«Sauver les migrants en mer doit être une priorité pour l’UE»

NaufragesSeuls trois navires humanitaires opèrent encore en Méditerranée. Leur avenir pourrait se jouer lors du sommet de Bruxelles ce jeudi

L’«Aquarius» des ONG européennes SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a mis le cap sur Marseille pour une escale technique. Il devrait reprendre la mer lundi.

L’«Aquarius» des ONG européennes SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a mis le cap sur Marseille pour une escale technique. Il devrait reprendre la mer lundi. Image: Keystone

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Bis repetita. Après l’Aquarius, le Lifeline. Le bateau humanitaire de l’ONG allemande du même nom aura attendu cinq jours dans les eaux internationales avec ses 233 migrants sauvés au large de la Libye, avant d’être autorisé à accoster à Malte. Sous condition. À l’issue d’un bras de fer politique, six pays européens, dont la France, le Portugal et l’Italie – par la voix du président du Conseil italien Giuseppe Conte – se sont engagés à accueillir une partie de ces candidats à l’asile. «Et de deux. Après l’Aquarius envoyé en Espagne, c’est désormais au tour du Lifeline d’aller à Malte», s’est empressé de tweeter le ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue Matteo Salvini, qui a fermé les ports italiens aux ONG qu’il estime «complices, consciemment ou inconsciemment, des trafiquants».

De la douzaine de navires humanitaires qui intervenaient au large des côtes africaines il y a un an, il n’en reste que trois. Et encore. Le Lifeline, accusé d’avoir «ignoré les instructions données conformément aux règles internationales par les autorités italiennes», pourrait être à son tour contraint de jeter l’éponge.

Empêchés d’intervenir

L’Open Arms de l’ONG espagnole Pro Actival et l’Aquarius des ONG européennes SOS Méditerranée et Médecins sans frontières qui croisaient encore au large de l’ancienne Jamahiriya du colonel Kadhafi en début de semaine ont été «priés de dégager» par la marine libyenne lors des opérations de sauvetage de dimanche, explique Caroline Abu Sa’Da, directrice de SOS Méditerranée Suisse.

Quant au millier de migrants recueillis par les garde-côtes libyens ce week-end, ils ont été réexpédiés manu militari non pas à bon port, mais en enfer. Une nouvelle stratégie qui risque fort d’être approuvée au registre des mesures prises lors du sommet européen consacré au défi migratoire qui débute ce jeudi à Bruxelles. Et ce, au mépris du droit maritime qui impose d’acheminer les rescapés dans un «lieu sûr», statut qu’aucun débarcadère libyen ne peut avoir.

«Nous n’avons jamais eu vocation à rester. Cette initiative de la société civile vise à sauver des vies et à témoigner dans le but de pousser à l’instauration d’un système de sauvetage institutionnel porté par les États de l’UE. Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, se concentre sur la lutte contre les passeurs. Pourquoi pas, mais qui s’occupe de récupérer les migrants en perdition depuis l’arrêt en 2014 de l’opération italienne Mare nostrum?» poursuit la Genevoise d’adoption de 38 ans, qui raconte avoir vu des gens se jeter à la mer pour ne pas être embarqués par les Libyens.

Demandes d’asile en baisse

Comment expliquer l’hystérie collective qui règne autour du travail de ces ONG alors qu’il n’y a plus de crise migratoire en Europe. Les demandes d’asile ont chuté de 44% en 2017, selon le rapport du Bureau européen d’appui en matière d’asile publié ce lundi, et les arrivées ont été divisées par trois entre 2017 et 2018. Une tendance qui se poursuit depuis le début de l’année. Par contre, souligne Caroline Abu Sa’Da, le taux de mortalité a nettement augmenté. En cause, explique-t-elle, «le manque de bateaux sur zone et les interceptions des gardes-côtes libyens plus occupés à nous éloigner qu’à sauver des vies».

L’affaire de l’Aquarius et de ses 630 passagers finalement accueillis à Valence, en Espagne, après une semaine d’errance a mis en lumière une «crise politique européenne majeure», insiste la jeune femme, pour qui il est urgent que l’UE mette en place un système digne de ce nom pour venir en aide aux migrants en Méditerranée. «Si les gouvernements tentent de nous diaboliser et de nous faire disparaître, c’est parce que nous témoignons de l’irresponsabilité et de l’incohérence de Bruxelles en matière de gestion migratoire.»

Cargos à la rescousse

En 2016, 40% des sauvetages étaient opérés par des ONG. Deux ans plus tard, ils ne représentent plus que 10%. «Et moins il y a d’ONG en mer, plus il y a de navires marchands déroutés sur ordre du Centre de coordination de sauvetage (MRCC) de Rome», constate la directrice de l’association suisse. «Or ils ne sont ni préparés ni équipés pour ce type d’opération. Ces gigantesques bateaux ne sont tellement pas adaptés que certains sauvetages se sont terminés en catastrophe avec la noyade de centaines de migrants. Sans parler des pertes financières énormes liées à l’obligation de porter secours aux embarcations en détresse. Le cargo danois Alexander Maerk a dû attendre trois jours avant de pouvoir débarquer en Sicile 108 migrants sauvés des eaux vendredi», rappelle-t-elle.

Reprendre le large

L’Aquarius (sans migrants à bord) aurait dû effectuer une escale technique mardi à Catane, en Sicile. L’ONG a préféré renoncer pour ne pas prendre le risque de voir son navire séquestré par les autorités italiennes. Après avoir essuyé un refus de Malte, il a mis le cap sur Marseille, où il devrait accoster vendredi. Le bateau humanitaire orange et blanc devrait reprendre le large lundi. «Si on récupère des gens, on refera le circuit habituel, Malte et l’Italie, les ports les plus proches, comme le veut le droit de la mer. Puis ce sera la Corse, la France ou l’Espagne, même si en termes de coûts, ça va être plus difficile à assumer», précise Caroline Abu Sa’Da. À défaut de pouvoir continuer à sauver des vies, rien ne pourra empêcher les équipes de SOS Méditerranée de continuer à témoigner de l’ampleur du drame.

Créé: 27.06.2018, 18h55

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