Comment d’ex-talibans pakistanais ralliés à Daech terrorisent la population

AfghanistanExécutions, mariages forcés, extorsions… Le groupe Etat islamique fait tout pour soumettre la population

En Afghanistan oriental, des groupes d'opposition armés revendiquent avoir prêté allégeance au groupe État Islamique.

En Afghanistan oriental, des groupes d'opposition armés revendiquent avoir prêté allégeance au groupe État Islamique. Image: GHULAMULLAH HABIBI

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Quand Haji Muhammad (*) a vu les combattants du groupe Etat islamique (Daech) s’emparer de son village du district d’Achin, il s’est tout de suite inquiété. Pourtant, à Achin, les villageois sont habitués à la présence de combattants islamistes. Jusqu’au printemps, les talibans afghans régnaient en maîtres dans ce district de la province du Nangarhar, frontalière du Pakistan. «Les hommes du groupe Etat islamique sont d’une autre trempe, raconte Haji Muhammad. Ce ne sont pas des Afghans, ce sont d’anciens talibans pakistanais venus des régions d’Orakzai et de Khyber, au Pakistan. Ces hommes-là, nous les connaissons bien.»

Dans cette zone montagneuse où la frontière est poreuse, Haji Muhammad et les siens sont allés au Pakistan plusieurs fois pour fuir la guerre civile. Ils ont vécu dans la région pakistanaise de Khyber. «Là-bas, les talibans pakistanais ont commis les pires horreurs. Lorsqu’ils ont chassé les talibans afghans d’Achin, je savais qu’ils allaient recommencer.»

En juin, les combats entre Daech et les talibans s’intensifient, jetant des milliers de civils sur les routes. Certains se réfugient dans la ville de Jalalabad. D’autres, comme Haji Muhammad et ses voisins, fuient vers Kaboul. Les voilà désormais dans la localité d’Haji Munji Dag, une bourgade plantée sur une colline aride à une heure de route de la capitale.

Le cauchemar d’Haji Muhammad a débuté il y a environ un an, lorsque d’ex-talibans pakistanais débarquent dans le Nangarhar. Ils sont plusieurs centaines. En quelques mois, ils chassent les talibans afghans et se revendiquent de Daech. S’enclenche alors une mécanique bien rodée pour contrôler la population et nouer des alliances matrimoniales afin de s’implanter durablement. «Ils ont d’abord tué ceux qui pourraient contester leur autorité: mollahs, médecins, instituteurs», se souvient Khairullah, un maître d’école de la vallée de Bander. Ils appliquent ensuite une série de lois draconiennes.

«Du jour au lendemain, des patrouilles sillonnaient le village. Ils interdisaient les pantalons longs. Ils nous obligeaient à allonger nos barbes. Certains étaient fouettés en public pour avoir écouté de la musique», ajoute un jeune du district d’Achin qui a trouvé refuge à Haji Munji Dag. Les sanctuaires soufis d’Achin sont souillés, le cadavre du saint déterré. Entre 2008 et 2013, les talibans pakistanais recouraient aux mêmes mesures dans certaines régions du nord-ouest du Pakistan pour terroriser la population et dissuader toute résistance. Ils ne font que les reproduire en Afghanistan.

Et leur cruauté a empiré. Les hommes de l’EI font la chasse aux femmes non mariées. Ils édictent une règle obligeant les femmes vierges à porter des burqas blanches tandis que les femmes mariées doivent revêtir une burqa verte. Pour les veuves, le noir est de rigueur. Ce code vestimentaire leur permet de repérer de potentielles épouses. «Certains ont épousé des filles de la région, poursuit Haji Muhammad. Ils offrent beaucoup d’argent au père pour le convaincre. Comme ce sont eux qui font la loi, les parents n’ont pas les moyens de refuser.» Car à Achin, Daech sait terroriser la population.

Au dire des habitants, l’organisation gère quatre prisons, où elle enferme qui elle veut. Ces arrestations arbitraires visent à extorquer les villageois. Un habitant de la vallée d’Abdoul Khel explique comment un père a dû verser 7000 roupies pakistanaises pour faire libérer son fils. «Quand il est arrivé, explique le témoin, les gardiens ont pris l’argent puis ont décapité son fils devant lui.»

Pour l’instant, Daech peine à étendre son influence au-delà du Nangarhar. «Le groupe Etat islamique se heurte aux talibans afghans. A la fin de septembre, les talibans ont expulsé Daech d’un district du Helmand, dans le sud. Daech n’a posé le pied que dans six provinces», estime Borhan Osman, chercheur à l’Afghanistan Analysts Network de Kaboul, qui ajoute: «Les autorités afghanes paraissent surestimer le phénomène. Elles assurent que Daech est présent dans 25 provinces pour convaincre la communauté internationale d’augmenter son aide militaire, alors que l’insurrection talibane s’intensifie.» Pour le chercheur, le groupe Etat islamique a peu de chances de trouver un écho en Afghanistan: «Il faudrait que le mouvement des talibans afghans éclate en une myriade de petits groupes qui auraient alors besoin de se tourner vers Daech pour trouver un soutien idéologique. Ce scénario est peu probable à l’heure actuelle.» (TDG)

Créé: 19.10.2015, 17h12

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