Turquie-UE: l'heure du «plan B»?

DiplomatieConscientes que l'adhésion de la Turquie à l'Europe est lettre morte, Ankara et Bruxelles travaillent à de nouvelles relations.

Après la discorde, en 2017, Ankara et les Européens tenten un rapporchement. Erdogan s'est rendu à Paris, tandis que son ministre des affaires étrangères était en Allemagne (ici, le 6 janvier 2018).

Après la discorde, en 2017, Ankara et les Européens tenten un rapporchement. Erdogan s'est rendu à Paris, tandis que son ministre des affaires étrangères était en Allemagne (ici, le 6 janvier 2018).

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Après des années de négociations tourmentées, la Turquie et l'Union européenne (UE) entrent dans une phase de recentrage des relations. Elles visent désormais à une coopération renforcée dans certains domaines, plutôt qu'à une adhésion à part entière d'Ankara, selon les analystes.

Les relations entre la Turquie et l'UE ont atteint des profondeurs abyssales en 2017. Le processus d'adhésion est entré en hibernation et le président Recep Tayyip Erdogan a choqué, en accusant des pays membres, dont l'Allemagne, d'avoir recours à des «pratiques nazies».

Le chef de l'Etat turc a toutefois entamé la nouvelle année avec un état d'esprit différent. Il a effectué au début janvier un déplacement très commenté à Paris, suivi d'une visite de son ministre des affaires étrangères en Allemagne.

En écho, des dirigeants européens ont lancé un appel au réalisme. Le président français Emmanuel Macron a déclaré devant son hôte turc, le 5 janvier, qu'il était temps de «sortir de l'hypocrisie» selon laquelle les négociations entre Ankara et l'UE pourraient progresser.

Processus mort

«Des deux côtés, on comprend que le processus d'adhésion est mort, qu'il n'avancera pas de sitôt», explique à l'AFP Asli Aydintasbas, experte au Conseil européen des relations internationales.

«Il s'agit désormais d'un nouvel arrangement et d'une relation transactionnelle avec les Etats membres de l'Union européenne», poursuit-elle, ajoutant que cela impliquerait davantage de visites bilatérales et une importance accrue du commerce.

«Ankara voit les choses ainsi et ne se fait pas d'illusions au sujet d'une revitalisation du processus d'adhésion», souligne Mme Aydintasbas.

Le putsch manqué du 15 juillet 2016 en Turquie a marqué un tournant dans les relations entre Ankara et l'UE. Le président Erdogan a accusé les Européens de manquer de solidarité avec son pays, alors que Bruxelles s'est alarmée de l'ampleur de la répression tous azimuts.

De plus, M. Erdogan répète souvent que la Turquie est «fatiguée» d'attendre «dans l'antichambre» de l'UE.

D'allié à partenaire

Ankara, qui a manifesté dès les années 1950 sa volonté de rejoindre la Communauté économique européenne (qui deviendra l'UE en 1993), a formellement entamé les négociations d'adhésion avec Bruxelles en octobre 2005. Mais les tractations se sont vite enlisées. Sur les 35 chapitres thématiques que comptent les négociations, seize ont été ouverts, le dernier en juin 2016.

Pour Marc Pierini, chercheur à Carnegie Europe et ancien ambassadeur de l'UE en Turquie, Ankara ne répond plus aux critères nécessaires à l'avancée des négociations «en raison de ses propres choix», notamment sur la question de l'Etat de droit. «Sur le fond, nous assistons à une rétrogradation de la relation: de deux alliés politiques à deux partenaires qui coopèrent sur un certain nombre de dossiers comme la lutte antiterroriste, le commerce et les réfugiés», observe-t-il.

Les déclarations du président français signalent un «changement de paradigme» dans la relation entre Ankara et Bruxelles, résumé par une «coopération en vue de buts communs», abonde Sedat Ergin, chroniqueur au quotidien Hürriyet.

«Statut de seconde classe»

Les observateurs citent régulièrement un assouplissement des visas et une mise à jour de l'accord d'union douanière comme une alternative à l'adhésion de la Turquie à l'UE. Mais le ministre turc des affaires européennes, Omer Celik, a assuré samedi que la Turquie ne saurait accepter un «partenariat privilégié», qu'il a comparé à un «statut de seconde classe».

Ce débat survient alors que la Turquie traverse une phase diplomatique délicate. Les relations avec le traditionnel allié américain sont fortement tendues et la coopération pragmatique avec la Russie ne fait pas oublier la rivalité ancienne entre Ankara et Moscou.

En outre, la Turquie est directement concernée par la redistribution des cartes au Proche-Orient depuis l'irruption du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.

Or, en dépit des tensions l'an passé, l'UE reste de loin le premier partenaire commercial d'Ankara, tandis que la Turquie est pour l'Europe le quatrième marché à l'export. (ats/nxp)

Créé: 15.01.2018, 06h42

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