Salvini, Di Maio et Conte jouent au poker menteur

ItalieL’ultimatum donné aux chefs de partis pour trouver une nouvelle majorité expire mardi. Après quoi Sergio Mattarella tranchera.

Matteo Salvini à l’issue de consultations avec le président Mattarella, jeudi passé à Rome.

Matteo Salvini à l’issue de consultations avec le président Mattarella, jeudi passé à Rome. Image: Reuters

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Après avoir rencontré les chefs des différents partis politiques mardi prochain, le président de la République sifflera la fin du match en début de soirée. Seul maître du jeu selon la Constitution, Sergio Mattarella doit rendre sa décision au plus tard mercredi. Le choix du chef de l’État se réduit à deux options: soit les partis lui proposent une nouvelle majorité solide permettant la formation d’un gouvernement, soit il décide de dissoudre le parlement et de convoquer de nouvelles élections législatives d’ici au 10 novembre prochain.

Régler la crise au plus vite

Selon la presse italienne, le chef de l’État pourrait déjà prendre une décision ce lundi après-midi, avant même de rencontrer les différents chefs de partis. Cette attitude s’expliquerait par le fait que Sergio Mattarella ne fait pas vraiment confiance à ses interlocuteurs. En fait, il craint carrément que le Mouvement 5 étoiles (M5S) et les démocrates, actuellement engagés dans des discussions pour essayer de former une nouvelle majorité, lui demandent un peu de temps supplémentaire. Une requête a priori indigeste pour le président de la République, qui souhaite régler au plus vite une crise politique. D’autant que ses conseillers lui ont susurré à l’oreille que les marchés et l’Union européenne observent la situation italienne de très près.

À quelques heures de l’ultimatum fixé par Sergio Mattarella, force est de constater qu’il y a peu d’avancées entre le Parti démocrate et le M5S, les participants et surtout le chef politique du Mouvement donnant l’impression de s’être engagés dans une partie de poker menteur. Car dans cette crise, Luigi Di Maio est celui qui a le plus à perdre. En cas d’élections anticipées, il ne pourra pas participer à la compétition car la règle du Mouvement est claire: pas plus de deux mandants parlementaires pour les élus. Déjà élu deux fois parlementaire, Luigi Di Maio est automatiquement hors course. D’où la nécessité pour le jeune chef politique de trouver un accord pour éviter un retour aux urnes. La question est avec qui.

Un mariage entre les démocrates et le M5S peut avoir des retombées désastreuses pour le Mouvement, qui a déjà perdu plus de 13 points depuis les élections de mars 2018. Une partie des sympathisants a déjà exprimé sa colère sur les réseaux sociaux. Reprendre langue avec la Ligue, qui a torpillé l’alliance, est également une affaire compliquée. Certes, Matteo Salvini s’est dit prêt à tout recommencer car il craint que les démocrates finissent par trouver un accord avec les 5 étoiles. Un scénario cauchemardesque pour le patron de la Ligue sur le plan politique, puisqu’il serait écarté du pouvoir, et aussi personnel. Car l’enquête en cours sur les relations entre la Russie et la Ligue, soupçonnée d’avoir essayé de faire financer sa campagne des Européennes par des proches de Vladimir Poutine, pourrait éclabousser Matteo Salvini. Pour pousser son ancien allié gouvernemental à interrompre les discussions avec les démocrates, le tribun lui a fait une offre sacrément alléchante: le fauteuil de président du Conseil. Un cadeau forcément piégé, selon Luigi Di Maio, qui sonderait en coulisses l’entourage de Matteo Salvini pour trouver le loup.

La présidence du Conseil

De leur côté, les démocrates, qui imaginent déjà Matteo Salvini au pouvoir en cas d’élections anticipées, ce que prévoient les sondages, ont tout intérêt à signer un contrat de mariage avec le M5S. Mais sans donner l’impression de capituler devant les conditions posées par le Mouvement, notamment en ce qui concerne la nomination du prochain président du Conseil, le M5S voulant à nouveau confier le timon du paquebot à Giuseppe Conte. Une proposition inacceptable pour le secrétaire national des démocrates, Nicola Zingaretti, en charge des tractations, au prétexte que ce choix n’indiquerait pas «la discontinuité nécessaire avec le gouvernement précédent».

Un choix possible en revanche pour une partie des démocrates qui affirment que lâcher du lest sur ce point permettra d’augmenter la mise sur le reste du programme. Les joueurs ont moins de quarante-huit heures pour boucler cette partie de poker menteur. C’est peu.

Créé: 25.08.2019, 20h56

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