Ce gauchiste qui perturbe les plans du Labour

Royaume-UniJeremy Corbyn sera-t-il le prochain leader du parti travailliste? L’aile centriste s’étrangle et monte au front.

Le trublion d’extrême gauche Jeremy Corbyn lors d'un discours au Arts Centre Theatre à Aberdeen. 13 août 2015.

Le trublion d’extrême gauche Jeremy Corbyn lors d'un discours au Arts Centre Theatre à Aberdeen. 13 août 2015. Image: Reuters

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Vent de panique au sein de l’establishment du Parti travailliste! Le trublion d’extrême gauche Jeremy Corbyn, dont la candidature avait fait beaucoup ricaner lors de son annonce, pourrait bien devenir le prochain leader de la gauche britannique. Alors que débutait vendredi le vote par correspondance des sympathisants destiné à désigner le vainqueur (il durera jusqu’au 10 septembre), un sondage publié cette semaine a glacé d’effroi l’aile centriste du parti, dont sont issus les trois autres candidats. Corbyn, 66 ans, caracole en tête des intentions de vote, avec 53% des suffrages, laissant loin derrière lui les quadragénaires Andy Burnham (21%), Yvette Cooper (18%) et Liz Kendall (8%).

Bien trop rouge

Attribuant la déroute du parti aux élections législatives du 7 mai à la position trop à gauche de l’ex-leader Ed Miliband, l’aile centriste rivalise de formules apocalyptiques pour qualifier la perspective d’une victoire de Jeremy Corbyn. Tony Blair voit le Labour «en danger de mort». «Même si vous me détestez, s’il vous plaît ne votez pas pour lui», clamait jeudi dans The Guardian l’ex-leader qui a participé à rendre la ligne du parti très soluble dans le libéralisme. «Son programme date des années 80», brandissait en guise de spectre, vendredi sur la BBC, la «blairiste» Liz Kendall, tandis qu’Andy Burnham soulignait le même jour son «manque de crédibilité». Tous les centristes, appuyés par la presse de centre gauche, craignent qu’une désignation de Corbyn-le-rouge fasse une nouvelle fois perdre le Labour aux élections de 2020 et le promette à une longue traversée du désert, comme dans les années 1980-1990.

Les jeunes adhèrent

L’alliance des rivaux pourrait suffire à barrer la route à Corbyn, en raison du mode particulier de l’élection. Les sympathisants, qui ont payé 3 livres pour pouvoir voter, devront donner un ordre de préférence des candidats, ce qui brouille le jeu. Mais cette union sacrée pourrait aussi renforcer l’élan de sympathie pour le candidat honni par l’appareil du parti.

Son programme promet de rompre avec les mesures d’austérité, de taxer les riches pour mieux financer le système de santé, d’imposer un contrôle des loyers, ainsi qu’un vaste plan de renationalisation des chemins de fer, de la poste et du secteur énergétique. Pacifiste, antinucléaire, partisan d’une Europe plus sociale, l’homme draine derrière lui les jeunes Britanniques qui voient en lui l’espoir d’un renouveau de la gauche, dans la lignée de Syriza et de Podemos.

La vision surannée du «camarade» barbu apparaît au contraire comme une hérésie pour un Labour acquis au libéralisme et à moins d’Etat. Mais des lobbies de poids obligent l’establishment à la prudence. Car Corbyn bénéficie de l’appui de puissants syndicats. Jusqu’ici peu pris au sérieux, le député du quartier d’Islington à Londres depuis trente ans, possédant une solide expérience de terrain, rêve de démontrer qu’un programme résolument positionné à gauche a toutes ses chances de mobiliser.

Un signe? Le parti a enregistré près de 80'000 nouvelles adhésions depuis les élections de mai. Un phénomène attribué à «l’effet Corbyn». Mais la théorie du complot a aussi ses adeptes: alors que les inscriptions pour participer au vote ont explosé ces derniers jours, la direction du parti craint l’infiltration de faux sympathisants déterminés à faire triompher Corbyn pour mieux précipiter la chute des travaillistes.

Créé: 14.08.2015, 19h53

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