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Ségolène Royal: «Macron comprend notre époque. Il peut changer la France»

Emmanuel Macron, qu’elle soutient, François Hollande, dont elle juge le bilan sous-estimé, ses envies de poursuivre le combat écologique: Ségolène Royal se confie.

«Marine Le Pen, candidate du peuple? Soyons sérieux! Marine Le Pen a grandi dans la propriété de Montretout, à Saint-Cloud. La banlieue huppée de Paris. Elle était choyée par du personnel de maison. Elle a hérité du parti de son père...», s'agace Ségolène Royal. Fille de militaire. Elle a été élevé à la dure dans une fratrie de 9 enfants!
«Marine Le Pen, candidate du peuple? Soyons sérieux! Marine Le Pen a grandi dans la propriété de Montretout, à Saint-Cloud. La banlieue huppée de Paris. Elle était choyée par du personnel de maison. Elle a hérité du parti de son père...», s'agace Ségolène Royal. Fille de militaire. Elle a été élevé à la dure dans une fratrie de 9 enfants!
LOIC VENANCE, AFP

«J’avoue que cela me chagrine de penser que Marine Le Pen est la deuxième femme qualifiée pour un 2e tour de présidentielle après moi en 2007.» Ségolène Royal (63 ans) reçoit pour un déjeuner au Ministère de l’écologie, sis au boulevard Saint-Germain, à Paris. Le repas est exquis. Et la numéro 3 du gouvernement savoure ses dernières semaines. Elle vient de publier Manifeste pour une justice climatique (Plon), qui raconte l’aventure de la COP21 et le combat pour imposer la loi de transition énergétique.

«Ce combat, je le poursuivrai même après avoir quitté le gouvernement. J’espère avec une mission internationale», explique-t-elle en croquant son saumon bio. Ex-compagne de François Hollande, avec qui elle a eu 4 enfants, elle serait aussi l’un des conseillers de l’ombre du jeune Emmanuel Macron. On le dit… Elle sourit: «On entend beaucoup de choses.» Durant la campagne, très vite, elle n’a pas fait mystère de sa préférence. «Emmanuel Macron est pragmatique, il est dans la modernité. Il comprend notre époque. Il peut changer la France.» Interview.

Emmanuel Macron est-il de gauche, de droite ou du centre?

Ces catégories n’ont plus de sens. Vous devez être solide sur certaines valeurs – on parle toujours depuis son socle – mais ensuite il faut construire des convergences avec des alliances. Et reconnaître qu’il y a des gens et des idées à droite intéressants. Il y a dix ans, quand j’étais candidate à l’Elysée, c’était exactement ma ligne et mon discours. J’étais en avance sur mon temps.

Contrairement à vous, Emmanuel Macron n’a pas été candidat à la primaire socialiste.

Je lui avais conseillé d’y participer. Je suis convaincue qu’il aurait gagné. Mais avec le recul, il a sans doute eu raison.

Et François Hollande? Aurait-il dû se présenter à la primaire de la gauche?

Comment aurait-il pu y participer? Les frondeurs l’auraient massacré. La règle aurait dû être claire: un sortant n’a pas à se soumettre à une primaire interne, surtout face à des gens qui n’ont pas pris leurs responsabilités au gouvernement.

Marine Le Pen essaie de faire passer Macron pour un «Hollande bis». Est-ce que cela peut vraiment lui nuire?

Il est faux de les superposer pour décrédibiliser Macron. D’autant que le bilan de Hollande sera revu, en positif, quand le temps aura fait sa sélection.

Par exemple?

Il y a eu beaucoup de succès. En particulier sur le plan international et économique. Les données sont claires: la France va mieux, il y a des signes de reprise, l’amélioration de l’emploi. Les indicateurs sont tous à la hausse: il y a très longtemps que les intentions de recrutement des entreprises n’avaient été aussi bonnes. François Hollande a plus réformé que les précédents présidents. Vraiment, j’en suis persuadée, son action sera réévaluée.

Alors comment expliquer son impopularité?

Elle ne repose que peu sur les faits. La popularité dépend de l’image, des actions et du contexte. D’ailleurs, les divisions de la gauche sur la politique à mener ont été nourries par l’ancien premier ministre (ndlr.: Manuel Valls).

La célébration des résultats du 1er tour dans une brasserie de Montparnasse est-elle une première erreur politique, comme celle du Fouquet’s de Sarkozy en 2007?

Emmanuel Macron a fêté avec les membres de son équipe, quelques amis et très peu de «people». Le soir du Fouquet’s, Nicolas Sarkozy était entouré de riches industriels dans un environnement très luxueux. C’est une critique spécieuse. La Rotonde, c’est une brasserie populaire – et vous le savez très bien – et il est allé boire un coup avec son staff… Quoi de plus français!

Mais ne se comporte-t-il pas comme s’il avait déjà gagné?

En politique, rien n’est jamais acquis. Il le sait. Beaucoup de choses peuvent se produire dans les prochains jours. Et nous devons nous battre jusqu’au bout contre les idées du Front national. C’est pourquoi je me suis engagée.

Marine Le Pen se présente comme la candidate du peuple contre le candidat de l’élite…

La candidate du peuple… Soyons sérieux! Marine Le Pen a grandi dans la propriété de Montretout, à Saint-Cloud. La banlieue huppée de Paris. Elle était choyée par du personnel de maison. Elle a hérité du parti de son père. Et désormais, avec le scandale du détournement des revenus des assistants parlementaires européens, elle ne peut prétendre avoir les mains propres.

Est-ce qu’il y a en France 7 millions de gens qui adhèrent aux idées de l’extrême droite?

Il y a toujours eu une base solide d’extrémistes au FN. Mais la majorité de ce vote est protestataire. Mais attention, s’il n’y avait pas eu la bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui a capté une partie de la protestation, je pense que Marine Le Pen aurait dépassé Emmanuel Macron. Le FN en tête, la campagne aurait très différente. Au fond, Mélenchon nous a rendu un grand service.

Mais Jean-Luc Mélenchon n’a pas donné de consigne de vote.

Un grand nombre de ses électeurs sont choqués. Les vidéos de 2002 circulent sur le Net et montrent de quelle manière il s’était investi pour appeler à voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen.

Lors de la présidentielle de 2007, vous aviez séduit une partie des classes populaires. Tout comme Nicolas Sarkozy. Elles sont chez Marine Le Pen désormais. Emmanuel Macron peut-il progresser parmi cette population?

Il doit mettre l’accent sur le thème de l’émancipation par le travail. Le droit à la réussite pour tous. Il doit s’adresser aux jeunes qui galèrent et qui ont l’envie et le talent pour réussir. Ils doivent se reconnaître dans le visage de cette France ouverte et ambitieuse que propose Emmanuel Macron. Ce discours passe plutôt bien dans les banlieues où il y a une attente.

Emmanuel Macron ne parle pas beaucoup d’écologie.

Il a pris des engagements clairs. Il confirme les objectifs de la loi sur la transition écologique et fermera notre plus ancienne centrale nucléaire de Fessenheim.

Pensez-vous que la crise de la démocratie est plus grave en France qu’ailleurs?

Oui, la crise est profonde. Dans de nombreux autres pays, un candidat mis en examen n’aurait pas pu se présenter à l’élection. C’est une preuve de la décomposition de notre système politique.

Que proposez-vous?

Les partis doivent se refonder, se repenser. Evidemment, la situation du PS me chagrine. Sur le plan institutionnel, personnellement, je pencherais pour une présidence de six ans. Comme le mandat de maire, qui permet d’être dans une bonne dynamique. Mais un seul mandat. Cinq ans, c’est un peu court. Et sept ans, c’est trop long.

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