La fille de l'ex-président Karimov retourne en prison

OuzbékistanGulnara Karimova a enfreint sa condamnation à cinq ans sous résidence surveillée. Son avocat suisse dénonce une «pression psychologique».

Gulnara Karimova avait été condamnée en 2017 à dix ans de prison pour des fraudes.

Gulnara Karimova avait été condamnée en 2017 à dix ans de prison pour des fraudes. Image: Keystone

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La fille aînée de l'ex-président ouzbek Islam Karimov, Gulnara Karimova, a été emprisonnée pour avoir enfreint son assignation à résidence. Cette ancienne ambassadrice auprès de l'ONU à Genève avait été un temps toute puissante avant de tomber en disgrâce.

Gulnara Karimova, 46 ans, avait été condamnée en 2017 à dix ans de prison pour des fraudes, détournement et recel de devises étrangères atteignant des sommes gigantesques. L'année dernière, cette peine avait été commuée en cinq ans sous résidence surveillée.

Le parquet ouzbek a annoncé mercredi qu'elle avait «enfreint de manière répétée les conditions imposées par le tribunal» et utilisé divers «moyens de communication» dont internet malgré les avertissements. Elle aurait quitté son appartement en novembre et refusé de payer des compensations à l'Etat.

Mardi, un tribunal a ordonné que le temps restant de sa peine soit purgée en prison, a ajouté le Parquet sans fournir davantage de détails. L'avocat de Gulnara Karimova, le Suisse Grégoire Mangeat, a indiqué que sa cliente avait été «sortie de force de l'appartement dans lequel elle résidait à Tachkent». Il a publié une photographie de faible résolution qui semble montrer une femme en robe bleue et chaussons roses en train d'être tirée par deux hommes.

Tombée en disgrâce

«Les autorités ouzbèkes continuent d'exercer sur elle une pression physique et psychologique pour qu'elle abandonne ses appels en justice et tous ses droits et propriétés en Suisse», a ajouté l'homme de loi genevois. Il dénonce des «méthodes totalement arbitraires».

Le sort de Gulnara Karimova a longtemps fait l'objet de multiples rumeurs. La justice ouzbèke l'accuse de faire partie d'un groupe criminel contrôlant des actifs représentant plus d'un milliard d'euros dans douze pays, dont des propriétés à Londres, Dubaï, un château près de Paris ou encore une villa à Saint-Tropez.

Gulnara Karimova avait un temps été pressentie pour prendre la succession de son père, mort en 2016 après plus de 25 ans au pouvoir. Elle est tombée en disgrâce après avoir comparé son père à Staline et s'être publiquement attaquée à sa mère et à sa soeur.

Plus de 800 mio bloqués en Suisse

Elle a été citée dans des affaires de corruption à grande échelle dans de nombreux pays, en Europe et aux Etats-Unis. Et notamment Suisse. Le Ministère public de la Confédération (MPC) avait ouvert en juillet 2012 une instruction pénale à l'encontre de l'assistante personnelle de Gulnara Karimova et du directeur général de la filiale ouzbèke d'une société russe de télécommunications, pour soupçon de faux dans les titres et blanchiment d'argent.

La procédure pénale avait ensuite été étendue à deux collaborateurs de Gulnara Karimova, à Gulnara Karimova elle-même ainsi qu'à son ex-époux, rappelle le MPC, interrogé par Keystone-ATS. Dans le cadre de cette procédure, le MPC avait bloqué plus de 800 millions de francs appartenant à Gulnara Karimova et à son entourage.

Le MPC a prononcé en mai 2018 deux premières condamnations sous forme d'ordonnances pénales à l'encontre de l'ex-mari et l'ancienne assistante de Gulnara Karimova, assorties d'une confiscation d'un montant équivalent à 685 millions de francs. Le défenseur de Gulnara Karimova avait fait recours et formé des oppositions contre les ordonnances pénales et de confiscation du MPC.

Blanchiment d'argent

La Cour des plaintes du Tribunal fédéral pénal (TPF) a rejeté ce recours à la fin juillet. La Cour des affaires pénales doit, elle, encore statuer sur les oppositions. Cet examen permettra de déterminer si les ordonnances pénales peuvent entrer en force. En attendant, la procédure pénale se poursuit à l?encontre des quatre autres prévenus, indique le MPC.

Les investigations du MPC ont permis de démontrer l'existence d'une structure mise en place pour percevoir de manière illégale d'importants montants de la part de sociétés, en particulier étrangères - dans le domaine des télécoms -, pour entrer ou poursuivre leurs activités sur le marché ouzbek. Ces fonds auraient été ensuite blanchis à l'étranger, notamment en Suisse, en faveur de Gulnara Karimova.

L'enquête helvétique a permis l'ouverture de procédures à l'étranger dont certaines ont abouti à des condamnations, notamment aux Etats-Unis, aux Pays-Bas et en Suède à l'encontre de sociétés de télécommunications qui ont admis des actes de corruption. Le MPC a entretenu des relations d?entraide judiciaire avec 19 pays dans le cadre de cette instruction, précise-t-il. (ats/nxp)

Créé: 06.03.2019, 11h03

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