nécessité de transformer l’économie, le président Xi Jinping a simultanément multiplié les voyages officiels à l’étranger pour élever le profil de son pays. La visite d’Etat qu’il effectue en Suisse, à partir de dimanche et jusqu’au 18 janvier, s’inscrit dans la stratégie qu’il mène sans relâche depuis son arrivée à la tête de l’Etat en 2013: porter haut et loin la voix de Pékin. Alors que l’Europe est mobilisée par son combat contre le terrorisme et que, parallèlement, s’ouvre aux Etats-Unis une période d’incertitude avec l’arrivée imminente de Donald Trump à la Maison-Blanche, notamment sur la question de Taïwan.

Un mois par an à l’étranger

Au pouvoir depuis quatre ans, Xi Jinping a donné un gros coup de fouet à la diplomatie chinoise. Son budget a d’ailleurs augmenté de plus de 33% en 2015, pour atteindre l’équivalent d’environ 7 milliards de francs. Le «prince rouge», âgé de 63 ans, déjà à la tête de l’Etat, de l’armée et du Parti communiste chinois (PCC), s’est coiffé d’une quatrième casquette, en devenant, de fait, le premier diplomate du pays. La propagande chinoise elle-même le présente volontiers comme le plus grand président voyageur que la Chine ait jamais connu. Selon Xinhua, l’agence de presse officielle, Xi Jinping a déjà passé 154 jours à l’étranger, soit plus d’un mois par année dédié à des visites à travers le globe. Le chef de la deuxième économie mondiale s’est rendu dans 53 pays, selon le site China Vitae. Et il n’hésite pas non plus à s’absenter des semaines entières: à deux reprises, il est resté onze jours hors de Chine, souligne encore l’agence. Le début de son mandat avait donné le ton: en 2013, Xi s’était rendu en Russie seulement une semaine après son intronisation à la tête de l’Etat. Par comparaison, son prédécesseur Hu Jintao, au pouvoir entre 2002 et 2012, avait attendu dix semaines avant de s’envoler pour la Russie pour son premier voyage présidentiel.

«La fin d’un vieux tabou»

«Xi Jinping est beaucoup plus proactif que ses prédécesseurs en matière de politique étrangère», résume un professeur chinois de relations internationales à Shanghai. «Il est aussi prêt à y mettre davantage de ressources humaines et financières. Il y a l’idée que la diplomatie chinoise doit être plus robuste, plus solide, pour mieux défendre les intérêts légitimes de la Chine à l’étranger.» En témoignent, par exemple, les actions chinoises en mer de Chine méridionale, espace hautement stratégique où Pékin montre ses muscles pour faire taire les revendications des pays voisins. Ou encore la construction d’une base militaire chinoise à Djibouti en Afrique, la toute première exploitée de façon permanente par la Chine à l’étranger. «C’est la fin d’un vieux tabou. La Chine s’était toujours juré de ne jamais détenir de base militaire hors de ses frontières», estime le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hongkong.

L’ascension vers Pékin

Lors de la transition politique en deux temps de l’automne 2012, tous les spécialistes avaient scruté à la loupe le CV du dauphin désigné, Xi Jinping, pour savoir quelle serait sa pratique du pouvoir, une fois officiellement nommé secrétaire général du PCC (en novembre 2012) puis «élu» par les membres du Parlement chinois à la tête de la République populaire (en mars 2013). Plusieurs de ses précédents postes, disait-on alors à Pékin, laissaient entrevoir une appétence pour les affaires internationales. En premier lieu, son long séjour dans ce qu’il a dit être sa «deuxième ville natale»: le Fujian, province côtière du sud-est de la Chine, historiquement ouverte aux échanges commerciaux et aux investissements, notamment de Taïwan, située juste en face. Xi a passé plus de dix-sept ans au Fujian, entre 1985 et 2002, jusqu’à en devenir le gouverneur.

En 2002, à 49 ans, Xi part ensuite un peu plus au nord, au Zhejiang, autre province tournée vers la mer, d’où est issue une grande partie de la diaspora chinoise vivant en Europe. Promu secrétaire du Parti de la province, il la quitte toutefois en 2007 pour Shanghai, où il devient cette fois le chef du PCC municipal dans la plus cosmopolite des villes chinoises. De là, l’ascension vers Pékin se poursuit. Fin 2007, l’homme devient l’un des neuf officiels communistes les plus puissants de Chine en entrant, comme son futur premier ministre, au Comité permanent du Politburo du PCC, le cerveau du régime. Parallèlement, il monte également les échelons au sein de l’Etat. En 2008, Xi est «élu» vice-président de la République populaire, poste qui lui permet, entre autres, de voyager à l’étranger.

Du fait de son siège au Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi des frontières qu’elle partage avec 14 pays, la Chine a toujours été un acteur diplomatique de premier plan. Sous Xi Jinping, cependant, la diplomatie est devenue bien plus combative. Elle est même un élément-clé de son fameux «rêve chinois». Sauf tremblement de terre, Xi sera encore aux manettes lorsque le PCC fêtera ses 100 ans, en 2021: d’où sa volonté de redorer le blason de la Chine à l’approche de cet anniversaire, notamment sur la scène internationale, en prenant les devants sur la question du climat ou de l’Iran. Mais il y a également des objectifs économiques. «Xi Jinping ne déconnecte pas la Chine du reste du monde. La transformation de l’économie chinoise ne dépend pas seulement de facteurs intérieurs, mais aussi extérieurs», remarque Zhao Longkai, de l’Université de Pékin.

Les «couloirs économiques»

Ainsi, avec ses «nouvelles routes de la soie», Xi Jinping veut ouvrir des débouchés à l’étranger pour les entreprises chinoises engluées dans la surcapacité, notamment d’acier et de ciment. Lui-même avait annoncé en 2013 ce grand plan eurasiatique censé rapprocher sur tous les plans la Chine des 65 autres pays situés le long de ses deux tracés, l’un terrestre, l’autre maritime. Dans le cadre des «nouvelles routes de la soie», la Chine finance chez ses voisins régionaux des infrastructures de tout type (trains de fret, pipelines, autoroutes…) mais aussi des «couloirs économiques», comme celui, actuellement en construction, entre la Chine et le Pakistan. En visite sur place, en 2015, Xi Jinping avait signé des contrats totalisant 46 milliards de dollars. Du jamais-vu. «Les nouvelles routes de la soie, ça sera peut-être sa postérité», affirme le professeur Zhao. «C’est une synthèse des différentes politiques mises en place sous Hu Jintao (…). Rien n’est réellement neuf, mais cette fois, c’est plus ambitieux, plus affirmé», tempère de son côté le géographe Sébastien Colin, du Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) à Hongkong. «Xi Jinping est un très bon communicant par rapport à son prédécesseur. Il a tout l’appareil de propagande derrière lui. De cette façon, avec ce slogan, il marque sa politique étrangère.»

Premier président à Davos

«Les dirigeants chinois actuels ne posent plus de frontière entre le domestique et l’international. Pour l’avenir de sa croissance, la Chine va avoir besoin de bonnes relations avec le reste du monde, mais il y a aussi des enjeux de politique intérieure», analyse Kerry Brown, spécialiste de politique chinoise au King’s College de Londres. «Pour asseoir sa légitimité aux yeux de la classe moyenne urbaine, Xi doit montrer qu’il est capable de faire de la Chine une puissance régionale, respectée et de haut niveau. S’il est perçu comme faible sur ce point, alors la pression à son égard va augmenter d’un cran.»

Dans un contexte de grande incertitude économique et sociale, en effet, chaque tournée à l’étranger, chaque victoire diplomatique auréole Xi d’une dose de prestige supplémentaire. En septembre, par exemple, le G20 de Hangzhou, le tout premier organisé par la Chine dans cette ville près de Shanghai, avait donné lieu à un déluge de propagande autour de sa personne. Sa venue, mardi, au Forum économique mondial de Davos devrait de nouveau être abondamment relayée par les médias d’Etat, et pour cause: Xi Jinping est le premier président chinois à se rendre à ce rendez-vous des élites mondiales dans les montagnes suisses.

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