Le Royaume-Uni se prépare au B-Day

BrexitVendredi, le Royaume-Uni quittera l’UE. Mais pendant plusieurs mois il devra encore appliquer les réglementations de Bruxelles.

Jeudi à Bruxelles, le député européen britannique Richard Corbett faisait des adieux émus à sa collègue écossaise Aileen McLeod.

Jeudi à Bruxelles, le député européen britannique Richard Corbett faisait des adieux émus à sa collègue écossaise Aileen McLeod. Image: AP

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«Si vous voyiez mon bureau, il y a des cartons partout et des piles de papiers destinés à être triés et rangés. Voilà ce que signifie concrètement le Brexit pour moi et mes collègues députés européens.» Richard Corbett, 65 ans, a été élu pour la première fois au Parlement européen en 1999, mais il naviguait déjà dans les institutions européennes depuis le début des années 1980. Vendredi, il fermera son bureau: le Royaume-Uni quittera l’Union européenne (UE) ce 31 janvier et le mandat des 73 députés britanniques prendra donc fin.

Ce pro-européen viscéral ressent «une grande tristesse à l’idée de dire au revoir à mes collègues, employés et amis». Il précise pourtant que «les larmes ne coulent pas seulement sur les joues des Britanniques mais aussi sur celles de nombreux autres voisins de bureau européens». Il éprouve également «une colère sourde qu’on en arrive à ce point, que le Brexit ait vraiment lieu parce qu’un homme, David Cameron, a organisé un référendum pour régler les problèmes internes de son parti».

Paradoxe, en quittant l’UE, le Royaume-Uni va perdre ses députés européens et ses représentants officiels dans les instances européennes. «Il n’y aura donc plus personne pour défendre son point de vue, mais le pays devra encore appliquer les mesures décidées par les Vingt-Sept jusqu’à la fin de la période de transition, prévue au 31 décembre 2020», explique Anand Menon, professeur de sciences politiques au King’s College de Londres. «Une période durant laquelle le Brexit ne sera en plus pas visible pour les Britanniques, puisque rien ne changera dans leur quotidien par rapport à aujourd’hui.» Une étrange situation pour un pays désireux de reprendre le contrôle de sa destinée.

«Moment fantastique»

Assis au 10 Downing Street, sa demeure officielle, le premier ministre Boris Johnson ne s’en soucie guère. Le visage illuminé par un sentiment de satisfaction évident, il a signé vendredi dernier l’accord de retrait de l’UE. «Cette signature est un moment fantastique qui concrétise enfin le résultat du référendum de 2016 et met fin à bien trop d’années de débat et de division, s’est-il réjoui. Nous pouvons maintenant aller de l’avant, unis.»

Boris Johnson entendait célébrer ce tournant majeur de l’histoire du pays en faisant résonner Big Ben, la célèbre horloge accolée au Parlement britannique, éteinte depuis le 21août 2017 dans le cadre de travaux de maintenance. Après avoir encouragé à demi-mot les Britanniques à lancer un appel de fonds pour financer sa remise en état temporaire, il a fait marche arrière malgré plus de 165000 francs récoltés en moins de vingt-quatre heures: les autorités parlementaires y ont mis leur veto… provoquant la colère de plusieurs députés eurosceptiques.

Célébrations prévues

Afin de ne pas les décevoir, Boris Johnson a décidé de mettre les petits plats dans les grands. Une pièce commémorative de 50 pence sera mise en circulation vendredi avec le texte «Paix, prospérité et amitié avec toutes les nations». L’Union Jack, le drapeau britannique, flottera sur tous les mâts de la place du Parlement et de l’allée qui relie le palais de Buckingham, la résidence de la reine Élisabeth II, à la fameuse place Trafalgar Square, sur laquelle trône une sculpture de l’amiral Nelson, héros militaire de la lutte contre l’envahisseur Napoléon Bonaparte. Enfin, un compte à rebours sera projeté sur les murs de Downing Street jusqu’à 23 heures (minuit heure de Bruxelles).

Richard Corbett ne s’en réjouira pas. Surtout que le député européen n’entrevoit pas de retour en arrière. «Une fois le Royaume-Uni sorti, il sera très compliqué de relancer le débat en faveur d’un retour dans l’UE. Surtout qu’il faudra négocier un nouveau traité avec des pays qui risquent d’être très circonspects. La possibilité n’est pas exclue, surtout que les jeunes ont voté à une immense majorité pour demeurer dans l’UE, mais la bataille s’annonce très difficile.» Au ton de sa voix, elle paraît même impossible.

Créé: 27.01.2020, 22h51

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