Les progrès de la criminologie dissipent l’épais brouillard de l’affaire Grégory

FranceL’affaire Grégory rebondit grâce aux progrès de la criminologie. Les corbeaux? La grand-mère et la grand-tante…

Image: Reuters

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«Plusieurs personnes ont concouru à la réalisation du crime.» C’est la principale information nouvelle dans l’affaire Grégory, que le procureur général de la Cour d’appel de Dijon a divulguée hier lors d’une conférence de presse. Les nouvelles expertises de deux lettres de menace datant de 1984 et 1989 du ou des «corbeau(x)» se sont révélées «confondantes», selon les termes du magistrat, pour deux des cinq membres de la famille Villemin placés en garde à vue depuis le mercredi 14 juin. Ce sont la grand-mère et la grand-tante de la victime. Mais le juge a précisé ne pas connaître encore l’identité du ou des tueurs. Les prévenus invoquent «leur droit au silence». Une nouvelle conférence de presse aura lieu vendredi.

Plus de trente-trois ans après le meurtre de Grégory Villemin, l’enquête rebondit grâce aux progrès technologiques et à l’évolution des sciences criminelles, dont l’expertise en écriture. La vérité serait toute proche, a confié au Monde l’avocat des parents de Grégory Villemin. Depuis que le corps de l’enfant (4 ans) avait été repêché sans vie, pieds et poings liés, dans la Vologne (une rivière dans les Vosges), au soir du 16 octobre 1984, cette affaire ronge une famille, les proches et la région où s’est passé le crime.

En effet, en plus d’avoir frappé l’opinion publique, l’affaire Grégory reste l’un des plus grands ratages judiciaires de l’histoire française. Pour mémoire, Bernard Laroche est accusé, innocenté puis tué en 1985 par le père de la victime dont il est le cousin. Ce sera ensuite Christine Villemin, la mère de Grégory, qui sera accusée avant d’être innocentée. Le juge de l’époque s’était appuyé sur une étude graphologique des lettres du corbeau. En effet, depuis des mois, un quérulent anonyme menaçait la famille. Une lettre arrivée le lendemain du crime le revendiquait en des termes maintes fois répétés: «J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con.»

L’ombre du corbeau…

Durant les trois décennies que dure cette enquête, plus de 2000 missives anonymes ont été reçues par les différents protagonistes de cette sombre affaire. Inclus les juges, les gendarmes et autres enquêteurs. Ce sont justement certaines de ces lettres analysées selon les récentes avancées des expertises en écritures qui ont permis des identifications. Le site de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale explique ainsi que ses experts sont formés quatre ans à cette discipline désormais refondée. Si la graphologie est une pseudo- science qui prétend définir une personnalité d’après son écriture, l’expertise en écriture est une comparaison scientifique des écritures qui permet d’attribuer un écrit à un scripteur.

Mais les corbeaux ne sont pas forcément les meurtriers. C’est pourquoi les prévenus sont pour le moment soupçonnés d’abstention volontaire d’empêcher un crime, de non-assistance à personne en danger, de non-dénonciation de crime et de complicité d’assassinat. Comme l’a révélé un enquêteur au Monde, «dans le microcosme familial, tout le monde – ou presque – sait tout, et tout le monde se tait depuis des années».

Deux autres avancées en criminologie ont aidé les enquêteurs. Si l’ADN, malgré ses progrès considérables en trente ans, n’a pas permis de concordance significative, selon le communiqué de la Cour d’appel de Dijon, l’informatique a, elle, joué un rôle majeur. AnaCrim, pour «Analyses criminelles», est un puissant logiciel canadien qui permet de rassembler et d’analyser tous les éléments de l’enquête. Dans l’affaire Grégory, il aurait permis de reconstituer la chronologie des jours précédents et qui ont suivi le crime de tous les protagonistes et témoins. Cela a permis de pointer des «incohérences» qui avaient échappé aux enquêteurs. «Le cerveau humain a ses limites et n’est pas toujours capable d’analyser de manière objective des faits parfois anodins», explique au Parisien le chef du Bureau des affaires criminelles de la gendarmerie.

Créé: 15.06.2017, 19h52

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