Facebook n’a pas dit son dernier mot

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Les tribulations du réseau social Facebook et de son père, Mark Zuckerberg, en lien avec un vol de données qui aurait porté sur 87 millions de ses 2 milliards d’usagers (soit environ 4%), mais aussi la propagation de fake news, auront suscité une avalanche, sans doute justifiée, d’articles et de commentaires indignés.

Ne peut-on pas y voir comme une sourde mais bien délectable revanche des «vieux médias» sur ces nouveaux et puissants acteurs de l’économie digitale? Facebook, à l’instar de Google, Apple, Amazon et autres Microsoft, n’est-il pas perçu comme une hydre qui dévore tout dans son expansion numérique sans limites: contenus, publicité, données personnelles et bien sûr information? De là à prédire, si ce n’est à souhaiter, la mort de la «bête», il n’y a qu’un pas… qu’il ne faut pas franchir.

Dans une étude datée de mars 2018, le Centre de recherche Pew note que si 73% des Américains préfèrent YouTube à Facebook (68% d’usage quotidien, tous supports confondus), le réseau social fondé en 2004 distance encore largement ses principaux concurrents: Instagram (35%), Pinterest (29%), Snapchat (27%), LinkedIn (25%), Twitter (24%) et WhatsApp (22%).

Depuis la première enquête comparative réalisée en 2012, Facebook caracole en tête des plateformes de médias sociaux aux États-Unis. La progression de la plateforme YouTube, dont le business model est basé sur le partage de vidéos, a incité Facebook à innover pour résister à ce concurrent en matière de captation du marché publicitaire mais aussi de publics jeunes. Plus de 94% des utilisateurs de YouTube se situent dans la tranche d’âge 18-24 ans alors que la grande majorité des utilisateurs de Facebook (80%) a entre 30 et 49 ans. C’est sans doute là que se situe le plus grand danger du réseau social: son obsolescence programmée au profit d’autres acteurs numériques. À moins d’y remédier avec des algorithmes qui répondent aux attentes des jeunes utilisateurs: plus d’images et plus de sons, tri plus sélectif des amis, blocage accru des publicités, etc. Autre solution: sortir de la gratuité pour proposer un nouveau business model premium, payant, comme l’a récemment suggéré Sheryl Sandberg, COO de Facebook, lors d’une interview accordée à NBC News le 6 avril. Il ne faut pas exclure d’autres évolutions, comme le rapprochement et la concentration des médias sociaux. Ainsi, 90% des utilisateurs LinkedIn sont aussi sur Facebook.

Le problème réside encore ailleurs. Dans une étude approfondie de l’usage des médias sociaux par les services publics d’information de six pays européens (Digital News Project 2018: «Public Service News and Social Media»), l’Institut Reuters et l’Université d’Oxford ont observé l’exploitation des plateformes Facebook, Twitter et Instagram, principalement. Le premier constat révèle une tension très forte entre les valeurs de service public et celles portées par les plateformes digitales à finalité commerciale. Pour résoudre cette tension, certains médias de service public ont adopté une stratégie volontariste de transfert des flux de visiteurs du réseau social vers leur propre site («On-Site Strategy»). En clair, la méfiance prédomine quant à la méthode à déployer pour capter de nouvelles et jeunes audiences. Cela mérite réflexion sachant que, selon l’étude de Pew, aux États-Unis plus de 59% des utilisateurs de médias sociaux affirment qu’ils pourraient aisément les abandonner alors que seuls 29% considèrent que ce serait difficile.

Mark Zuckerberg, qui cherche comme Google à se rapprocher des «vieux médias» en multipliant les offres de collaboration, pourrait méditer ces vers de Ronsard: «Le temps s’en va, le temps s’en va, ma dame/Las! le temps, non, mais nous nous en allons.» (TDG)

Créé: 11.04.2018, 17h01


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