Le procès de la néonazie laisse des zones d’ombre troublantes

AllemagneSon groupe a semé la mort durant une décennie. D’abord suspectées, les familles des victimes attendent le verdict mercredi.

Beate Zschäpe clame son innocence. Elle aurait vécu sous l’influence de deux hommes avec lesquels elle formait un triangle amoureux.

Beate Zschäpe clame son innocence. Elle aurait vécu sous l’influence de deux hommes avec lesquels elle formait un triangle amoureux. Image: KEYSTONE

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Il aura fallu cinq années de procès et 600 témoignages, dont ceux d’une vingtaine d’informateurs des services secrets et d’une cinquantaine d’experts, pour déboucher sur le verdict que la justice allemande rendra ce mercredi. Dans le box des accusés: Beate Zschäpe et quatre autres personnes impliquées dans la vague de crimes qui ont secoué l’Allemagne entre 1999 et 2011.

Durant plus d’une décennie, le trio composé de Beate Zschäpe, Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt a pu procéder en toute impunité à dix meurtres xénophobes, trois attaques à la bombe et quinze braquages à travers tout le pays. Mais il aura fallu attendre leur dernier braquage, en novembre 2011, et le suicide des deux Uwe, pour que l’existence d’une cellule néonazie soit révélée au public.

L’Allemagne découvre alors le visage d’une jeune femme énigmatique, réservée, qui refuse d’expliquer aux enquêteurs son implication dans le Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, Clandestinité nationale-socialiste) et réfute toujours toute participation directe aux meurtres, expliquant avoir vécu sous l’influence des deux hommes avec lesquels elle formait un triangle amoureux.

Les actes commis par le groupe néonazi du NSU ont suscité l’indignation non seulement par leur caractère raciste, mais également en raison de la gestion des enquêtes par la police et les services secrets. Bien que les meurtres commis entre 2000 et 2006 aient été commis selon le même mode opératoire (deux individus à bicyclette exécutant sommairement des hommes supposés d’origine turque dans neuf cas et une femme policière avec la même arme), les autorités de chaque région n’avaient pas fait le lien entre les affaires. Racisme institutionnalisé

Pire: pour chaque meurtre, les soupçons s’étaient portés exclusivement sur les familles des victimes. Sebastian Scharmer, l’avocat des proches de Mehmet Kubasik, explique: «Ils étaient soupçonnés, Mehmet Kubasik aurait appartenu à la criminalité organisée, il aurait eu une liaison, aurait été joueur. Rien de tout cela n’était vrai. Il était très populaire dans le voisinage, il avait travaillé dur, c’était quelqu’un de vivant et de drôle. Sa fille a témoigné pendant le procès d’un moment significatif après le meurtre, lorsqu’un enquêteur a demandé à elle et à sa mère de dessiner l’arbre généalogique de la famille jusqu’à la 3e génération, y recherchant un suspect. Ça montre à quel point le soupçon se portait sur la famille.» De fait, les familles se trouvent confrontées à un racisme institutionnel de la part des autorités: malgré l’hypothèse soulevée par tous les proches de crimes à caractère raciste, cette piste n’est à aucun moment explorée par les enquêteurs.

En 2011, à mesure que les détails sur le NSU ont émergé, et devant l’indignation générale, la chancelière Angela Merkel s’est publiquement excusée auprès des familles et a promis que la lumière serait faite sur les dysfonctionnements de l’enquête. Pourtant, huit commissions parlementaires et une démission plus tard – celle du chef des renseignements généraux – ces graves manquements à l’enquête sont avérés mais les services incriminés n’ont pas été inquiétés.

Documents détruits

À Munich, pendant cinq ans, les parties civiles ont tenté de faire venir à la barre des témoins-clés, notamment des informateurs des services secrets dont certains se seraient trouvés sur place au moment des meurtres. À ce jour, une vingtaine d’informateurs ont témoigné, mais ceux directement concernés et ayant des liens personnels avec les membres du NSU n’ont pas été entendus.

D’autre part, des documents qui auraient permis de faire la lumière sur le rôle de ces informateurs au sein de la mouvance néonazie et sur l’inaction des services de police régionaux et fédéraux, pourtant au courant des activités criminelles du NSU, ont été tout simplement détruits. Le procureur fédéral n’a pas non plus souhaité ordonner d’enquête sur la provenance de l’arsenal d’armes automatiques en possession du trio NSU en novembre 2011 ni sur les réseaux néonazis internationaux ayant pu apporter un soutien logistique et financier au groupe terroriste.

La culture du secret de la part des autorités et le silence de la principale accusée, Beate Zschäpe, font que ce procès n’a pas apporté toute la lumière sur les nombreuses zones d’ombre entourant les crimes du NSU. Tout au plus, il aura permis la réhabilitation des familles des victimes, injustement soupçonnées. (TDG)

Créé: 10.07.2018, 22h18

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