La France n’arrête pas de s’enflammer sur le voile

ReligionFaut-il interdire aux mères voilées d’accompagner les sorties scolaires? 30 ans après l’affaire de Creil, le débat sur le voile continue.

«La loi n’interdit pas aux femmes voilées d’accompagner les enfants», a déclaré le ministre de l’Éducation, mais il a ajouté: «Nous ne souhaitons pas encourager le phénomène. Le voile, en soi, n’est pas souhaitable dans notre société.»

«La loi n’interdit pas aux femmes voilées d’accompagner les enfants», a déclaré le ministre de l’Éducation, mais il a ajouté: «Nous ne souhaitons pas encourager le phénomène. Le voile, en soi, n’est pas souhaitable dans notre société.» Image: Nicolas Guyonne/AFP

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La polémique s’est déclenchée vendredi dernier, alors qu’une classe d’école primaire de Belfort organisait une sortie scolaire à Dijon: visite de musée puis séquence citoyenne au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté pour assister à une séance publique de ce parlement de la région. Parmi les accompagnants, une mère d’élève est voilée. Elle accompagne souvent les sorties, mais ce jour-là elle ne pensait pas venir, or la maîtresse a insisté car aucune autre mère ne pouvait se libérer.

Le petit groupe s’installe à la tribune du public, et voilà qu’un élu du Rassemblement national, Julien Odoul, interrompt les débats pour demander à la présidente de faire retirer son voile à l’accompagnante, «au nom de nos principes laïques». «Madame a le loisir de garder le voile chez elle et dans la rue, mais pas ici!» Tollé dans la salle, rien dans la loi n’interdit le port du voile au public. Des élus rassurent la mère et lui demandent de rester, mais son fils, terrifié, se jette soudain dans ses bras en sanglots. La classe sort. Julien Odoul publie son intervention sur Twitter avec ce commentaire: «Après l’assassinat de nos 4 policiers, nous ne pouvons pas tolérer cette provocation communautariste.»

Curieusement, autant ce dérapage réunit tout le monde sur la condamnation de la forme – on n’apprécie pas l’agressivité qui a terrorisé un garçonnet – autant il divise les esprits sur le fond. Car beaucoup estiment que le port du voile chez les accompagnatrices scolaires est un problème.

Le fait est que deux jours plus tard, quand la polémique déboule à Paris de la lointaine Bourgogne, les poids lourds du gouvernement se divisent. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation, concède que «la loi n’interdit pas aux femmes voilées d’accompagner les enfants», mais il ajoute: «Nous ne souhaitons pas encourager le phénomène. Le voile, en soi, n’est pas souhaitable dans notre société.» À l’opposé, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, affirme «ne pas avoir de difficulté à ce qu’une femme voilée participe à des sorties scolaires», précisant que «l’intégration et l’inclusion, c’est faire en sorte que des femmes qui sont peut-être enfermées dans leur communauté soient au contact d’autres femmes».

Dans cette cacophonie, Marine Le Pen exulte. Des élus républicains rappellent qu’ils avaient proposé un amendement pour interdire ces accompagnantes voilées, un sondage Ifop tombe à point, lundi, pour révéler que 66% des Français seraient favorables à cette mesure. Mardi, devant le parlement, le premier ministre signe la fin de la récréation: pas question de légiférer sur ce point.

Incroyable, trente ans après l’affaire de Creil, où trois collégiennes voilées et soutenues par des activistes s’étaient vu refuser l’accès à leur établissement par un directeur excédé, les questions de voile déchirent toujours la France. Pourtant, le pays s’est donné la législation la plus sévère d’Europe: non seulement le voile est interdit chez les enseignantes et les représentantes de l’autorité publique, comme dans beaucoup de pays, mais depuis 2004 il est également interdit aux élèves, jusqu’au lycée, dès qu’elles pénètrent dans l’enceinte scolaire. En outre, le port du niqab, qui cache le visage, est prohibé sur la voie publique. Désormais, on va plus loin avec les accompagnantes de sorties scolaires, comme si le débat était sans fin.

Il est vrai que sur l’islam et la laïcité, Emmanuel Macron, lui qui s’exprime sur tout, est étrangement silencieux depuis le début de son quinquennat. Il n’arrête pas de promettre qu’il va empoigner ces sujets, mais il ne le fait pas, du moins jusqu’à présent. La fébrilité du débat constatée ces jours profite peut-être de ce silence présidentiel.

Créé: 16.10.2019, 20h50

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