Ursula von der Leyen, première femme à la tête de l’Europe

Commission européenneLa conservatrice allemande a été élue avec une fragile coalition pour diriger l’Exécutif européen. Elle succède à Jean-Claude Juncker.

Ursula von der Leyen à Strasbourg. À 60 ans, la démocrate-chrétienne, ministre de la Défense en Allemagne, a été désignée à la tête de la Commission par une courte majorité de neuf voix.

Ursula von der Leyen à Strasbourg. À 60 ans, la démocrate-chrétienne, ministre de la Défense en Allemagne, a été désignée à la tête de la Commission par une courte majorité de neuf voix. Image: REUTERS/VINCENT KESSLER

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Rien n’était acquis mardi matin à 9 h quand Ursula von der Leyen, 60 ans, jusqu’alors ministre de la Défense en Allemagne, a pris la parole à Strasbourg. Face aux eurodéputés, elle défendait sa candidature à la présidence de la Commission européenne, où elle remplacera Jean-Claude Juncker à compter du 1er novembre.

Les démocrates-chrétiens, dont elle est, lui étaient acquis. Les libéraux probablement aussi. Mais d’où viendrait l’appoint de quelque 150 voix nécessaires pour atteindre la majorité de 374 députés requise?

Féministe et fédéraliste

Ursula von der Leyen, une proche d’Angela Merkel, était placée devant un dilemme: jouer la carte de la droite conservatrice et nationaliste qui avait amené à sa désignation par les chefs d’État et de gouvernement, ou tenter de rallier le centre gauche. Elle a choisi la deuxième option, en prononçant un discours aux accents très sociaux et même fédéralistes dans la tradition démocrate-chrétienne la plus pure, avec cette touche féministe qui fait sa singularité. «C’est avec une grande fierté que je peux dire: c’est finalement une femme qui est candidate à la présidence de la Commission.»

Au fur et à mesure de la journée, ses soutiens à gauche n’ont cessé de gonfler. Consciente de sa faiblesse, la candidate avait demandé aux chefs d’État et de gouvernement qui l’avaient désignée à l’unanimité et qui n’appartenaient pas à sa famille politique de faire leur travail et de demander à leurs troupes de la soutenir. Le premier ministre portugais, António Costa, s’était exécuté lundi. Les voix espagnoles lui étaient acquises en raison de la désignation d’un des leurs, le socialiste Josep Borrell, au poste de haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Finalement, à 18 h, alors que le vote commençait, la délégation socialiste dans son ensemble s’est ralliée à la candidate démocrate-chrétienne.

Dès la fin de la matinée, il était clair que l’extrême droite ne la soutiendrait pas, même si la Ligue italienne, mise sous pression par le président du Conseil Giuseppe Conte, a longtemps hésité. «Nous ne pensons pas que vous puissiez représenter le changement qui s’impose», avait prudemment dit son chef, Marco Zanni. Il aura finalement renoncé, ouvrant la voie au ralliement des socialistes italiens du PD. Le Mouvement 5 étoiles, lui aussi, a soutenu von der Leyen.

L’histoire retiendra que l’ex-ministre allemande de la Défense l’a finalement emporté grâce à la gauche du sud-ouest de l’Europe, aux travaillistes britanniques et à une vingtaine de nationalistes polonais qui l’ont soutenue contre l’avis de leur groupe. Paradoxalement, les sociaux-démocrates allemands qui gouvernent avec son parti, la CDU, à Berlin, auront été ses pires ennemis pendant cette très courte campagne.

Des gages à gauche

Mais Ursula von der Leyen aura dû donner des gages au centre et à la gauche qui risquent de la mettre en porte-à-faux avec sa famille démocrate-chrétienne et de compliquer son mandat de cinq ans. Elle a promis de militer pour un salaire minimum dans tous les pays européens et de permettre des transferts entre systèmes d’assurance chômage, sur le modèle américain de réassurance au niveau fédéral. Or les pays d’Europe centrale sont farouchement hostiles à la première idée, tandis que les pays créanciers, dont le sien, s’opposent à la seconde. Elle proposera également une «garantie pour les enfants», destinée à atténuer les effets de la pauvreté, dont elle n’a pas chiffré le coût. Un «Green Deal» pour l’Europe devrait, lui, être présenté sous cent jours après son investiture officielle le 1er novembre, avec à l’appui 100 milliards d’euros par an pendant une décennie. Autant de promesses coûteuses qui collent mal avec la prudence des gouvernements lorsqu’il s’agit de décider du budget de l’Union, qui n’excède pas 160 milliards d’euros par an.

Comment gèrera-t-elle ces dilemmes? Forcément au cas par cas, car sa majorité n’est pas stable. Notre soutien «n’est pas un chèque en blanc», assurait une source socialiste dans l’après-midi. Sa priorité est désormais de traduire ce fragile consensus dans la composition de son équipe de 27 commissaires qu’elle veut strictement paritaire. À nouveau, elle devra la faire adouber par les députés européens, en octobre.

Créé: 16.07.2019, 22h24

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