En Ukraine, le pouvoir cherche une sortie de crise

CONCESSIONSLe pouvoir ukrainien tente de trouver une sortie à la crise nationale, dans laquelle Vladimir Poutine a exhorté les Européens à ne pas s'ingérer.

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Le pouvoir ukrainien a lâché du lest mardi avec la démission du gouvernement et l'abrogation de lois répressives, tentant de trouver une sortie à la crise, dans laquelle le président russe, Vladimir Poutine, a exhorté les Européens à ne pas s'ingérer.

Une condamnation implicite de la visite de 48 heures que Mme Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l'Union européenne, devait entamer dans la soirée à Kiev, où elle devait rencontrer à la fois le président, Viktor Ianoukovitch, et les dirigeants de l'opposition.

Gouvernement provisoire

Dans ce qui apparaît comme une nouvelle concession faite à ses adversaires politiques, le chef de l'Etat ukrainien a accepté le départ du Premier ministre, Mykola Azarov, et par conséquent de l'ensemble des ministres.

Le gouvernement actuel, qui sera provisoirement dirigé par le premier vice-Premier ministre, Serguiï Arbouzov, continue cependant à gérer les affaires courantes en attendant la formation d'une nouvelle équipe.

L'opposition a refusé l'offre de Viktor Ianoukovitch de confier les rênes du gouvernement à un des ténors du mouvement de contestation, Arseni Iatséniouk.

«Règlement pacifique du conflit»

«J'ai pris la décision de demander au président d'accepter ma démission du poste de Premier ministre pour créer les conditions supplémentaires d'un compromis politique et d'un règlement pacifique du conflit», avait annoncé quelques heures plus tôt Mykola Azarov.

«C'est une première étape» mais «ce n'est pas suffisant», a réagi l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, qui avait en son temps dirigé le gouvernement. Interrogé sur le fait de savoir s'il souhaitait toujours que le chef de l'Etat quitte le pouvoir, l'ancien boxeur Vitali Klitschko, un des leaders de l'opposition, a de son côté répondu: «réglons les problèmes un à un», même si «la démission de Ianoukovitch serait une mesure logique».

La tension retombe dans la rue

Dans la rue aussi, la tension est retombée d'un cran, après les heurts de ces derniers jours entre police et manifestants, dans la capitale comme dans les régions, où le mouvement s'est propagé.

Mais les opposants restent mobilisés dans le centre de Kiev, sous la vigilance de contestataires armés de battes de baseball, malgré des températures ancrées sous les -10 degrés.

«Changer le pouvoir dans son ensemble»

«La démission du gouvernement ne signifie pas la victoire. Nous sommes là pour que le président s'en aille, pour changer le pouvoir dans son ensemble», a ainsi expliqué Vassyl, 49 ans.

Hors de la capitale, le siège de l'administration dans près de la moitié des régions reste occupé par les contestataires qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le chef de l'Etat.

Abrogations des lois sur la répression

Au Parlement, réuni depuis mardi matin en session extraordinaire, les lois du 16 janvier qui réprimaient presque toute forme de manifestation ont été abrogées. Elles avaient été fermement dénoncées par les Occidentaux et avaient entraîné la radicalisation du mouvement de contestation né du refus de Viktor Ianoukovitch, fin novembre, de signer un accord de libre-échange avec l'UE, préférant un rapprochement avec Moscou, vécu par beaucoup comme une trahison.

Cette législation prévoyait des peines allant jusqu'à cinq ans de prison pour le blocage des bâtiments publics et des amendes ou une détention administrative pour les manifestants portant des masques et des casques.

Elle punissait par ailleurs de travaux d'intérêt général les auteurs de diffamation sur internet, ce qui a été vu comme une forme de censure.361 députés ont voté pour l'abrogation de ces lois, deux contre, un résultat accueilli par de nombreux applaudissements dans la salle, où le Parti des régions de Viktor Ianoukovitch est majoritaire.Les débats ont ensuite été ajournés jusqu'à mercredi matin.

Possible amnistie des manifestants interpellés

Les élus devront alors discuter d'une éventuelle amnistie des manifestants interpellés pendant les heurts avec la police.

Une minute de silence avait été observée en début de séance à la mémoire des personnes tuées à Kiev dans les récentes violences (trois selon un bilan officiel).

«La Russie ne s'ingérera jamais»

A l'issue d'un bref sommet à Bruxelles avec l'Union européenne, Vladimir Poutine a pour sa part assuré que si l'opposition arrivait au pouvoir dans ce pays, la Russie ne réviserait pas ses accords avec lui, en particulier sur un prêt de 15 milliards de dollars déjà promis et sur les prix des produits énergétiques qu'elle lui vend.

«Je pense que le peuple ukrainien est capable de régler» ses problèmes «par ses propres moyens (...) la Russie ne s'ingérera jamais» dans cette crise, a encore dit Vladimir Poutine, avant d'inviter les gouvernements de l'Union européenne à faire de même.

Le gouvernement canadien a pour sa part annoncé mardi que les dirigeants ukrainiens impliqués dans la répression violente des manifestations à Kiev étaient désormais interdits d'entrée sur son territoire. «Les principaux dirigeants ukrainiens responsables d'avoir réduit au silence les voix de l'opposition (...) vont être interdits d'entrée au Canada», a déclaré le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté Chris Alexander, lors d'une conférence de presse au Parlement d'Ottawa.

Standard & Poor's abaisse la note de l'Ukraine

Les milieux économiques se montrent nerveux face à la crise politique en Ukraine, qui s'est accompagnée d'une chute de la monnaie nationale, la hryvnia.

L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's s'est inquiétée de la solvabilité dans un contexte d'institutions affaiblies, s'interrogeant sur la fermeté de l'engagement de Moscou à soutenir Kiev. Elle a abaissé sa note à «CCC+», un niveau réservé aux pays au bord du défaut de paiement.

Une vidéo Euronews sur les tensions entre la Russie et l'Union Européenne au sujet de l'Ukraine:

(afp/nxp)

Créé: 28.01.2014, 21h38

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