«Gaïd Salah, dégage!»

AlgérieLes Algériens restent toujours très mobilisés pour ce 39e vendredi consécutif de manifs, à quelques heures du début de la campagne présidentielle.

Le général Gaïd Salah (droite) est actuellement l'homme fort du pays depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika, décédé par la suite.

Le général Gaïd Salah (droite) est actuellement l'homme fort du pays depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika, décédé par la suite. Image: archive/photo d'illustration/AFP

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A 48 heures de l'ouverture de la campagne de la présidentielle prévue le 12 décembre, les Algériens sont à nouveau descendus massivement dans la rue pour dire non à un scrutin destiné selon eux à régénérer un «système» dont ils veulent se débarrasser.

Après avoir obtenu en avril le départ d'Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, le «Hirak», le mouvement de contestation inédit apparu le 22 février, refuse de s'essouffler. La mobilisation était encore massive pour ce 39e vendredi consécutif de manifestations, malgré la pluie.

Malgré aussi la centaine d'arrestations de manifestants, militants et journalistes depuis juin, et une vague de répression des manifestations entamée peu après l'annulation, faute de candidats, d'une première présidentielle le 4 juillet.

Une centaine de journalistes se sont rassemblés au sein de la marche, porteur d'un brassard blanc sur lequel était écrit «journaliste libre», pour dénoncer selon eux les «intimidations et menaces» contre la presse.

Certains manifestants, en colère contre la couverture de la contestation par les médias publics et certains médias privés accusés de collusion avec le pouvoir, les ont traité «d'opportunistes». «Vous venez de vous réveiller» ont-ils accusé.

«Dégage»!

Ahmed «Gaïd Salah, dégage!», ont scandé à nouveau les manifestants à l'adresse du chef d'état-major de l'armée, homme fort de fait du pays depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika.

Le général Gaïd Salah, et le haut commandement militaire qu'il représente, refusent depuis des mois toute autre voie de sortie de crise qu'une élection présidentielle et rejettent la mise sur pied d'institutions de transition réclamées par les manifestants.

«Les élections n'auront pas lieu!», ont crié également les manifestants, à deux jours du lancement dimanche de trois semaines de campagne électorale.

Achour, chauffeur de taxi de 54 ans, en est sûr: «dans les meetings, il y aura plus de policiers et de gendarmes que de citoyens».

Les dirigeants «ont tellement peur de ceux qui refusent cette élection, qu'ils vont protéger leurs candidats de la colère du peuple», croit-il savoir.

Des panneaux électoraux ont commencé à être recouverts de slogans hostiles au vote, selon des images publiées sur les réseaux sociaux, où des appels à perturber les déplacements des candidats commencent également à fleurir.

Cinq candidats sont en lice, tous ayant participé aux 20 ans de présidence Bouteflika ou l'ayant soutenu, parmi lesquels les ex-Premiers ministres Ali Benflis et Abdelmajid Tebboune, des septuagénaires qui font office de favoris d'un scrutin dont tout laisse à penser qu'il sera marqué par une abstention massive.

-«Que des promesses»

Pour Aïcha, retraitée, personne n'ira aux urnes le 12 décembre: «ce sera la présidentielle la plus importante depuis l'indépendance... par le taux d'abstention», sourit-elle.

«Comment voulez-vous voter quand les candidats sont tous des enfants du système»?, poursuit Malika Benabderahmane, sa cousine également retraitée. «Quel que soit le candidat, in fine, c'est le programme de Bouteflika qui va passer: c'est-à-dire des promesses, rien que des promesses, toujours des promesses qui ne seront pas tenues».

Pour Kamel Benmohamed, juriste d'une soixantaine d'années, «ces élections, c'est Moussa el Hadj, El Hadj Moussa ( blanc bonnet et bonnet blanc , ndlr). Les candidats sont tous du cercle de Bouteflika».

«C'est bien Benflis qui a interdit toute manifestation à Alger (en 2001) sous le règne de Bouteflika, non? C'est bien (Azzedine) Mihoubi (patron d'un des principaux partis ayant soutenu Bouteflika) qui encensait Bouteflika dans ses déclarations, avant le début du Hirak?», interroge-t-il.

Les candidats appartiennent tous au «même système qui veut se refaire une virginité sur le dos du peuple», estime-t-il.

Comme chaque semaine, de nombreux manifestants sont venus la veille de province pour éviter les barrages de gendarmerie qui, chaque vendredi, ralentissent ou bloquent le trafic aux entrées d'Alger.

Pour Yacine, ingénieur de 25 ans, «deux mondes parallèles vont s'affronter le 12 décembre. La majorité du peuple contre une présidentielle organisée par le système , et un système qui veut se régénérer en se légitimant à travers une élection bidon organisée par des fraudeurs». (afp/nxp)

Créé: 15.11.2019, 15h55

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