Le conducteur du train: «Je vais à 190!»

EspagneAu moins 78 personnes sont mortes quand un train a déraillé mercredi à Saint-Jacques de Compostelle, dans le nord-ouest de l'Espagne. Un témoignage du conducteur étaie l'hypothèse d'une vitesse excessive.

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«Nous sommes des êtres humains! Nous sommes des êtres humains! J’espère qu’il n’y a pas de morts, parce que sinon ils retomberont sur ma conscience.»

Ces propos rapportés par El Pais sont ceux du conducteur du train qui a déraillé au soir du mercredi 24 juillet près de Saint-Jacques de Compostelle, en Galicie, dans le nord-ouest Espagne. L'accident a fait au moins 78 morts et 140 blessés, dont 20 graves, selon un dernier bilan.

Après le choc, l'homme est resté piégé dans la cabine de la locomotive. Alors que personne ne savait s’il était vivant ou mort, il a communiqué avec la gare par radio et a expliqué ce qui s’était passé, précisant qu’il avait mal au dos et aux épaules et qu’il ne pouvait pas bouger.

Selon lui, le train a emprunté la courbe où il a déraillé à la vitesse de 190 km/h. Il a ensuite parlé de 200 km/h, avant de revenir à sa version initiale.

Les signaux ferroviaires à l’endroit de l’accident ne permettent pas de dépasser les 80 km/h, mais le conducteur n’a pas précisé pourquoi le train circulait deux fois plus vite. Les enquêteurs devront donc déterminer s’il s’agit d’un problème technique ou d’une erreur humaine.

Wagons déchiquetés

Le spectacle était terrifiant après le drame, sur la voie à quelques kilomètre de Saint-Jacques-de-Compostelle. La carcasse du train gisait sur les voies, près d'une courbe: un wagon était encastré dans un muret en béton, un autre était complètement déchiqueté, comme empilé sur un troisième. Des morceaux d'un quatrième wagon étaient éparpillés sur les voies.

Les secours s'employaient à évacuer des corps reposant sur les voies, recouverts d'un drap blanc.

«C'était comme un tremblement de terre»

Depuis son jardin situé à quelques mètres de l'accident, Maria Teresa Ramos, 62 ans, observe deux grues géantes qui se préparent à soulever l'amas de ferraille de la plus grande tragédie ferroviaire depuis des décennies en Espagne. Elle était dans sa maison quand le train a déraillé.

«J'ai entendu comme un coup de tonnerre, très fort, j'ai vu beaucoup de fumée. C'était un désastre», témoigne-t-elle.

«Les gens criaient. J'ai vu un train chevauchant un talus. Personne n'avait jamais vu cela ici». Avec des amis, elle s'est précipitée pour apporter des couvertures et des serviettes de toilette aux blessés.

Son voisin, Martin Rozas, 39 ans, a aidé à extraire des passagers des wagons et a déposé des couvertures sur des morts. «C'était comme un tremblement de terre. J'ai commencé à faire sortir des gens. J'ai vu près de cinq morts», dit-il.

Festivités de la Saint Jacques

Beaucoup de témoins participaient aux festivités de la Saint Jacques, le saint qui a donné son nom à la ville, quand ils ont entendu le fracas de l'accident. Ils ont alors accouru.

Dans la ville, des personnes en pleurs s'enquièrent du sort de leurs proches au Centre des congrès où les autorités cherchent à identifier les corps et où la Croix-Rouge tente de leur apporter du réconfort.

Une femme sort d'une des salles où les proches sont reçus individuellement, pleurant dans les bras d'un ami. Dehors, un homme fait les cent pas, en pleurant au téléphone.

D'autres sont assis, recroquevillés dans des couvertures blanches. Un homme attend des nouvelles de deux amis qui étaient dans le train, un couple d'étudiants tous deux âgés de 21 ans. «Nous pensons qu'ils sont morts», avance-t-il au bord des larmes. «Leurs parents sont à l'intérieur, ils sont effondrés».

Un homme en costume cravate attend de savoir ce qui est arrivé à son neveu. «Je suis resté là toute la nuit. On ne sait rien».

L'accident s'est produit à 20h42 sur un tronçon de voie à grande vitesse, dans un virage très prononcé à environ 4 kilomètres de la gare de Saint-Jacques de Compostelle, la ville de pèlerinage mondialement célèbre.

Vitesse excessive

Alors que les causes de l'accident n'étaient pas officiellement connues, et avant même le témoignage du conducteur, la presse montrait du doigt jeudi matin une vitesse excessive sur un tronçon, empruntant un virage situé en zone urbaine, limité à 80 kilomètres/heure.

«Grande vitesse mortelle», titrait le journal El Mundo, selon lequel le convoi était engagé à 220 kilomètres/heure dans cette courbe délicate, le virage de A Grandeira. «L'excès de vitesse est une des hypothèses qui prédomine», écrivait le journal.

Le convoi venant de Madrid se dirigeait vers El Ferrol, sur la côte atlantique, et circulait à cet endroit sur un tronçon de la voie à grande vitesse galicienne, mise en service en décembre 2011, reliant la ville d'Ourense à Saint-Jacques puis La Corogne. Il transportait 218 passagers et 4 employés de la compagnie de chemin de fer, la Renfe.

«Une enquête est en cours et nous devons attendre» pour connaître les causes de l'accident, a déclaré un porte-parole de la Renfe. «Nous connaîtrons sous peu la vitesse quand nous analyserons les boîtes noires du train.»

L'accident s'est produit à la veille de la Saint-Jacques, le saint patron des Galiciens, une fête traditionnelle dans cette région. Toutes les cérémonies prévues ont été annulées.

Réaction de Mariano Rajoy

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, natif de Saint-Jacques de Compostelle, a réagi sur Twitter: «Je souhaite exprimer mon affection et ma solidarité avec les victimes du terrible accident de train de Saint-Jacques.»

Le chef du gouvernement a aussi publié un message de condoléances. Il se rendra sur les lieux du drame ce jeudi.

Depuis Rio de Janeiro, le pape François a invité à prier pour les victimes et leurs familles.

Cette catastrophe ferroviaire est l'une des plus graves jamais survenues en Espagne. En 1944, une collision entre un train qui se rendait lui aussi de Madrid en Galice et une locomotive avait fait des centaines de morts. En 1972, 77 personnes avaient été tuées dans le déraillement d'un train reliant Cadix à Séville, en Andalousie. (ats/afp/nxp)

Créé: 24.07.2013, 21h56

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