Zanni, l’homme de Salvini à Bruxelles

Union européenneLe nouveau parlement de l’UE siège dès ce mardi. À la tête des députés d’extrême droite se trouve un Italien de 32 ans.

Marine Le Pen et Marco Zanni à l’annonce, le 13 juin à Bruxelles, de la création du groupe Identité et Démocratie.

Marine Le Pen et Marco Zanni à l’annonce, le 13 juin à Bruxelles, de la création du groupe Identité et Démocratie. Image: EPA

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Le visage des institutions européennes pourrait être enfin dévoilé ce mardi, lorsque les dirigeants de l’UE reprendront leurs négociations, interrompues lundi. Mais il est un autre visage qui ne manquera pas de susciter l’intérêt: celui de Marco Zanni, l’homme qui aura la charge d’incarner l’extrême droite à la tête d’Identité et Démocratie (ID), le nouveau groupe parlementaire réunissant la Ligue, le Rassemblement national (RN) et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

À 32 ans, ce natif d’un village de 5000 habitants proche de Bergame fera son entrée mardi, premier jour de session du nouveau Parlement européen, dans le «saint des saints». La «conférence des présidents» réunit les chefs des sept groupes politiques de l’assemblée européenne. C’est là que sont distribués les postes clés, comme les présidences et vice-présidences des commissions parlementaires, là que sont désignés les membres du «bureau», l’organe de gestion du Parlement où l’on parle d’argent et de règlement, là, enfin, que se nouent les compromis politiques sur la législation. Une promotion spectaculaire.

Des 5 étoiles à la Ligue

Retour en 2010. Marco Zanni, fraîchement diplômé de la prestigieuse Université Bocconi de Milan, rejoint la Banque Sanpaolo, d’où il observe aux premières loges les ravages de la crise financière. Le Mouvement 5 étoiles (M5S) du comique Beppe Grillo grimpe en flèche, et Marco Zanni prend la vague anti-establishment qui le dépose en 2014 de l’autre côté des Alpes, au Parlement européen de Strasbourg. Jeune député, il se fait un nom en s’attaquant à du gros gibier: son compatriote Mario Draghi, le président de la BCE, qu’il mitraille de questions techniques sur l’euro à chacune de ses auditions.

C’est ainsi qu’il se lie avec le nationaliste flamand Gerolf Annemans. «Dès le début, j’ai vu que Marco Zanni est intellectuellement très articulé, cartésien, un esprit clair, j’ai tout de suite senti que c’était un grand talent politique», raconte le président du parti Europe des Nations et des Libertés. Le groupe éponyme ENL, créé en 2015 par Marine Le Pen, lui ouvre les bras quand il quitte une délégation M5S à la dérive.

Lequel de Salvini ou de Zanni est allé chercher l’autre en vue des élections de 2019? Mystère. Toujours est-il que le 18 mai, à Milan, où le chef de la Ligue avait convié ses «amis» européens, le jeune homme est présenté comme son «conseiller diplomatique européen». «Pour nous, ce n’était pas une surprise (ndlr: qu’il prenne la tête du groupe ID). Salvini avait pris sa décision», explique Gerolf Annemans. Marine Le Pen a toutefois tenu à le flanquer de son poulain, Nicolas Bay, élu «premier vice-président», pendant que l’AfD récupérait une simple «vice-présidence».

La mission de ce triumvirat: tirer le meilleur parti de la tribune offerte par le Parlement européen pour dénoncer l’«hypocrisie» – dixit Marine Le Pen – des partis centristes et conquérir le pouvoir dans leurs capitales nationales respectives. Sur 73 députés, 27 viennent de la Ligue, 21 du RN et 11 de l’AfD, les autres de partis «cousins»: EKRE (Estonie), le FPÖ (Autriche), les Vrais Finlandais, le parti indépendantiste flamand Vlaams Belang, le «DP» danois et le «SPD» tchèque. Ensemble, ces formations revendiqueraient les présidences de deux commissions parlementaires importantes: l’Agriculture et les Affaires juridiques, où sont traitées les questions d’État de droit.

Contradictions

Les autres groupes parlementaires n’ont pas attendu pour décrier ces champions de l’«Europe des nations» et leurs contradictions. Car s’ils sont critiques sur les règles budgétaires communes, ces partis d’extrême droite ne sont pas hostiles à la monnaie européenne. Et s’ils prétendent aider l’Italie dans la gestion de l’immigration, ils restent favorables au rétablissement des frontières nationales. À ce titre, Marco Zanni «est l’incarnation des contradictions de son groupe», résume l’eurodéputé Vert allemand Sven Giegold. Des contradictions que le jeune prodige de Bergame devra gérer si son groupe veut se faire entendre à Bruxelles.

Créé: 01.07.2019, 21h32

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