Vincent Lambert s’apprête à quitter le coma et mourir

FrancePlongé dans un état végétatif, le patient est depuis des années victime de désaccords familiaux. Fin d’un cauchemar.

Comme ici à Lyon, plusieurs manifestations contre la décision de laisser mourir Vincent Lambert ont eu lieu, lundi en France.

Comme ici à Lyon, plusieurs manifestations contre la décision de laisser mourir Vincent Lambert ont eu lieu, lundi en France. Image: NICOLAS LIPONNE/NURPHOTO

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Depuis lundi matin, les traitements pour assurer la survie de Vincent Lambert ont été suspendus et il est soumis à une «sédation profonde et continue». Dix ans et huit mois après l’accident de voiture qui l’a plongé dans le coma et à l’issue de six ans de luttes procédurales qui ont déchiré sa famille, Vincent Lambert n’est plus nourri ni hydraté par voie artificielle. Toutes les mesures sont prises pour qu’il ne souffre pas, mais la mort pourrait prendre plusieurs jours à venir.

Dans l’e-mail qu’il a envoyé lundi à la famille, le chef du service des soins palliatifs du CHU de Reims, le Dr Vincent Sanchez, exprime l’espoir que «dans cette période douloureuse, […] chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de (M. Lambert), afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible». Car depuis six ans, Rachel, la femme de Vincent Lambert, cinq de ses frères et sœurs ainsi que son neveu François se battent pour «le laisser partir», alors qu’en face, Pierre et Viviane, les parents, avec un frère et une sœur, font tout pour s’y opposer. L’espoir de la sérénité a vite été déçu. Devant l’hôpital, Viviane est apparue, en larmes, hurlant: «C’est des monstres! Des monstres! C’est des nazis!»

Comment en est-on arrivé là?

Car cette famille n’a pas toujours été divisée. Le 29 septembre 2008, quand ils apprennent l’accident de voiture du jeune infirmier en psychiatrie de 32 ans, tout frais papa d’une petite fille, ses proches font bloc et espèrent. Vincent Lambert est plongé dans le coma, mais dans un état de conscience dit «pauci-relationnel» qui laisse espérer la persistance d’une perception émotionnelle. Hospitalisé dans plusieurs établissements spécialisés, il ne marque toutefois pas d’amélioration et en 2012, une importante série d’examens échoue à établir un code de communication.


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Volonté claire

Physiquement, toutes ses fonctions sont autonomes, il n’est relié à aucun appareil si ce n’est qu’il doit être nourri et hydraté artificiellement. Il lui arrive de sourire, ouvrir les yeux, mais ces réactions ne traduisent pas des émotions. En l’absence d’une évolution neurologique favorable, le médecin soignant de l’époque décide, d’entente avec Rachel Lambert, d’entamer une procédure de fin de vie prévue depuis 2005 pour éviter l’acharnement thérapeutique. L’épouse du patient fait valoir la volonté de son mari. Dans un livre qu’elle publiera en 2014, elle rapporte ainsi une conversation qu’elle avait eue avec lui: «Il veut que je sache que si jamais, un jour, il est pour une raison ou pour une autre en état de grande dépendance, il préférerait mourir que de rester cloué sur un lit.» Cette volonté est confirmée par un neveu.

En avril 2013, l’équipe médicale suspend donc le traitement de Vincent Lambert, mais elle néglige d’en aviser les parents et quand ils l’apprennent, effarés, ils introduisent une procédure d’urgence devant un tribunal administratif qui ordonne la reprise immédiate du traitement. À part le choc de ne pas avoir été consultés, les parents, catholiques intégristes proches de la Fraternité sacerdotale de Saint-Pie X, rejettent l’idée d’euthanasie passive telle qu’elle est définie dans la loi. Par ailleurs, ils jugent la volonté de Vincent Lambert incertaine puisqu’elle n’est pas écrite.

À partir de là, la famille se divise et les procédures judiciaires ne vont que jeter de l’huile sur le feu de cette désunion. De procès en recours, l’affaire remonte jusqu’au Conseil d’État puis à la Cour européenne des droits de l’homme, qui donne raison, en juin 2015, à l’hôpital. L’équipe médicale tente de reprendre la procédure, mais les menaces et les plaintes pour «assassinat» déposées par les avocats des parents conduisent l’équipe médicale à jeter l’éponge, faute des «conditions de sérénité et de sécurité nécessaires».

Une nouvelle fois, le dossier redémarre, une troisième expertise confirme l’«état végétatif irréversible» du patient, tout en relevant que les soins qui lui sont apportés ne constituent pas de l’acharnement thérapeutique. On remonte au Conseil d’État et à la CEDH, qui confirment en avril de cette année leur décision.

Politisation

On en est là. La justice s’est exprimée, mais les avocats des parents Lambert dénoncent «un processus de mort sans préavis», mais l’archevêque de Reims, appelle à prier «pour que notre société française ne s’engage pas sur l’euthanasie», mais la tête de liste des Républicains, François-Xavier Bellamy, dit son soutien aux parents et demande au président de se prononcer. Sur Twitter, Emmanuel Macron l’a fait et annoncé qu’il ne suspendrait pas «une décision qui relève de l’appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois». Pendant ce temps-là, à l’hôpital, un homme affronte son destin.

(TDG)

Créé: 20.05.2019, 21h25

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