Le retour médiatique de François Fillon

FranceÀ un mois de son procès, l’ex-premier ministre tente de restaurer son image. Un enjeu délicat dans une France qu’il a blessée.

François Fillon à son arrivée sur le plateau de «Vous avez la parole», sur France 2, jeudi soir.

François Fillon à son arrivée sur le plateau de «Vous avez la parole», sur France 2, jeudi soir. Image: AFP / Martin Bureau

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Qui peut mesurer la blessure qu’inflige un scandale politique à un pays? Quelle est pour la France la gravité de cette plaie deux fois ravivée, elle qui coup sur coup, aux élections présidentielles de 2012 puis de 2017, a vu le cours de l’histoire brisé et le candidat le mieux placé broyé par un scandale? Dominique Strauss-Kahn et François Fillon partagent ce même destin: ils ont, dans un moment clé, failli à la France qui leur ouvrait ses bras.

Du premier, personnage aux appétits libidineux, on pouvait peut-être s’y attendre. Mais du second, cet homme si droit, si tempéré, si solide… Tout cela n’était-il que façade? Il y a dans cette question l’enjeu du procès qui s’ouvrira le 24 février à Paris et où François Fillon et sa femme Pénélope comparaîtront pour détournement de biens publics et abus de biens sociaux: l’honneur d’un homme, mais aussi l’image qu’en gardera le pays.

Ce procès qui approche fait monter la tension: deux enquêteurs du «Monde» viennent de sortir un livre sur l’affaire; un autre journaliste, de «Valeurs actuelles» cette fois, donc l’autre bord politique, s’apprête à faire de même; et jeudi soir, François Fillon hasardait son grand retour télévisuel sur France 2, le premier depuis sa chute à l’exception d’une interview qu’il avait accordée à Darius Rochebin, sur la RTS, en octobre.

De Balzac à Chabrol

Alors, qui est François Fillon? Quand on lui pose la question, Gérard Davet prend longuement sa respiration. Avec Fabrice Lhomme, c’est un des journalistes politiques les plus redoutés du pays, et pour eux l’ancien premier ministre est une vieille connaissance: en 2014 déjà, ils avaient révélé des manœuvres secrètes très embarrassantes de François Fillon contre Nicolas Sarkozy pour tenter de s’en débarrasser. Il avait déposé plainte contre les journalistes, mais avait perdu son procès… «François Fillon? C’est le notaire provincial, un personnage à la Balzac, très XIXe siècle, corporatiste, confit dans sa respectabilité. Et en même temps, il y a une part de mystère en lui, il lui arrive de disparaître des jours entiers sans que personne ne puisse expliquer pourquoi. Même quand il était premier ministre, il y avait des trous insondables dans son agenda.» Le bourgeois provincial avec sa part d’ombre. De Balzac, on glisse à Chabrol…

Et puis il y a l’autre façade, cet homme tranquille, mesuré dans son expression et qui dénonce vertueusement la violence en politique. Pourtant, depuis dix ans, il joue un rôle de premier plan dans les haines profondes qui déchirent la droite. «Il a le talent de se mettre les gens à dos. Déjà en 2005, quand il avait quitté le gouvernement, il avait osé déclarer: «De Chirac, on ne se souviendra que de mes réformes à moi.» Vous imaginez combien les Chiraquiens avaient apprécié.» Puis il se fâche avec Jean-François Copé, président du parti, puis avec Nicolas Sarkozy…

Il y gagne le surnom de François Félon, et quand il emporte à la surprise générale les primaires pour la présidentielle, quand les portes de l’Élysée semblent s’ouvrir inéluctablement, les couteaux sont prêts pour l’abattre. Qui a livré les documents au «Canard Enchaîné»? Gérard Davet l’ignore, mais sur la base de leur enquête, il est formel: «La droite s’est liguée pour l’abattre: Sarkozy l’a tué car il ne pardonnait pas ce qu’il avait fait contre lui, les Copéistes ont fait ce qu’il fallait parce qu’ils ne pouvaient pas le sacquer, Rachida Dati abreuvait les journalistes de petites infos, il y avait mille raisons de le tuer, chacun portait ses coups, il ne pouvait pas s’en sortir!»

Jeudi soir, sur le plateau de France 2, François Fillon ne se reconnaît qu’un seul tort: il aurait dû refuser les costumes coûteux qu’on lui a offerts. Quant à sa femme, elle a mérité son salaire. Le fait qu’on ne trouve aucune trace de ses activités d’assistante parlementaire ne prouve rien. «C’était ma meilleure collaboratrice, elle était de loin la plus diplômée.» À charge pour le tribunal de prouver le contraire s’il entend le condamner.

«Il a gratté!»

A-t-il convaincu? Là n’est peut-être pas l’essentiel. Peut-être a-t-il deviné que l’opinion publique retiendra un chiffre: 1306400euros, depuis 1981. C’est beaucoup d’argent pour «gérer l’agenda, trier le courrier et faire le lien avec la région». Sur le plateau de France 2, le journaliste Franz-Olivier Giesbert a résumé les choses d’un mot à la fois brutal et plein de nuances: «Il a gratté!»

Mais François Fillon était là pour autre chose. Il s’agissait de réaffirmer ce visage grave, tempéré et solide qui a toujours signé sa crédibilité politique. Plus l’émission avançait, plus il y parvenait. Pour un homme qui ne fera plus jamais de politique, c’était là le message: «Je n’ai pas cherché à tromper les Français.» Pour le reste, le tribunal jugera.

Créé: 31.01.2020, 21h47

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