Macédoine: la sombre route de l’espoir

RéfugiésA Gevgelija, les migrants en transit vers les Balkans rencontrent le meilleur et le pire. Reportage.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La vieille borne-frontière de la République Socialiste Fédérative de Yougoslavie (RSFY) de Tito ne s'attendait certainement pas à voir passer un tel flux ininterrompu de migrants. Plus de cent mille personnes seraient passées par cette ligne entre la Grèce et la Macédoine. L'armée et la police tentent de réguler ce flot aujourd'hui, mais l’anarchie règne.

L'attente est devenue la complice des migrants. Les traits sont marqués, les enfants sont épuisés et portés à bout de bras, l’inquiétude se lit sur leur visage. La pluie se met à tomber. Syed, jeune afghan de 25 ans, voit le signe des premières gouttes comme une libération, car il a fait très chaud sur les routes poussiéreuses de Grèce. Zarko, militaire macédonien qui termine son service ici, s’attend à l’arrivée de sept-mille personnes ces prochaines heures avec les derniers trains de Thessalonique. Il se demande ce que Angela Merkel a dans la tête en ouvrant ainsi sa frontière.

Sur le chemin de pierre et de boue où des flaques se forment, des vendeurs macédoniens en profitent pour vendre boissons, cigarettes, habits, et proposent de recharger les téléphones portables pour un euro, en les branchant sur la batterie d'une voiture pourrie.

A la vue des tentes blanches du HCR, les visages s’illuminent et le pas s’accélère, malgré la fatigue. Ultime effort avant de s’effondrer: des groupes doivent être formés pour attendre le feu vert du policier qui ouvre la grille. A l’intérieur du camp, on leur distribue sandwichs et eau, et les médecins de la Croix Rouge locale soignent les blessures. Les chefs de groupe donnent la liste des noms de chacun, pour obtenir le précieux sésame qui leur permettra de sortir du pays.

Les migrants reprennent aussi vite la route à pied jusqu’à la ville de Gevgelija, ou des dizaines de bus et autant de taxis les attendent. Dés qu’un groupe arrive en ville, les chauffeurs se précipitent, ultime occasion pour eux de rançonner encore les malheureux. Il leur coûtera vingt-cinq euros par personne en bus, ou cent euros en taxi, pour parvenir au poste frontière serbe, par la route de Kumanovo.

L’autre moyen de quitter la Macédoine est le train. Ce jour, une grève des employés des chemins de fer est annoncée. Puis des rumeurs circulent sur l’arrivée d’un train, plus tard dans la soirée. Personne ne sait vraiment. Le camp se remplit encore et plus de 7500 entrées sont comptabilisées pour cette seule journée.

Les trains ne s’arrêtent plus en ville, mais au bout du camp qui longe les rails. A 20h30 ce soir-là, des policiers anti-émeutes et des militaires déboulent de partout. Pour éviter tout débordement, les migrants sont répartis en trois groupes. Le premier attend à dix mètres des rails, protégé par un cordon de policiers. Le second est placé dans une tente du HCR et, plus loin, au centre du camp, le dernier attend debout sous la pluie. Les soldats montent le ton et hurlent des ordres dès qu’ils sentent de l’agitation. Il n’y aura pas de place pour tout le monde. Les sifflements incessants du train sont insupportables. Le contrôleur ne fait monter qu'une personne à la fois et ce sera 20 euros supplémentaires à payer pour continuer la route.

Finalement, près de 1000 personnes auront leur place dans ce train. Des familles se retrouvent séparées. Les esprits s’échauffent, mais une fois installés pour le voyage, épuisés, le sommeil les gagne. Un moment de répit jusqu’à la prochaine étape vers une Europe dont les frontières se ferment les unes après les autres. (TDG)

Créé: 24.09.2015, 16h22

Articles en relation

Berlin estime que l'Europe n'a pas encore la solution

Crise migratoire Des milliers de migrants continuaient d'affluer vers le nord du continent via les Balkans. Plus...

L'UE s'accorde sur la répartition des migrants

Crise migratoire La République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie et la Hongrie ont voté contre ce plan. Plus...

Un campement fait tache au cœur de la capitale européenne

Crise des migrants A six stations de métro du siège de l’UE, où se tient le sommet sur la crise migratoire, un camp de réfugiés s’est créé. Reportage. Plus...

Des migrants occupent l’ancienne usine Heineken

Asile Une partie des migrants, qui squattait un ancien collège lausannois depuis le début du mois, occupe depuis mardi un bâtiment propriété du Canton de Vaud. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève: la crudité de certains slogans a choqué
Plus...