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Valls voulait réinventer la politique française... Emmanuel Macron l'a fait

L’ex-premier ministre revient en député isolé au parlement. Il n’est plus socialiste. Les socialistes le sont-ils encore? Analyse de la trajectoire d'un homme seul.

Manuel Valls isolé. La cruelle trajectoire de l'homme qui a voulu «réinventer la politique française, dépasser le clivage droite-gauche, bâtir un camp «progressiste», libéral et pro-européen, réunir les bonnes volontés de tous les bords», explique Roland Cayrol. Emmanuel Macron l'a fait en quelques mois.
Manuel Valls isolé. La cruelle trajectoire de l'homme qui a voulu «réinventer la politique française, dépasser le clivage droite-gauche, bâtir un camp «progressiste», libéral et pro-européen, réunir les bonnes volontés de tous les bords», explique Roland Cayrol. Emmanuel Macron l'a fait en quelques mois.
AFP

«Je quitte le Parti socialiste ou le Parti socialiste me quitte…» C’est par ces mots empreints d’ambiguïté que Manuel Valls a annoncé, mardi matin, tourner le dos au parti dans lequel il milite depuis trente-sept ans. Une annonce intervenue quelques heures avant une rentrée parlementaire hors normes, dans l’après-midi. En effet, 424 des 577 députés de l’Assemblée nationale sont des débutants. Avec 223 femmes (38,6%), l’hémicycle n’a jamais été aussi féminin. Il est également divisé comme jamais, puisqu’il compte sept groupes parlementaires. Plus les non-inscrits parmi lesquels siègent les huit députés FN.

Réformisme inachevé

Premier ministre emblématique du quinquennat socialiste de François Hollande, Manuel Valls siégera, lui, comme député apparenté au groupe La République en marche! «Manuel Valls a fait le parcours complet du réformiste de gauche sans succès. Au final, il avait souhaité la victoire de Macron, après avoir été empêché par Hamon pour la présidentielle, il était donc logique qu’il se rapproche du groupe macroniste», analyse Roland Cayrol.

Pour le politologue, «c’est Valls qui avait théorisé les deux gauches irréconciliables. Il ne pouvait donc pas siéger parmi les élus socialistes. Il a essayé de constituer un groupe autour de lui. Ça a failli marcher, mais sans doute à cause de sa propre personnalité, certains ont renoncé. De peur de disparaître…» Encore un échec à deux doigts de réussir pour Manuel Valls? Tel est le parcours sinueux de ce social-démocrate dur au mal, souvent inspiré dans ses visions, mais qui peine à concrétiser ses idées tant sa personnalité est clivante.

Il voulait être Tony Blair

La France fait la connaissance de Manuel Valls en 1997 lorsqu’il apparaît comme porte-parole du premier ministre Lionel Jospin. L’époque est à la nouvelle gauche, à la troisième voie, aux succès de Tony Blair, dont il se rêve être l’héritier en France.

«La politique est cruelle. Manuel Valls a annoncé beaucoup de choses: réinventer la politique française, dépasser le clivage droite-gauche, bâtir un camp «progressiste», libéral et pro-européen, réunir les bonnes volontés de tous les bords… changer le nom du Parti socialiste. Toute sa carrière, il s’est placé en recours du changement nécessaire, mais à la fin, c’est Emmanuel Macron qui lui coupe l’herbe sous les pieds», met en perspective Roland Cayrol.

Plus de socialistes…

On ajoutera que c’est encore Manuel Valls qui a insisté auprès de François Hollande, en août 2014, pour rattraper le jeune conseiller de l’Elysée parti dans le privé et lui offrir le Ministère de l’économie. Trois ans plus tard, Emmanuel Macron est président de la République. Manuel Valls, un élu isolé, est, lui, honni par ses anciens camarades.

Et comme le sort est toujours féroce, les élus du PS à l’Assemblée ont baptisé leur groupe «La nouvelle gauche» et abandonné le mot «socialiste». Une première depuis 1958. «Il ne faut jamais laisser tomber le beau mot de socialisme, car quelqu’un pourrait le ramasser.» François Mitterrand l’aurait dit à François Hollande… En effet, l’idée d’abandonner cette référence est dans l’air depuis longtemps.

Et Roland Cayrol de sourire: «Et pourtant aujourd’hui, personne ne s’est ému du renoncement à la marque PS. Le symbole est fort! Comme si le parti ne servait à rien entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron et qu’il errait. L’aggiornamento, c’était le combat de Valls au sein du PS durant toutes ces années où il a déposé des motions à 5%, congrès après congrès», soupèse Roland Cayrol.

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