Le procès d’un migrant bouc émissaire

HongrieCondamné à 10 ans de prison pour «terrorisme», Ahmed H. est rejugé cette semaine en Hongrie. L'affaire mobilise les milieux humanitaires

La frontière serbo-hongroise en 2015. Photo d'illustration.

La frontière serbo-hongroise en 2015. Photo d'illustration. Image: AFP

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C’est sur un petit écran de télévision que, mercredi dans le Tribunal de Szeged, l’accusation a passé au peigne fin quatre heures d’images filmées par la police hongroise lors de la journée fatidique du 16 septembre 2015. Elles montrent des hommes qui se massent, une foule qui chante, des familles et des enfants en retrait. Au plus fort de la crise migratoire, les autorités hongroises ont dressé un mur de barbelés à la frontière avec la Serbie quelques heures plus tôt.

Les migrants en route vers l’Allemagne sur la «Route des Balkans» s’agglutinent, la situation s’envenime, des hommes jettent des projectiles sur les forces de police qui répliquent avec des grenades lacrymogènes et un canon à eau. Ahmed H. était l’un d’eux. Sur les vidéos, on le voit s’adresser à la police, tendre la main vers elle et parler dans un mégaphone.

Invité à commenter les images par le Juge, il se défend: «j’essayais de calmer les gens, je disais à la police qu’on est venu en paix, que nous sommes avec nos familles et nos enfants», rapporte l’ONG Amnesty, présente à l’audience mercredi. On le voit aussi plus tard lancer quelques projectiles. «J’étais nerveux, j’ai perdu la tête, mais je n’ai voulu blesser personne», explique-t-il.

Discours anti-UE

Ahmed H. sera arrêté quelques jours après les faits alors qu’il s’apprêtait à entrer en Autriche avec sa famille, puis jeté en prison et condamné à dix ans de détention pour «actes de terrorisme» le 30 novembre 2016, en vertu d’une législation anti-terroriste draconienne fraîchement adoptée par le parti nationaliste Fidesz, qui gouverne la Hongrie depuis 2010.

Pour le premier ministre hongrois Viktor Orbán et son gouvernement, l’affaire était entendue avant même la réouverture de ce nouveau procès cette semaine: «Ahmed est un terroriste qui a dirigé l’attaque contre la frontière et la police hongroises», comme il l’a écrit sur Facebook lundi. «Il est scandaleux que les organisations sponsorisées par George Soros (ndlr: milliardaire philanthrope) et que les politiciens pro-migrants à Bruxelles fassent pression sur le tribunal hongrois pour qu’il libère un terroriste.»

Un procès "politique"

Le dirigeant hongrois était même allé jusqu’à lancer un «Bruxelles est du côté des terroristes», au printemps dernier, après que le Parlement européen ait considéré qu’Ahmed H. avait subi un «procès inéquitable». Viktor Orbán mise sur une rhétorique xénophobe pour remporter les élections législatives en avril, pour lesquelles il est ultra-favori. La crise migratoire de 2015, «c’était une invasion, pas une vague de réfugiés», a-t-il par exemple asséné lundi dans le journal allemand Bild.

Le sort d’Ahmed H. apparaît d’autant plus cruel que ce père de deux jeunes enfants n’était même pas clandestin lors de son arrestation. Résident à Chypre et en possession de documents valides, c’est pour aider ses parents fuyant la Syrie en guerre qu’il les avait rejoints sur la route de l’exil. Son nouveau jugement pourrait être prononcé dès ce vendredi. (TDG)

Créé: 11.01.2018, 16h15

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