Ukraine: la tension monte entre Merkel et Poutine

DIPLOMATIEAngela Merkel a exhorté cet après-midi Vladimir Poutine «à plaider pour un dialogue constructif». Ce dernier a encore jugé ces «ingérences» «inadmissibles».

Image: AFP

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Majorité et opposition négociaient âprement mercredi soir au Parlement à Kiev une amnistie des manifestants emprisonnés, tentant d'arracher un accord de sortie de crise en Ukraine tandis que la chancelière allemande a appelé Vladimir Poutine à plaider pour un dialogue constructif à Kiev.

Le président russe a, de son côté mis en garde contre «toute ingérence» qualifiée d'inadmissible dans les affaires intérieures de l'Ukraine. Il a aussi fait savoir qu'il allait «attendre la formation du nouveau gouvernement ukrainien» pour s'assurer qu'il y a lieu de mettre en œuvre les accords conclus en décembre sur une aide de 15 milliards de dollars.

«la violence et les intimidations doivent cesser»

La responsable de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, en déplacement à Kiev mercredi, a déclaré que «la violence et les intimidations, d'où qu'elles viennent, doivent cesser». Elle a ajouté devant les journalistes en sortant d'un entretien avec le président Viktor Ianoukovitch, que les échanges entre le pouvoir et les contestataires devaient être «un vrai dialogue».

Catherine Ashton, qui devait aussi rencontrer les chefs de l'opposition, était arrivée mardi soir à Kiev à l'issue d'un sommet à Bruxelles entre l'UE et la Russie. Vladimir Poutine avait à cette occasion demandé aux Européens de ne pas «s'ingérer» dans les affaires ukrainiennes. Il a réitéré cette mise en garde mercredi après son entretien téléphonique avec Angela Merkel.

Les discussions sur l'amnistie s'éternisent

Parallèlement, au Parlement, réuni en session extraordinaire depuis mardi matin, les discussions s'éternisaient mercredi sur un projet de loi concernant l'amnistie des manifestants emprisonnés à la suite des troubles des récentes semaines, la séance ayant été interrompue à plusieurs reprises et traînant en longueur dans la soirée.

L'opposition rejette toute condition préalable que poserait le pouvoir, alors que ce dernier exige notamment en premier lieu un démantèlement des barricades érigées dans le centre de la capitale par les contestataires.

«Au bord de la guerre civile»

S'exprimant dans la matinée devant les députés à la reprise des travaux parlementaires, Léonid Kravtchouk, premier président de l'Ukraine après l'indépendance en 1991, a, quant à lui, de manière un peu dramatique souligné que son pays s'était retrouvé «au bord de la guerre civile».

Il a ensuite exhorté à l'adoption d'«un plan de règlement du conflit», une intervention accueillie par une ovation de l'assemblée. «L'opposition et le pouvoir poursuivent le dialogue pour sortir de la crise (...). Le gouvernement, pour sa part, est prêt à assurer les conditions nécessaires à la stabilisation nationale», a dans le même temps déclaré le chef par intérim du gouvernement, Serguiï Arbouzov.

Réunion du gouvernement provisoire

C'était la première réunion du gouvernement, désormais chargé de gérer les affaires courantes, depuis la démission mardi du Premier ministre Mykola Azarov, qui a entraîné celle de l'ensemble du cabinet.

Ce jour-là, le pouvoir avait fait un autre geste d'ouverture avec l'abrogation des lois du 16 janvier qui réprimaient presque toute forme de manifestation. Elles avaient entraîné la radicalisation des contestataires.

Incertitude quant à Ianoukovitch

L'incertitude régnait encore mercredi quant aux conséquences de ces concessions sur le mouvement de contestation. «La démission de Ianoukovitch serait une mesure logique», a déclaré l'ancien boxeur Vitali Klitschko, l'un des autres leaders de l'opposition, proposant cependant de régler les problèmes «un à un».

Mais pour le directeur du renseignement américain (DNI) James Clapper, Viktor Ianoukovitch a la «ferme intention de se maintenir au pouvoir» et aura «probablement recours à l'intimidation et aux moyens extra-légaux» pour assurer sa réélection en 2015.

Calme revenu à Kiev

Le calme régnait mercredi dans le centre de Kiev, seules quelques centaines de militants de l'opposition casqués et armés de bâtons «patrouillant» sur la place de l'Indépendance. Certaines des impressionnantes barricades érigées ça et là semblaient même à l'abandon.

Seul incident notable, des opposants membres d'une des principales formations animant le mouvement de contestation en Ukraine ont chassé manu militari du ministère de l'Agriculture d'autres militants de l'opposition, plus radicaux, qui l'occupaient depuis plusieurs jours.

Apaisement dans le reste du pays

Des militants du groupe Spilna Sprava (Cause Commune) sont sortis du bâtiment après que des représentants de Svoboda (Liberté), également dans l'opposition, les ont enjoints de quitter les lieux afin de ne pas porter ombrage aux négociations en cours sur l'amnistie.

Hors de la capitale, le siège de l'administration dans près de la moitié des régions reste aux mains des manifestants, qui veulent le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'Etat. Mais, là aussi, la situation semblait s'être apaisée.

Le mouvement de contestation en Ukraine est né de la décision soudaine, fin novembre, de Vitktor Ianoukovitch de renoncer à signer un accord d'association en préparation depuis des années avec l'Union européenne, pour se tourner vers Moscou, moyennant un très important crédit et la baisse du prix du gaz.

Une vidéo d'Euronews, en anglais, revient sur les précédentes mises en garde de Poutine.

(afp/nxp)

Créé: 29.01.2014, 19h28

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