Ursula von der Leyen, la «surprise des chefs» pour succéder à Juncker

Union européenneLes Vingt-Huit ont désigné mardi les futurs responsables des institutions européennes. Deux femmes aux postes clés.

L'allemande Ursula von der Leyen à la Commission européenne.

L'allemande Ursula von der Leyen à la Commission européenne. Image: Reuters

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Août 2011. L’Europe vit au rythme des sommets de crise à répétition et des attaques spéculatives sur sa monnaie, l’euro. De Berlin, une voix s’élève, celle d’une femme de 52 ans à l’époque, nouvelle venue dans la politique fédérale, la ministre du Travail Ursula von der Leyen. Dans la concurrence mondiale, une monnaie unique ne suffit pas, il faut une union politique, explique au «Spiegel» celle que l’on considère comme une des protégées de la chancelière. «Mon but, ce sont les États-Unis d’Europe, selon le modèle des états fédérés comme la Suisse, l’Allemagne ou les États-Unis», ajoute-t-elle. Propos forts ambitieux pour celle qui n’est encore qu’une intruse dans la politique fédérale.

Qui est-elle?

Ursula von der Leyen est à la fois la «créature» d’Angela Merkel, qui l’a arrachée à la politique provinciale pour la faire une première fois ministre, de la Famille, dans son premier gouvernement en 2005. Mais c’est aussi son exact opposé: une pure «Ossie» (originaire de l’ex-RDA), née à Bruxelles d’un père notable de la CDU, qui fut ministre-président de Basse-Saxe, catholique, mère de sept enfants, qui attendit d’avoir 45 ans avant de prendre ses premières responsabilités en politique. On lui prêta l’ambition de vouloir prendre la tête de la CDU, jusqu’à ce que la chancelière Merkel lui confie le poste au combien glissant de ministre de la Défense il y a cinq ans et demi. Depuis, malgré les attaques sur sa gestion ou l’état peu glorieux de la Bundeswehr, elle a tenu bon.

«Le président français ne craignait rien tant que de passer pour celui qui ferait la guerre à l'Allemagne»

Pourquoi elle?

Qu’est-ce qui a donc pu en faire une future présidente de la Commission européenne? Pour le coup, l’idée n’est pas d’Angela Merkel. Lors de sa conférence de presse finale, Emmanuel Macron n’a pas démenti la rumeur qui courait depuis plusieurs heures selon laquelle il avait lui-même suggéré ce nom. Le président français, farouchement hostile au candidat du Parti populaire européen, le Bavarois Manfred Weber (CSU), ne craignait rien tant que de passer pour celui qui ferait la guerre à l’Allemagne. Il était même allé jusqu’à suggérer qu’il verrait bien Angela Merkel elle-même succéder à Jean-Claude Juncker, en dépit du fait qu’elle avait assuré à de multiples reprises qu’elle comptait mettre un terme à sa carrière politique à la fin de son mandat actuel. Promouvoir une Allemande, c’était, de surcroît, ouvrir la porte à un Français à la tête de la Banque centrale européenne, en l’occurrence «une»: Christine Lagarde, qui succédera à l’automne à Mario Draghi.

Il ne restait plus alors qu’à «boucher les trous». Un libéral pour le Conseil européen: le Belge Charles Michel. Un socialiste à la place de Federica Mogherini au poste de Haut représentant: l’Espagnol Josep Borrell. Et, pour tenter de calmer le Parlement, des postes de vice-présidents pour les têtes de liste éconduites: la Danoise Margrethe Vestager et le socialiste néerlandais Frans Timmermans.

Et la suite?

Mais la confirmation d’Ursula von der Leyen est loin d’être acquise. Elle doit en effet pouvoir compter sur une majorité au Parlement européen, qui a prévu de voter mi-juillet. Or, la nouvelle de cette candidature surprise a fait lever un vent de révolte parmi les députés. Les sociaux-démocrates, qui espéraient il y a quelques heures encore voir leur «poulain», le Néerlandais Frans Timmermans, décrocher la tête de l’Exécutif, ne décolèrent pas. L’hostilité du SPD est telle qu’Angela Merkel a dû, pour se conformer à l’accord de coalition, s’abstenir lors du vote au Conseil européen sur la candidate allemande. Le chef du Parti populaire européen, Manfred Weber, a consenti malgré lui à se plier au diktat «merkélien». Mais mardi soir, les députés sociaux-démocrates envisageaient même de voter demain mercredi pour la candidate des Verts, une autre Allemande, Ska Keller, pour la présidence du Parlement. S’ils arrivaient à leurs fins, cela bouleverserait tout l’équilibre du «paquet» conçu par les chefs d’État. Les dix jours qui viennent s’annoncent agités.

Créé: 02.07.2019, 22h53

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