«Les gens disent que je suis très dangereuse»

ClimatÀ Lausanne, Greta Thunberg a demandé aux adultes de rejoindre les enfants et de porter le fardeau du changement climatique. Raillant au passage ses détracteurs.

Greta Thunberg et Jacques Dubochet au sommet de Smile For Future.

Greta Thunberg et Jacques Dubochet au sommet de Smile For Future. Image: FLORIAN CELLA

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Sa venue était bien sûr très attendue. Et lorsque la jeune et frêle militante suédoise est montée sur scène dans l’amphithéâtre de l’Université de Lausanne, aux côtés du Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet et d’Ernst von Weizsäcker, président d’honneur du fameux Club de Rome, groupe de réflexion de scientifiques et d’économistes, les caméras n’ont d’abord vu qu’elle. Cible de la plupart des questions des journalistes, Greta Thunberg a répondu inlassablement, rappelant que «beaucoup de choses se sont passées cette année, mais que les émissions globales de carbone n’ont pas baissé et que nous sommes encore à la case départ. Nous devons faire tellement plus.»

Une jeunesse et une volonté saluée par le bouillant Jacques Dubochet. «Quand on reçoit le Prix Nobel, les gens croient que tout ce que l’on dit est vrai. J’en ai profité pour dénoncer notre stupide économie basée sur la création d’argent et la crise planétaire globale.»

Le choix de l’ironie

Face aux critiques les plus acerbes de ces derniers mois, notamment celles qui qualifient son mouvement de dangereux, Greta Thunberg a choisi de répondre par l’ironie, comme elle l’avait déjà fait à l’Assemblée nationale devant les députés français. «Oui, je suis très dangereuse, les gens le disent tout le temps à propos de notre mouvement. Nous avons un impact et ils pensent qu’ils doivent nous faire taire et créer la confusion. Je pense que c’est bon signe, cela prouve que nous comptons et qu’ils se sentent menacés.»

Les participants du sommet Smile For Future ont proposé dans la foulée une initiative citoyenne européenne d’action pour l’urgence climatique. Basée sur quatre points, elle demande la réduction des émissions de CO2 de 80% d’ici à 2030 et la neutralité carbone en 2035. «Nonante pour cent du réchauffement climatique se fait dans les océans, a rappelé Ernst von Weizsäcker. Les pays côtiers ont du souci à se faire face à la remontée des eaux qui pourrait être abrupte si la glace du Groenland se détache. Amsterdam ou Bangkok pourraient être inondées.» Les initiants demandent également une taxe carbone aux frontières qui frapperait les importations. L’UE serait ainsi sur un pied d’égalité avec les pays qui ne respectent pas l’objectif du 1,5 degré. Par ailleurs, les traités commerciaux ne doivent être signés qu’avec des pays respectant ce même objectif. Enfin, Bruxelles doit créer gratuitement du matériel éducatif sur la crise climatique. L’initiative doit récolter dès septembre – et en un an – un million de signatures dans sept pays membres avant d’être étudiée par la Commission européenne.

Une nouvelle raison pour Greta Thunberg de prendre son bâton de pèlerin. «Quand les gens auront compris la situation, ils se réveilleront. Je vais continuer à présenter les faits. Et j’espère que le rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à propos du réchauffement climatique et son impact sur les terres, présenté jeudi, sera relayé par les médias pour que les gens soient au courant.»

Lassitude

Mais la jeune Suédoise de 16 ans s’est aussi dite parfois lassée par tout cet intérêt médiatique. «Je ne suis pas un leader qu’il faut suivre, juste une participante, nous n’avons pas de structure, c’est spontané, chacun est important. On m’invite souvent, mais je ne peux que parler pour moi. C’est difficile de digérer tout ça, c’est beaucoup de responsabilités que je ne devrais pas avoir. Que nous, enfants, ne devrions pas avoir. J’adorerais retourner à l’école, mais la situation est trop grave. Nous aimerions que les adultes nous rejoignent, qu’ils portent le fardeau.» Après la Suisse, la jeune fille rejoindra New York à la voile pour faire passer son message lors de la conférence onusienne sur le climat. Toujours le même.


De jeunes Romands ont placé Lausanne au cœur du débat

À coups de déclarations lapidaires, Greta Thunberg a fini par se parer d’une aura apocalyptique pour certains. Mais force est de constater que les jeunes dont elle est devenue le porte-drapeau n’étaient pas là pour tout casser, ce lundi à Lausanne. Entre plénières et séances de discussion, la première journée du sommet européen Smile For Future aura été studieuse, sérieuse et organisée au cordeau.

La capitale vaudoise a été choisie parmi plusieurs autres villes pour accueillir l’événement, signe que les bons offices de la Suisse ont de beaux jours devant eux avec la génération qui monte. Il a été orchestré par les jeunes organisateurs de la Grève du Climat de Lausanne, le 24 mai dernier. «Le choix s’est porté sur nous car nous étions le groupe le plus motivé!» croit savoir Lou de Bruyker, 18 ans, l’une des quatre coordinatrices du sommet. La jeune femme, qui vient d’achever son gymnase à Nyon, résume l’objectif de cette grande rencontre: «Il ne suffit pas de lancer des appels à la grève du climat. Il fallait donner une suite participative au mouvement.» Toute la semaine, ils seront donc 440 jeunes de 38 pays à débattre de la meilleure manière d’agir face à la crise climatique annoncée par les scientifiques.

«On est là pour tisser des liens avec les groupes d’autres pays, présenter les actions qui se font localement et récolter les bonnes idées. Mais on n’est pas là pour recréer l’ONU!» explique Julie, 17 ans, étudiante à Lausanne. La jeune femme fait partie de la trentaine de Suisses qui participent à l’événement, dont une poignée de Vaudois. Mais comment se faire entendre quand on n’a pas 20 ans? «Il faut rester pacifiste, mais je pense qu’il faut aussi être plus radical. On doit montrer qu’on n’a pas peur de se mouiller.» Pour sa part, elle ne voit pas d’un mauvais œil les actions de désobéissance civile portées par des mouvements comme Extinction Rébellion. Ce thème fera débat au cours de la semaine, mais le sentiment de la jeune femme est au moins partagé par ses amis lausannois. «Il faut faire tomber les politiques de leur piédestal et montrer qu’ils se ridiculisent en ne faisant rien», lance Juliette, 19 ans.

L’amertume de Greta Thunberg face à la génération des décideurs est contagieuse. «C’est une honte que les jeunes doivent porter la responsabilité de faire bouger les choses», regrette Mauro, 17 ans, venu d’Italie. Il estime toutefois que les jeunes sont impuissants à changer le monde. «Tout ce que nous pouvons faire, c’est pousser les politiciens à agir.» De ce point de vue, l’activiste suédoise est pour lui au même plan que les autres jeunes. «Elle a été une étincelle pour le mouvement, mais elle n’est pas le mouvement. C’est vrai qu’on l’idéalise, mais il faut se rappeler qu’elle n’a que 16 ans. Elle fait ce que nous faisons aussi.»

Tous les participants ne sont toutefois pas aussi désabusés. «Je ne crois pas qu’occuper des bâtiments soit la bonne stratégie. Sauf à attirer l’attention des médias, c’est contre-productif», estime Matti, Allemand de 17 ans. En chœur avec Paulina, 14 ans, et Laura, 19 ans, il plaide au contraire pour une collaboration avec la génération au pouvoir: «Pour moi, il faut plutôt s’engager dans des actions qui attirent une attention positive, comme la collecte de déchets sauvages.»

Créé: 05.08.2019, 20h43

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