«Je suis à Genève pour être au service des Nations Unies»

Genève internationalePremière femme nommée au poste de directeur général de l’ONU à Genève, la Russe Tatiana Valovaya affirme son indépendance.

Tatiana Valovaya a investi ses bureaux genevois.

Tatiana Valovaya a investi ses bureaux genevois. Image: M. TREZZINI/Keystone

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Économiste, journaliste, diplomate… Tatiana Valovaya est arrivée au milieu de l’été à Genève pour prendre les rênes du siège principal de l’ONU en Europe et succéder à Michael Moller. Une Russe après un Danois. Il était acquis depuis longtemps que le poste serait dévolu au candidat proposé par Moscou. Encore fallait-il trouver un profil qui, dans un contexte de «nouvelle guerre froide», convienne à tout le monde. Âgée de 61 ans, Tatiana Valovaya semble offrir les garanties attendues. C’est une technicienne et une travailleuse acharnée, dotée d’un tempérament indépendant, qui a très vite compris l’ampleur des défis qui l’attendent.

Avant de venir prendre ce poste, étiez-vous déjà venue à Genève et en Suisse?

J’y étais en juin dernier pour la présentation du rapport de la CNUCED sur la croissance économique. Par le passé, je suis venue y représenter la Russie à l’OMC. Mon souvenir le plus ancien remonte aux années 70. Mes parents avaient programmé un séjour touristique en France et en Suisse. Je me rappelle très bien avoir acheté beaucoup de chocolat. Nous en avions du très bon en Union soviétique, mais le chocolat suisse était bien meilleur. Je suis ravie. Genève est un endroit où il fait bon vivre et travailler. C’est un environnement idéal pour organiser des conférences internationales, mener des négociations et prendre des décisions.

Vous attendiez-vous à devenir la première femme directrice générale de l’ONU à Genève?

Je ne m’attendais pas du tout à cette nomination. La surprise a été totale. J’étais en train de participer à un sommet économique très important à Astana lorsqu’on m’a appelée au milieu de la nuit pour m’annoncer la nouvelle. Le lendemain, j’ai dû continuer à siéger à cette réunion comme si de rien n’était. J’ai dû garder le secret tant que ma nomination n’était pas rendue publique par l’ONU. Je ne pouvais rien dire à mes amis et collègues.

Vous avez beaucoup travaillé sur la question des cryptomonnaies. Est-ce que cette expérience peut vous être utile à Genève?

Toutes les expériences sont utiles. Avant d’être nommée à Genève, j’étais effectivement chargée de l’intégration et de la macroéconomie à la Commission économique eurasienne. À ce titre, j’ai lancé il y a trois ans un travail d’analyse et de réflexion sur les cryptomonnaies. Tout le monde s’y intéresse. C’est un nouveau challenge. Elles sont une partie de la nouvelle économie digitale. J’ai organisé des rencontres entre États membres, avec les banques centrales et aussi avec des institutions comme l’OCDE pour nourrir la réflexion. Je ne sais pas quelle sera la destinée du bitcoin et des autres cryptomonnaies, mais le phénomène est tel qu’on doit s’y préparer car cela va avoir un impact sur le développement économique.

Vous prenez vos fonctions alors que le multilatéralisme est remis en cause. Ce modèle est-il dépassé?

Nous avons plus que jamais besoin du multilatéralisme. Le monde est confronté à un challenge global, avec le changement climatique ou encore les cryptomonnaies, que nous venons d’évoquer. Il a besoin de réponses globales. Évidemment, beaucoup de choses ont changé. Aujourd’hui, dans le monde global, trouver des consensus est devenu très compliqué. Cela implique un certain effort de compréhension réciproque et un dialogue constructif. Il faut sans doute renforcer les liens avec les institutions régionales pour arriver à des solutions universelles.

Votre nomination a été perçue comme une montée en puissance de la Russie à Genève. Comment réagissez-vous au climat de nouvelle guerre froide évoqué par les médias?

D’abord, je ne suis plus dans les effectifs de la diplomatie russe depuis 2011, date à laquelle j’ai rejoint la Commission économique eurasienne. Avant d’arriver à Genève, j’étais au service de cette commission et uniquement de cette commission. Désormais, je suis au service des Nations Unies et uniquement des Nations Unies. En ce qui concerne la guerre froide, je dois vous confier que j’ai grandi dans les années 70, à une époque où l’on parlait surtout de détente avec des missions spatiales conjointes russo-américaines et de nouveaux développements économiques. La guerre froide, c’était les années 50. Je ne pense pas que la situation soit comparable. Aujourd’hui, il n’y a pas deux blocs qui s’opposent. C’est très différent. Pour reprendre le refrain de la chanson de «Notre-Dame de Paris», je dirais que nous sommes entrés dans un nouveau millénaire. Le monde est plus instable. Nous faisons face à un changement de paradigmes qui affecte la géopolitique mais aussi l’économie et le social.

Créé: 11.09.2019, 21h46

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