Sénatoriales: un premier test électoral pour Macron

FranceLes sénatoriales pourraient infliger un revers au jeune président. Après avoir fait entrer les novices à l’Assemblée, il s’agit cette fois de convaincre les notables. Et c'est dimanche...

La moitié des Sénateurs, dont le président Gérard Larché, sont soumis au vote des grands électeurs dimanche.

La moitié des Sénateurs, dont le président Gérard Larché, sont soumis au vote des grands électeurs dimanche. Image: AFP

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Quand il n’y en a plus, il y en a encore! Après une folle année électorale, 2017 s’achève par un dernier scrutin pour la route. Vous n’en avez pas entendu parler? N’avez vu aucun spot à la télé? Aucun débat entre des candidats prêts à s’écharper? Normal. Les élections sénatoriales, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ne ressemblent ni au théâtre haletant de la dernière présidentielle, ni au coup de grisou des législatives qui ont suivi. Le vote ne concerne d’ailleurs même pas les citoyens lambda, qui pourront profiter de l’été indien sans que l’abstention fasse les gros titres des éditoriaux. Seuls les grands électeurs sont appelés aux urnes lors de ce scrutin indirect.

Ces élections qui auront lieu ce dimanche ne constituent pas pour autant un non-événement. Elles représentent un premier test pour Emmanuel Macron et le «nouveau monde» politique cinq mois après la séquence qui a marqué le printemps. «L’enjeu, pour Emmanuel Macron, ce sera de voir s’il est capable d’implanter son mouvement au niveau des collectivités territoriales», explique le politologue Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS-Cevipof. «Les législatives ont amplifié le mouvement de la présidentielle, mais cette fois, il ne s’agit plus de faire élire des novices mais de voir si le mouvement peut séduire les notables.»

Le Président n’aborde pas l’échéance en position de force. «Pour Emmanuel Macron, l’été a été meurtrier», résume Gaël Sliman, président de l’institut Odoxa. Son dernier sondage confirme un dévissage sans précédent du chef de l’Etat. «Alors qu’en juin 58% des Français avaient un avis favorable, la tendance s’est inversée. Ils sont désormais 56% à penser qu’Emmanuel Macron est un mauvais président.» Jean-Luc Mélenchon en tire son parti en devenant la figure la plus populaire de l’opposition (32% d’adhésion).

Limiter les dégâts

Est-ce à dire que le Sénat va basculer aux mains de la France insoumise? Evidemment non. Selon toute probabilité, la chambre haute devrait rester bien ancrée à droite. La moitié des sénateurs (170 sièges sur 348) doit être renouvelée par les grands électeurs. Ces derniers (élus municipaux, régionaux ou départementaux) n’ont pas l’intention de se mettre massivement «en marche». Mécaniquement, leur vote favorise des personnalités déjà bien ancrées localement. Et le parti présidentiel n’a même pas deux ans. De plus, une série de mesures les a échaudés: la baisse des dotations aux collectivités locales, la suppression des emplois aidés, etc.

Chef de file des sénateurs LREM, François Patriat se mord aujourd’hui les doigts. Cet ancien socialiste, pourtant aguerri, avait bien imprudemment fixé cet été l’objectif de décrocher 50 sièges. «Une fourchette basse», avait-il même fanfaronné. Aujourd’hui, le groupe se féliciterait déjà de limiter les dégâts en conservant ses vingt-neuf sénateurs, qui avaient été élus sous une autre étiquette et se sont ralliés au parti présidentiel.

Remettre en cause les réformes

Quel impact aurait un revers électoral? Peu important pour l’essentiel des réformes. La République en Marche dispose d’une confortable majorité à l’Assemblée nationale et c’est celle-ci qui a le dernier mot dans la fabrication des lois. En revanche, Emmanuel Macron serait passablement gêné pour faire aboutir le grand chantier constitutionnel qu’il appelle de ses vœux.

«Le président veut limiter le cumul des mandats dans le temps, introduire une dose de proportionnelle dans les élections législatives et réduire le nombre de parlementaires», souligne Luc Rouban. Pour ce faire, il faut réunir une majorité de trois cinquièmes au congrès (Assemblée et Sénat réunis). A défaut d’obtenir cette majorité avec les seuls élus En Marche, l’idée serait de rallier des centristes ou des «constructifs».

Macron surveille...

«Mais ce ne sera pas simple, car demander aux élus de limiter le nombre de parlementaires, cela revient à leur demander de se suicider», poursuit le politologue Luc Rouban. «Il ne resterait plus alors que la voie du référendum pour faire advenir les réformes constitutionnelles. Mais on sait le risque que cela comporte pour le pouvoir: celui de voir s’agréger toutes les oppositions.»

Officiellement, le locataire de l’Elysée ne se mêle bien entendu pas de cuisine électorale. Tout aux affaires du monde, Emmanuel Macron donne la réplique à Donald Trump. Mais cela n’empêche pas le président, comme le faisait son prédécesseur François Hollande avant lui, de surveiller le lait sur le feu. Car de ses élections dépendra donc sa marge de manœuvre. Après ces sénatoriales, l’horizon se dégagera jusqu’aux Européennes de 2019.

Créé: 22.09.2017, 09h57

Les sénatoriales, ça fonctionne comment?

Un scrutin indirect à un tour...

Cent soixante-deux mille «grands électeurs» (parlementaires, conseillers communaux, départementaux, régionaux) sont amenés ce dimanche à renouveler la moitié des élus du Sénat.

Sur les 348 élus que compte la Haute Assemblée, 170 sièges sont à pourvoir. Proche de la Suisse, seul le territoire du Jura met en lice ses deux sièges. La droite a toutes les chances de conserver la majorité dans cet hémicycle où le parti LR détient 142 sièges. Les socialistes détiennent quant à eux 86 sièges.

La «République en marche» ne dispose que de 29 sénateurs, tous obtenus par ralliement. Et pour cause: le parti présidentiel n’existait pas encore lors des dernières élections sénatoriales il y a trois ans.

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