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Une famine causée par le conflit au Soudan du Sud

Dans le plus jeune pays du monde, ravagé par les violences, la situation humanitaire ne cesse de se détériorer. Reportage.

Au mois de février, les Nations Unies ont déclaré une famine dans deux régions du Soudan du Sud – Leer et Mayendit – situées non loin de Nyal.
Au mois de février, les Nations Unies ont déclaré une famine dans deux régions du Soudan du Sud – Leer et Mayendit – situées non loin de Nyal.
AP Photo

Nyagak a tout juste un mois. Aveuglé par le soleil, ce bébé frêle blotti dans les bras de sa mère peine à ouvrir les yeux. En langue nuer, son nom signifie «la fille née pendant la crise». Au Soudan du Sud, les prénoms ont presque toujours une signification, souvent porteuse d’espoir pour l’avenir de l’enfant. Mais de l’espoir, il n’en reste plus beaucoup pour Nyagak et sa famille, qui comme tant d’autres sont épuisés par un conflit qui déchire le plus jeune pays du monde.

Initiée en décembre 2013 par des affrontements entre l’armée fidèle au président Salva Kiir et les troupes de l’ancien vice-président Riek Machar, la guerre civile a fait des dizaines de milliers de morts. La famille de Nyagak, elle, a fui son village, dans le comté de Mayendit, au nord du pays. Elle a trouvé refuge à Nyal, une petite ville rurale entourée de marécages, située à une soixantaine de kilomètres plus au sud. «Quand les combats se sont rapprochés, j’ai couru vers la rivière. J’étais enceinte et je portais un autre enfant dans les bras. Les plus grands couraient derrière moi, explique Nyageng Gatluach, la mère du bébé, la voix remplie de colère. Un peu plus tard, nous avons vu de la fumée qui s’élevait dans le ciel depuis notre village. Nos maisons ont été brûlées par les soldats, il n’y a plus rien là-bas.»

Survie dans les marais

Après plusieurs heures de marche, avec de l’eau jusqu’à la taille, Nyageng, son mari et leurs enfants ont passé une dizaine de jours sur une petite île située au milieu des marais. La boue et les joncs leur offrant une mince barrière de protection vis-à-vis des soldats et des milices. C’est là que Nyagak a vu le jour. «Il y avait beaucoup de monde sur cette île, raconte Nyageng. Pour survivre, nous mangions des nénuphars et des racines, les enfants étaient malades.» Puis la famille s’est remise en route. Un périple «épuisant, sans nourriture», d’île en île à travers le marais, jusqu’à atteindre Nyal, sous contrôle de l’opposition et jusqu’à présent relativement épargnée par le conflit. Ces derniers mois, des milliers de déplacés y ont trouvé refuge, à la recherche de sécurité et d’une assistance fournie par quelques organisations internationales.

Au mois de février, les Nations Unies ont déclaré une famine dans deux régions du Soudan du Sud – Leer et Mayendit – situées non loin de Nyal, dans la province d’Unité, au nord du pays, théâtre de combats récurrents entre les forces gouvernementales et l’opposition. Selon des critères établis par les agences onusiennes, 100 000 personnes seraient directement touchées par cette famine. Mais «le nombre de gens qui souffrent de la faim est bien plus élevé, déplore George Fominyen, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) au Soudan du Sud. Des taux de malnutrition importants sont constatés dans plusieurs autres régions.» Deux millions de Sud-Soudanais sont déplacés à l’intérieur du pays; ils sont presque aussi nombreux à avoir fui vers l’Ouganda, l’Ethiopie, le Soudan et le Kenya.

Continuer à fuir

A Nyal, l’afflux de déplacés engendre une forte pression sur la communauté d’accueil qui, par solidarité, partage ses maigres ressources. Des abris faits de bâches en plastique ont poussé autour des huttes de torchis, dans des parcelles qui abritent parfois jusqu’à dix familles. «A cause de l’insécurité, beaucoup n’osent plus se rendre aux champs, ceux qui ont fui les combats ont perdu leur bétail et tous leurs biens. Certains ont de petits potagers, mais la majorité dépend presque exclusivement des distributions de nourriture», constate Pedro Marial, qui travaille pour Oxfam.

Au Soudan du Sud, il n’y a pas de terrible sécheresse, pas de cause naturelle à cette famine. La situation humanitaire a toujours été précaire, mais aujourd’hui tous les mécanismes de survie des populations sont anéantis. Des villages et des villes entières ont été vidés de leurs habitants. Des atrocités et des massacres ethniques sont régulièrement commis. Tant qu’il n’y aura pas de cessation des hostilités, il n’y aura pas d’issue pour les populations civiles. Assise sur le sol, son bébé dans les bras, Nyageng Gatluach en est bien consciente. «Demain, la guerre peut nous atteindre à nouveau. Demain, nous devrons peut-être encore fuir.»

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