«Avec Wauquiez, les Républicains vont se réduire comme le PS»

FranceExclu de son parti , Franck Riester ne comprend pas la dérive ultra-droitière de sa famille politique. Ils ont mené aux échecs de 2012 et 2017, dit-il. Analyse à la veille du triomphe annoncé de Laurent Wauquiez.

Pour emporter la présidence des Républicains Laurent Wauquiez joue l'air de la droite assumée, après Sarkozy, Copé, Fillon... Une stratégie qui a fait perdre le parti et contredit ses valeurs, pense Franck Riester.

Pour emporter la présidence des Républicains Laurent Wauquiez joue l'air de la droite assumée, après Sarkozy, Copé, Fillon... Une stratégie qui a fait perdre le parti et contredit ses valeurs, pense Franck Riester. Image: AFP

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Franck Riester est député LR de Seine-et-Marne depuis 2007. A 43 ans, il est de la même génération que Laurent Wauquiez (42 ans). Pourtant, les deux hommes partagent peu de chose. Depuis son exclusion du parti Les Républicains, l’ex-maire de Coulommiers qui fut porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ne se gêne pas pour critiquer la dérive identitaire de sa famille politique. Il vient d’annoncer la création d’un microparti: «Agir». Cette droite constructive est forte d’une une vingtaine d’élus de droite modérée et s’attend à voir ses rangs grossir dès l’entrée en fonction de Laurent Wauquiez. Interview de Franck Riester, un Gaulliste qui pense que «pour exister, la ligne politique de droite doit le faire à l’extérieur du parti des Républicains».

– Qu’est-ce qui a justifié votre exclusion des Républicains?

– On m’a exclu parce que j’ai voté des textes de réformes que la droite a souvent appelés de ses vœux et n’a pas eu le courage de mettre en œuvre. On m’a exclu parce que je siège à l’Assemblée nationale avec l’UDI. Ceux-là même avec qui on a passé un accord pour gagner les législatives. Tout ça ne tient pas. Il s’agit d'une purge politique maquillée en procédure disciplinaire, statutaire.

– A vous entendre, cette situation, c'est l'arrêt de mort des Républicains?

– Oui, c'est mortifère. L'incapacité à modifier la façon de faire de la politique et la détermination à rester sur une ligne droitière, identitaire, est mortifère pour ma famille politique. On a déjà perdu deux présidentielles. Nous étions en gros 350 députés en 2002, 300 en 2007, 200 en 2012. On est plus que 100 en 2017. En continuant comme ça, on se retrouvera comme le Parti socialiste à 30 lors des prochaines élections législatives. Beaucoup de mes amis partagent le même diagnostic de la nécessité de créer à côté des Républicains un nouveau parti de droite dans l'esprit de ce qu'était l'UMP. Un rassemblement de la droite et du centre sur des idées libérales, sociales, européennes réformatrices et humanistes.

– Pourquoi avoir lancé «Agir»? Ne pouviez-vous pas exister au sein de la droite telle qu’elle est en train de se recomposer?

– Il est important de dire qu’il y a bien une recomposition. L’élection d’Emmanuel Macron est un séisme politique important. Les répercussions se font ressentir encore aujourd’hui. Mais la volonté des Français de faire table rase du passé était sous-jacente depuis des années. Il y avait une demande de renouvellement des têtes et des pratiques: ce côté binaire de la vie politique, ces postures qui fait que quand on est dans la majorité on soutient tout, et quand on est dans l’opposition, on s’oppose sur tout.

– A droite aussi, on n’a pas senti ce besoin de renouveau?

– A droite, cela fait plusieurs années qu’on ne regarde pas la réalité en face. On ne tire pas les conséquences de nos échecs. On a perdu en 2012, on a perdu en 2017. De plus, on a vu la ligne historique de la droite républicaine, définie en 2002 avec la création de l’UMP, dériver vers l’extrême droite. Nicolas Sarkozy d’abord, Jean-François Copé ensuite, François Fillon et Laurent Waulquiez à leur façon, on a pensé qu’il fallait courir après le Front national. Lors de l’entre-deux tours de la présidentielle, Laurent Wauquiez qui sera élu président est l’un de ceux qui ont cautionné le vote blanc. Cette dérive droitière vers une ligne identitaire, autoritaire, vers une ligne eurosceptique et ultraconservatrice nous a conduits dans le mur. Et on continue comme si de rien.

– Pourquoi ne pas vous être présenté à la présidence des Républicains?

– Parce que c’est joué d’avance, verrouillé. Dans une volonté de garder le pouvoir, un certain nombre de cadres des Républicains ont fait alliance avec Laurent Wauquiez. Le diagnostic que je viens de poser sur ma famille politique me fait considérer que si on veut que notre ligne politique continue à exister, elle doit le faire à l’extérieur du parti des Républicains. J’ajouterai que mon choix est conforté par la personnalité de Laurent Wauquiez. C’est quelqu’un d’autoritaire. Dans la région Rhône-Alpes qu’il préside, il ne supporte pas des positions différentes, la contradiction. Il menace, sanctionne celles et ceux qui ne sont pas exactement dans sa ligne. Il veut des amis soumis. Ce n’est pas possible quand on veut incarner une grande famille politique, gouvernementale, avec des sensibilités différentes. Et ensuite, avec l’UMP, on a essayé mais on n’a pas réussi. J’avais créé avec Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel, le groupe des Humanistes au sein des Républicains. Au final, j’ai été exclu.

– Il y a trente ans, Pasqua et Juppé cohabitaient dans la même famille politique. Pourquoi aujourd'hui n'est-ce plus possible?

– Parce qu'il y avait un leader qui s'appelait Jacques Chirac qui a su trouver les équilibres entre les forces politiques et la représentation des uns et des autres dans le fonctionnement du mouvement. De plus, il a toujours été clair vis-à-vis du Front national. En France, c'est un point hypersensible. On a une histoire particulière avec l’extrême droite tout de même. Ceux qui sont autour de Laurent Wauquiez sont des conservateurs identitaires très conservateurs qui ne le laisseront pas se recentrer. Même s'il a envie de le faire.

Créé: 08.12.2017, 08h01

Franck Riester

«Le pari du FN nous a fait perdre en 2012 et en 2017»

– Quel est le poids des ultraconservateurs - Sens commun – au sein des Républicains?

– Quand vous êtes en proximité idéologique, vous avez envie de faire des alliances. C’est ce qui s’est passé avec le président de Sens commun. LR l’a évincé mais sa stratégie demeure. Sens Commun met la pression, menace de retirer son soutien, ne «lâche rien» (selon son propre slogan) et parvient à influencer les décisions. Sens commun pèse plus lourd que le nombre réel de ses représentants, je l’ai bien vu pendant le débat sur le mariage pour tous.

– On ne lâche rien, c’est le contraire d’Agir?

– La politique, c’est aussi l’art de l’équilibre, du consensus. On ne peut pas rester toujours sur une ligne dure. Si on veut rassembler, il faut accepter de travailler avec des gens qui n’ont pas exactement les mêmes vues. Mais là, c’est la radicalisation qui l’emporte. Je l’ai vu aussi lors du débat sur la loi Hadopi, dont j’étais le rapporteur. La pression a été constante. Les députés ont eu peur de perdre des voix. Cette pression constante, ça marche peut-être en termes d’influence, mais ce n’est pas très démocratique.

– Peu de choses vous différencie de LREM. Pourquoi ne rejoignez-vous pas le parti présidentiel?

– Primo: il y a dans le parti présidentiel beaucoup de gens de gauche qui soutiennent aujourd’hui une politique très différente de celle qu’ils défendaient par le passé. Vont-ils rester sur cette ligne? Et le président lui-même, avec lequel je ne suis déjà pas d’accord sur tout aujourd’hui, restera-t-il sur cette ligne? Deux: quand on est dans un parti présidentiel, on se doit de dire et même de penser la même chose que le chef de l’Etat. Moi, je veux être libre. Certain que mes idées - celles d’une droite moderne, libérale et sociale, humaniste et ouverte sur le monde - seront défendues.

– Vous croyez qu’un jour LR pourrait conclure une alliance avec le FN?

– Ce que je crains, c’est que ce soit naturel. Qu’à force d’être sur les mêmes thèmes, et les mêmes idées, la base poussera à ces alliances. Et puis, quand il y aura des intérêts électoraux, il sera toujours aisé de dire qu’on avait refusé les alliances mais que le contexte a changé, que le Front national n’est plus le même, etc.

– Marine Le Pen qui tend la main à Laurent Wauquiez, c’est un vrai retournement de stratégie ou c’est une tactique?

– Elle aussi est coincée par sa base qui se dit que pour gagner, il y aura peut-être besoin d’alliances. Pour les électeurs du FN, un accord avec Wauquiez, ce n’est pas si horrible puisqu’il est sur les mêmes idées. Donc oui, il y a un risque à terme. La politique, ce n’est pas simplement regarder l’état de l’opinion et se dire qu’il y a un coup à jouer. C’est avoir des convictions et les défendre.
Dans mon territoire, j’ai expliqué que la loi sur le mariage pour tous était une bonne loi, y compris quand on est de droite. Les conservateurs britanniques l’ont d’ailleurs votée. J’ai rencontré des catholiques très pratiquants. J’ai aussi facilité l’implantation d’une mosquée à Coulommiers parce que les musulmans pratiquaient dans un lieu indigne. Par faiblesse et lâcheté, mes prédécesseurs n’avaient jamais voulu s’attaquer au problème. À force d’avoir le discours du FN, à force d’épouser l’état de l’opinion, cela devient très dangereux, on n’arrive plus à faire évoluer les mentalités, les perceptions.

– D’un point de vue purement cynique, cette alliance serait un pari gagnant?

– Non! Regardez le pari de la droite en 2012 puis en 2017. À chaque fois, elle a perdu.
XA

Wauquiez, favori à la présidence des Républicains

Les Républicains se choisissent un nouveau président. Après le fiasco de la présidentielle 2017 qui a vu leur candidat François Fillon échouer à se qualifier au 2e tour, le grand parti de la droite française appelle ses adhérents aux urnes. Une élection à deux tours (les 10 et 17 décembre) qui pourrait être réglée dès dimanche. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez est en effet archi-favori. Ses deux challengers, Florence Portelli et Maël de Calan, devraient ramasser les miettes et espérer une défaite honorable afin d’espérer peser au sein de la future structure.

Mais le parti les Républicains ne va pas bien. Malgré un groupe parlementaire relativement important après les législatives (113 députés), il ne parvient pas à se faire entendre à l’Assemblée nationale. La faute à des courants très différents au sein de ce grand rassemblement des droites. Et comme, pour l’instant, c’est le courant très droitier de Laurent Wauquiez qui semble l’emporter, les crispations et les dissensions sont nombreuses.
XA

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