«La société est enfin prête à écouter les femmes!»

MondePour Marlène Schiappa, secrétaire à l’Égalité en France, l’affaire Weinstein n’a pas seulement libéré la parole, mais aussi l’écoute.

Marlène Schiappa, benjamine du gouvernement français, est aux prises avec le dossier sensible du harcèlement dont les femmes sont victimes.

Marlène Schiappa, benjamine du gouvernement français, est aux prises avec le dossier sensible du harcèlement dont les femmes sont victimes. Image: REUTERS/BENOIT TESSIER

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Secrétaire d’État à l’Égalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa (34 ans) est aussi la benjamine du gouvernement. La jeune ministre dispose d’un petit portefeuille, mais elle jouit d’une grande visibilité. Car parmi ses attributions, quelques gros dossiers ont pris une importance toute particulière avec la lumière crue de l’actualité: notamment le consentement et le harcèlement sexuel qui renvoient à l’affaire Weinstein. La procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) ne sont pas des sujets moins émotionnels.

La parole des femmes s’est-elle réellement libérée depuis l’affaire Weinstein?

En réalité, les femmes ont parlé ou essayé de parler depuis des années. J’ai écrit il y a presque deux ans un livre intitulé Où sont les violeurs?, dans lequel je faisais le constat que la quasi-totalité des femmes ont été harcelées ou agressées sexuellement, mais elles sont entourées par une forme de silence, voire de relativisation. Ce qui se passe maintenant, c’est que l’écoute a été libérée. La société est enfin prête à écouter les témoignages de ces femmes.

Et pourquoi cette fois?

Des affaires précédentes ont eu lieu dans le monde politique en France, comme l’affaire Denis Baupin. Du coup, certains ont eu tendance à penser que c’était une spécificité du monde politique. Dans le scandale Weinstein, ce sont des actrices qui parlent. Il y a une plus forte incarnation quand c’est un personnage populaire comme Alyssa Milano. Les actrices ont un capital sympathie plus fort que le personnel politique… Donc il y a un phénomène d’identification.

Comment faire en sorte que ce mouvement ne s’essouffle pas?

Pour ma part, je n’ai pas attendu pour commencer à travailler sur ces thèmes. Le président Emmanuel Macron a décrété l’égalité entre les femmes et les hommes comme grande cause nationale de son quinquennat. Avec la garde des Sceaux, nous avions déjà commencé à préparer la nouvelle loi contre les violences sexuelles et sexistes. J’avais aussi lancé le Tour de France de l’égalité en octobre et une grande campagne de communication sera lancée à la fin de novembre. Mais l’actualité permet une adhésion plus massive de l’opinion sur la nécessité d’agir.

Y a-t-il une spécificité française sur ces thèmes?

Je me suis beaucoup déplacée à l’étranger, au Royaume-Uni, je reviens de Suède… En France, on a la tentation de se demander face à une dénonciation: «Est-ce que ce n’était pas plutôt de la séduction?» Certains veulent nous faire croire que c’est presque inscrit dans le patrimoine culturel français, parce qu’ici, il y aurait un attachement pour le marivaudage. Beaucoup s’alarment d’une chasse aux sorcières, ou d’une américanisation de la société.

Vous le pensez aussi?

Non, je ne le pense pas. On n’est évidemment pas contre la séduction ou les rapports libres entre les personnes, quels qu’ils soient. Mais il faut définir la frontière. Le marivaudage n’est pas une agression sexuelle. Le marivaudage, c’est plutôt l’amour courtois, une forme de séduction.

Quelle est la frontière à ne pas franchir?

Le consentement. À partir du moment où une femme a dit non, il faut respecter ce non. Toute femme doit avoir le droit de ne pas consentir. On a beaucoup de pédagogie à faire.

La notion de consentement est-elle souvent aussi mal comprise par les femmes?

Absolument, les femmes aussi doivent comprendre qu’elles ont le droit de ne pas consentir, même quand c’est face à un homme de pouvoir ou qui a une emprise psychologique. Aller dans une chambre avec quelqu’un ne veut pas dire qu’on veut avoir un rapport sexuel.

L’emprise peut aussi être religieuse. Est-ce ce qui ressort de l’affaire Ramadan

C’est quasi sectaire. J’ai lu le livre de Henda Ayari qui accuse Ramadan de viol et, sans présager des suites judiciaires de cette accusation, on voit bien qu’il a une emprise sur elle. Elle explique très bien le cheminement de l’après: le sentiment de culpabilité, l’idée que peut-être ce n’était pas un viol. Cela arrive à beaucoup de femmes qui expliquent pourquoi elles n’osent pas témoigner.

Est-ce réaliste de légiférer sur le harcèlement de rue?

Il y a pourtant une forte adhésion à cette mesure. Selon une enquête de la Fondation Jean Jaurès, presque toutes les femmes déclarent avoir peur quand elles sortent le soir dans la rue. Un des buts est aussi d’amener les hommes à s’interroger sur leur propre comportement. Car il ne s’agit pas seulement d’une question de harcèlement de rue, il s’agit de la vie des femmes de façon générale. Quand vous craignez pour votre intégrité physique pour vous rendre sur votre lieu de travail, vous n’arrivez pas dans un état d’esprit serein et vaillant. Cela ne vous dispose pas à vous consacrer à l’évolution de votre carrière.

Autre question: que devient la PMA, annoncée pour le début de 2018 pour tous les couples, avant que cela soit rectifié…

Je n’ai rien rectifié et il n’y a pas de reculade: la question sera abordée dans le cadre de la révision des lois bioéthiques.

Ce sujet ne mérite-t-il pas d’être davantage défendu?

Personne ne peut me reprocher d’être trop prudente sur la PMA. C’est plutôt l’inverse qui m’aurait été reproché. Je n’ai pas besoin d’influencer mes collègues. Nous avons un calendrier.

Craignez-vous ce courant conservateur qui s’exprime à travers la Manif pour tous…?

Je crois beaucoup au dialogue et à l’écoute avec tout le monde. Je n’ai jamais refusé un débat. Il y a des gens avec qui on peut parler et auxquels on peut expliquer quels sont les tenants et aboutissements. Et puis il y a des gens avec lesquels il faut mener un combat politique. La Manif pour tous se présente comme une association familiale, sympathique, qui défend l’enfant. Ce n’est pas ça. En réalité, c’est un mouvement politique qui a appelé pendant l’élection présidentielle à voter contre Emmanuel Macron.

(TDG)

Créé: 15.11.2017, 21h44

Violences sexuelles

Chez les jeunes PS aussi…

C’est Libération qui révèle l’affaire. Huit femmes accusent l’ancien président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) d’agressions sexuelles et de harcèlement. Thierry Marchal-Beck (TMB) est mis en cause par des militantes du parti pour des faits qui se sont déroulés entre 2010 et 2014. TMB – c’est son surnom dans le landerneau socialiste parisien – a aussi été chef adjoint de cabinet de Benoît Hamon lorsque ce dernier était ministre et il a encore travaillé très activement pour lui lors de la dernière campagne présidentielle.
Ce comportement aurait été connu de nombreux cadres du PS, comme le démontre l’enquête de Libération. Les faits n’ont fait l’objet d’aucune dénonciation de la part des victimes présumées, qui sont toutes encore encartées au PS. Deux d’entre elles projettent de porter l’affaire en justice. Du côté du PS, déjà mal en point politiquement, l’affaire tombe au pire moment.
À noter que selon une information diffusée lundi par la gendarmerie nationale, les plaintes pour violences sexuelles ont augmenté de 30% en octobre 2017. Un effet très concret du #metoo et #balancetonporc qui, sur les réseaux sociaux, ont accompagné la libération de la parole depuis les révélations de l’affaire Harvey Weinstein. Ce producteur états-unien, incontournable dans l’industrie du cinéma américain, est accusé par une centaine de femmes de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles et de viols. X.A.

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