Ursula von der Leyen, main de fer dans un gant de velours

Union européenneLa successeure désignée à la tête de la Commission européenne n’est pas encore certaine d’être élue par le Parlement.

Candidate à la succession de Jean-Claude Juncker, Ursula von der Leyen se livre à un véritable marathon pour convaincre les parlementaires de l’élire, le 16 juillet prochain.

Candidate à la succession de Jean-Claude Juncker, Ursula von der Leyen se livre à un véritable marathon pour convaincre les parlementaires de l’élire, le 16 juillet prochain. Image: Francisco Seco/Keystone

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Tailleur bleu ciel, brushing impeccable, la ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen s’est présentée sous son meilleur jour, ce mercredi matin, pour le premier «oral» de sa journée: devant 153 députés socialistes, dont 23 compatriotes du SPD passablement remontés contre la désignation. Ce n’était que le début d’une longue journée qui s’est terminée par deux heures de joutes avec les écologistes. Et les rendez-vous s’enchaînaient encore ce jeudi.

Depuis que, le 2 juillet dernier, son nom est sorti du chapeau des chefs d’État et de gouvernement européen, cette gynécologue de profession s’est lancée dans un véritable marathon. Le but: obtenir le plus vite possible le soutien d’une majorité de députés et montrer qu’elle est la femme dont l’Europe a besoin. Sa stratégie: occuper le terrain face à un Parlement peu satisfait de la manière dont elle a été désignée et qui lui aurait préféré la tête de liste socialiste Frans Timmermans.

Sur tous les fronts

Au lendemain de sa désignation, le 3 juillet, elle était à Strasbourg pour se faire adouber par sa propre famille politique, le Parti populaire européen. Le 4, à Bruxelles, on la voyait successivement rencontrer le président du Conseil européen Donald Tusk, poser aux côtés de la commissaire à la concurrence Margrethe Vestager, avant de s’entretenir avec l’actuel titulaire du poste qu’elle convoite, Jean-Claude Juncker, et de poster la photo du modeste bureau mis à sa disposition à la Commission européenne.

Sur le papier, Ursula von der Leyen a tout de la candidate modèle. À 60 ans, elle a près de vingt ans d’expérience politique derrière elle, s’exprime parfaitement en anglais et en français, n’a pas hésité à afficher dans le passé des convictions fédéralistes. Au Parlement, elle commence systématiquement ses auditions par un: «J’ai passé les treize premières années de ma vie à Bruxelles», où son père était haut fonctionnaire. La suite: un «échec», qu’elle avoue avec modestie, dans sa tentative d’étudier l’économie, puis sa bifurcation vers la médecine et ses sept enfants, nombre qu’elle précise sur le compte Twitter de «candidate à la présidence de la Commission», un compte ouvert le 3 juillet et qui recense déjà plus de 60 000 abonnés.

La carte «femme»

Celle qui a été faite ministre fédérale en 2005 par Angela Merkel sait qu’elle doit en partie son adoubement au fait qu’elle est… une femme: le «genre» était une des composantes de l’équation à résoudre. Depuis, elle joue cette carte. De Berlin, elle a emmené dans ses bagages deux hommes qui travaillaient avec elle au Ministère de la défense, mais elle n’a choisi que des femmes parmi les administrateurs que la Commission a mis à sa disposition pour préparer sa «transition». Elle ne tarit pas d’éloge sur la Danoise Margrethe Vestager dont elle devra faire, si elle est confirmée, une vice-présidente à la Commission. «Elle a fait un travail exceptionnel», dit-elle.

Cela suffira-t-il pour emporter le soutien d’une majorité de députés? Peut-être, mais ce n’est pas certain, car si elle veut se passer des voix des eurosceptiques, il lui faudra un large soutien au centre gauche. Mercredi après-midi, les Verts au Parlement l’ont assommée de questions techniques et se sont dits «déçus» par sa prestation. La présidente du groupe socialiste Iratxe García annoncé que ses 153 élus réservaient leur réponse jusqu’à «la semaine prochaine». Le président du Parlement européen lui-même, David-Maria Sassoli (socialiste), a déclaré dans l’après-midi: «Ce n’est ni le moment ni la place pour tirer des conclusions sur le dialogue» avec les groupes politiques.

Rumeurs de report

Malgré la modestie avec laquelle elle se présente, Ursula von der Leyen reste avant tout un membre du gouvernement Merkel, c’est-à-dire une représentante de la droite. «La vente commence quand le client dit non. Vous avez devant vous 75 clients à convaincre», lui avait lancé le coprésident du groupe des Verts Philippe Lamberts en début d’audition. La «vente» n’est pas encore parfaite. Mercredi, des rumeurs sur un report de l’élection, pour l’instant prévue le 16 juillet, circulaient.

Créé: 10.07.2019, 22h15

Des populistes sans présidence

Il y a la règle et… il y a le vote. La règle, qui assure une répartition équitable des postes en fonction de la taille des groupes politiques au parlement, réservait deux commissions parlementaires aux élus d’extrême droite du groupe ID: l’Agriculture et les Affaires juridiques. Mais le vote des députés membres de ces commissions ce mercredi, lui, les leur a retirées. Socialistes, chrétiens-démocrates, libéraux et écologistes ont en effet présenté et fait élire leur propre candidat commun: un chrétien-démocrate allemand dans la première à la place du Tchèque Ivan David (du petit parti SPD) et une libérale britannique à la place du frontiste français Gilles Lebreton. L’ex-première ministre polonaise Beata Szydlo, élue du parti nationaliste PiS, a, elle aussi, été écartée de la présidence de la commission des affaires sociales, bien qu’elle siège au sein du groupe conservateur ECR, qui n’est pourtant pas qualifié d’extrême droite. Un vote surprise qui étend le «cordon sanitaire» européen. FL.A.

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