Le procès de Tarnac s’ouvre sur fond de fiasco policier

FranceL’affaire avait fait les gros titres il y a dix ans. Dès aujourd’hui, le procès sera surtout celui de l’enquête.

Le feuilleton de «l’affaire Tarnac» a débuté en octobre 2008.

Le feuilleton de «l’affaire Tarnac» a débuté en octobre 2008. Image: AFP

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C’était l’affaire du siècle pour Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur du président Sarkozy en 2008. Un réseau de terroristes appartenant à l’ultragauche avait été démantelé à Tarnac, en Corrèze, affirmait-elle devant les caméras. Au fil des ans, ce dossier explosif a tourné au pétard mouillé. Ce qui en reste sera examiné dès aujourd’hui et jusqu’au 30 mars par le Tribunal correctionnel de Paris.

Huit prévenus, tous libres depuis plusieurs années, sont convoqués. Les accusations principales ressortissent à la «dégradation d’un bien appartenant à autrui» et d’«association de malfaiteur». Elles concernent en premier lieu Julien C. (43 ans) et Yildune L. (34 ans).

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2018, quatre lignes à grande vitesse sont sabotées de la même façon: un crochet en fer à béton est lancé sur une suspension caténaire. Pas de quoi provoquer le déraillement d’un TGV, mais c’est suffisant pour paralyser la ligne.

Trois jours après, la police procède à une vingtaine d’arrestations à Paris mais surtout à Tarnac. C’est là que, selon les policiers, niche un réseau d’«anarcho-autonomes» qui aurait pour figure principale Julien C. Une comédienne genevoise fait partie de la rafle. Elle sera libérée peu après et ne prendra pas place sur le banc des accusés à Paris puisqu’elle a bénéficié d’un non-lieu. Au fil des mois, les suspects sont libérés, mais Julien C. restera six mois en détention provisoire à la prison parisienne de la Santé. Et en 2017, la Cour de cassation écarte définitivement les qualifications relevant du terrorisme.

Les policiers affirment que Julien C. et Yildune L. ont saboté la ligne à Dhuisy, en Seine-et-Marne. Ils basent leurs accusations sur un procès-verbal de filature intitulé «PV 104» qui synthétise les rapports des dix-huit agents chargés de suivre le couple durant cette fameuse nuit de novembre 2008.

Pas d’indice matériel

Ce «PV 104» sera bien chiffonné par les défenseurs des deux accusés principaux: parmi la foule de policiers qui ont pris le couple en filature, il ne s’en est trouvé aucun pour faire des photos ni pour surprendre les deux jeunes gens en train de perpétrer le sabotage; aucune trace de leur ADN n’a été prélevée; aucun autre indice matériel ne vient corroborer les affirmations de cet étrange document.

Le Canard enchaîné dévoilera une autre anomalie. Au moment même où le sabotage a été commis, le relevé d’un distributeur automatique de billets démontre que Yildune L. a prélevé 40 euros dans le quartier parisien de Pigalle, soit à 63 kilomètres de Dhuisy. Elle avait oublié ce fait et ne l’avait pas mentionné lors de ses interrogatoires. Autre bizarrerie, cette pièce essentielle n’apparaît dans le dossier que quatre ans après les faits. Dès lors, ce procès risque fort d’être aussi celui de l’enquête. Après les véritables attentats qui ont endeuillé la France, attentats commis par d’authentiques terroristes, l’«affaire de Tarnac» paraît bien anachronique. (TDG)

Créé: 12.03.2018, 20h35

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