Murielle Bolle sera fixée jeudi sur sa garde à vue

Affaire GrégoryNouvelle étape judiciaire depuis la mort du petit garçon, il y a près de 40 ans. Murielle Bolle saura si les déclarations lors de sa garde à vue, âgée de 15 ans à l'époque des faits, seront annulées.

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Près de 36 ans après la mort de Grégory Villemin dans les Vosges, la cour d'appel de Paris doit dire jeudi si elle annule les déclarations de Murielle Bolle lors de sa garde à vue dans cette affaire, et surtout dans quelles proportions.

C'est une nouvelle étape judiciaire qui pourrait avoir des répercussions en cascade sur l'ensemble de l'enquête sur la mort de ce petit garçon de quatre ans qui avait été retrouvé mort le 16 octobre 1984, pieds et poings liés, dans les eaux de la Vologne.

En février, la Cour de cassation avait ouvert la voie à cette annulation et renvoyé devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris la partie du dossier concernant la garde à vue en novembre 1984 de Murielle Bolle, qui était à l'époque âgée de 15 ans.

Devant les gendarmes, la jeune fille avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir kidnappé en sa présence Grégory Villemin. Elle avait réitéré ses propos quelques jours plus tard face au juge d'instruction Jean-Michel Lambert.

«L'enfance délinquante»

Mais l'adolescente s'était ensuite rétractée en assurant avoir tenu ces propos sous la contrainte des gendarmes. Elle n'a depuis cessé de clamer l'innocence de Bernard Laroche, abattu par le père du «petit Grégory», Jean-Marie Villemin, en 1985.

Saisie par Murielle Bolle, la Cour de cassation a reconnu le 19 février que la garde à vue de l'adolescente avait été effectuée en application de dispositions «inconstitutionnelles» de l'ordonnance de 1945 sur «l'enfance délinquante», la loi ne prévoyant alors, par exemple, ni présence d'un avocat ni notification du droit de se taire.

La plus haute juridiction judiciaire entérinait une décision du Conseil constitutionnel rendue quelques mois plus tôt.

Périmètre de la garde à vue

Le 18 décembre, lors d'une audience à huis clos devant la chambre de l'instruction, la défense de Murielle Bolle a demandé l'annulation partielle ou totale de 198 actes ou passages d'actes contenus dans le dossier. En particulier, elle réclame l'annulation des six pages de procès-verbal de la garde à vue des 2 et 3 novembre 1984.

Selon des sources concordantes, l'avocat général a requis pour sa part l'annulation de la garde à vue de la jeune fille mais demandé de conserver au dossier ses déclarations faites auprès des gendarmes avant le début officiel de cette garde à vue - autrement dit uniquement les trois premières pages du procès-verbal - ainsi que son interrogatoire par le juge Lambert. Il a par ailleurs demandé d'invalider certains éléments faisant référence à la garde à vue contenus dans un peu plus d'une centaine de pièces.

Après son «nettoyage» parisien, le dossier devrait revenir à la cour d'appel de Dijon.

L'affaire Grégory, considérée comme l'un des dossiers les plus énigmatiques de l'histoire criminelle en France, a été relancée en juin 2017 quand le grand-oncle et la grand-tante de l'enfant - les époux Jacob qui n'avaient jamais été inquiétés auparavant - et Murielle Bolle ont été mis en examen, soupçonnés d'avoir commis un «acte collectif». Mais ces poursuites ont ensuite été annulées pour des questions de procédure. (afp/nxp)

Créé: 14.01.2020, 15h47

Dossiers

Dix grandes dates

Le meurtre du petit Grégory Villemin, commis il y a 35 ans, reste l'une des plus grandes énigmes criminelles en France. Voici les dix grandes dates de l'affaire.


16 octobre 1984: assassinat de Grégory
Le corps de Grégory Villemin, quatre ans, est découvert dans la Vologne (Vosges), pieds et mains liés. Son oncle a reçu quelques heures plus tôt un appel téléphonique anonyme revendiquant l'assassinat. Le lendemain, les parents du petit garçon, Jean-Marie et Christine Villemin, reçoivent la lettre d'un «corbeau»: «J'espère que tu mourras de chagrin le chef. Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance. Pauvre con.»


5 novembre 1984: Laroche inculpé
Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie, est inculpé d'assassinat par le juge Jean-Michel Lambert et écroué. Désigné par une expertise graphologique, il a aussi été mis en cause par sa belle-soeur Murielle Bolle qui, lors d'une garde à vue, l'a accusé d'avoir enlevé l'enfant en sa présence. Elle s'est rapidement rétractée.


29 mars 1985: Laroche tué par le père
Jean-Marie Villemin, qui le tient pour le meurtrier, tue d'un coup de fusil Bernard Laroche, libéré deux mois plus tôt.


5 juillet 1985: Christine Villemin inculpée
Christine Villemin, désignée comme possible «corbeau» par des graphologues, est inculpée. Elle est écrouée durant quelques jours.


3 février 1993: Christine Villemin innocentée
Non-lieu pour Christine Villemin, dont le renvoi aux assises, en décembre 1986, avait été cassé en 1987.

16 décembre 1993: Jean-Marie Villemin condamné
Jean-Marie Villemin est condamné à cinq ans d'emprisonnement, dont un avec sursis, pour le meurtre de Bernard Laroche. Il est libéré quelques jours après, ayant purgé l'essentiel de sa peine en détention provisoire, de mars 1985 à décembre 1987.


28 juin 2004: L'Etat condamné
L'Etat est condamné à verser 35'000 euros à chacun des parents de Grégory pour dysfonctionnement de la justice.


3 décembre 2008: nouvelle recherche ADN
La cour d'appel de Dijon, saisie par les époux Villemin, rouvre l'enquête pour une nouvelle recherche d'ADN. Une précédente analyse, en 2000-2001, n'avait rien donné.
Le 24 avril 2013, le procureur général de Dijon, Jean-Marie Beney, présente les derniers résultats, non concluants. Le dossier n'est pas clos, dit-il, mais d'un point de vue scientifique, «l'espoir» de trouver le coupable «s'éloigne».


16 juin 2017: nouvelles mises en examen
Des années plus tard, l'affaire est relancée par des incohérences dans la chronologie des faits, révélées par le logiciel d'analyse criminelle Anacrim. Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, soupçonnés à leur tour d'être les «corbeaux», sont mis en examen pour «enlèvement et séquestration suivie de mort» et incarcérés. Ils sont libérés quelques jours plus tard, sous contrôle judiciaire strict.
Murielle Bolle est mise en examen le 29 juin pour «enlèvement suivi de mort» et écrouée jusqu'au 4 août.

16 mai 2018: annulation générale
Les trois mises en examen de juin 2017 sont annulées pour des raisons de procédure.
La défense de Muriel Bolle se pourvoit en cassation car sa garde à vue de novembre 1984 n'a pas été invalidée. La cour d'appel de Paris sera chargée de trancher cette question. Décision jeudi.

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