La fin de Daech passe par la reconquête de Mossoul

IrakL’offensive sur la grande ville du nord, prise par les djihadistes, pourrait être décisive pour défaire le groupe Etat islamique.

Les peshmergas kurdes participeront à la lutte contre le groupe Etat islamique, leur monstrueux voisin.

Les peshmergas kurdes participeront à la lutte contre le groupe Etat islamique, leur monstrueux voisin. Image: REUTERS

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L’œil vissé à la jumelle, Esmat Khojat scrute la plaine brumeuse. A une dizaine de kilomètres à peine, son ancienne ville, Mossoul, est devenue une place forte du groupe Etat islamique (Daech) en Irak. Depuis qu’il l’a quittée en juin, face à l’avancée djihadiste, l’ancien leader kurde de la ville n’a qu’une idée en tête: la reconquérir. Il n’est pas le seul.

En dépit d’annonces des états-majors promettant l’offensive pour le printemps, le front s’est figé. Sur mille kilomètres, une frontière de talus sépare deux entités non reconnues par la communauté internationale, le Kurdistan irakien et le «califat». «On dit que c’est pour fin avril-début mai, mais ce n’est pas possible», reconnaît le commandant peshmerga Sirwan Barzani. Ici, plus personne n’avance de date.

Tous s’en remettent à un hypothétique ordre de Bagdad, un pouvoir lointain et abstrait. D’autant que les récentes attaques de Daech sur Ramadi et Baiji, à l’ouest et au nord de Bagdad, semblent avoir remis la reprise de Mossoul à plus tard.

Le premier ministre irakien, Haidar al-Abadi, a ainsi déclaré que l’offensive n’aurait lieu qu’après la fin du ramadan, à la mi-juillet. Pourtant, tous savent que la défaite de Daech passe par Mossoul, la première ville d’Irak tombée aux mains des djihadistes. C’est là que Daech fait le joint entre ses positions en Syrie et en Irak, là que passe son ravitaillement.

Divisions irakiennes

Dans l’Etat failli d’Irak, divisé entre Kurdes, sunnites et chiites, qui est capable de libérer la ville? Difficile de donner du crédit à l’armée irakienne, qui a fui devant Daech en juin. Et impossible d’appeler à la rescousse les milices chiites, accusées d’exactions et de pillages, pour reconquérir une ville à majorité sunnite. Restent les Kurdes. Mal armés, insuffisamment entraînés, ils sont peu désireux d’aller au feu pour une ville qui ne fait pas partie des zones qu’ils revendiquent. Pourtant, les peshmergas participeront à la bataille. Le président de la région autonome du Kurdistan, Massoud Barzani, l’a annoncé. C’est une question d’honneur, mais aussi de stratégie.

Mossoul capitale djihadiste, c’est le danger aux portes du Kurdistan. Un monstrueux voisin qui oblige à concentrer les forces sur lui et à se rendre vulnérable face au pouvoir de Bagdad, qui voit d’un mauvais œil les aspirations indépendantistes d’Erbil.

Enfin, Mossoul, c’est du pétrole et un gros marché potentiel pour les biens importés de Turquie par les Kurdes. C’est d’ailleurs sur eux que semblent également miser les chancelleries occidentales, leur envoyant armes et instructeurs militaires. Depuis plusieurs mois, des unités peshmergas sont ainsi formées, en banlieue d’Erbil, aux techniques de guérilla urbaine.

«Mais les peshmergas seuls n’y arriveront pas», assure Mohammedali Yasseen Taha, député au parlement kurde. «Si les Kurdes entrent dans Mossoul, ils seront perçus comme des envahisseurs et il y aura un bain de sang, juge de son côté l’analyste Hiwa Osman. La seule façon de défaire Daech, c’est qu’une force locale arabe sunnite les combatte, de l’intérieur.» Cette force, Atheel al-Nujaifi, gouverneur de la province de Ninive, où se situe Mossoul, tente de la créer avec une unité spéciale, nommée Hashd al-watani, rassemblant des hommes originaires de la ville, en majorité des Arabes sunnites. Des combattants qui connaissent le terrain et pourront «guider» les autres forces à l’intérieur de la ville.

Résistance infiltrée

Mais avec seulement 1500 hommes, dirigés par un commandant irakien à la retraite, et avec des armes en partie achetées au marché noir, difficile de faire le poids. Et ce ne sont pas les 5000 anciens policiers de Mossoul qui pourraient changer la donne.

Selon Atheel al-Nujaifi, plus de vingt groupes «transmettent des informations de l’intérieur, notamment pour les repérages avant les frappes aériennes». Et 5000 personnes seraient mobilisables à tout instant dans la ville, assure-t-il. Mais face à cette résistance infiltrée, les djihadistes pourraient bien utiliser le million et demi de civils que compterait encore la ville comme bouclier humain.

(TDG)

Créé: 30.04.2015, 22h31

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