Preynat, le prêtre pédophile, affronte ses victimes à Lyon

ProcèsL’ancien homme d’Église a avoué avoir abusé de 35 enfants. «Il m’a fallu du temps pour comprendre que c’était mal», plaide le pédophile.

Bernard Preynat, entouré de deux policiers, lors de son arrivée au tribunal.

Bernard Preynat, entouré de deux policiers, lors de son arrivée au tribunal. Image: AFP / Philippe Desmazes

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Décidément, la fièvre de la grève est ardente en France, jusque dans les prétoires. Le procès du prêtre pédophile Bernard Preynat aurait dû commencer lundi au Tribunal correctionnel de Lyon, mais il a été retardé d’un jour en raison de la grève des avocats qui, comme les conducteurs de train ou de métro, défendent leur régime de retraites autonome.

Mardi matin encore, le bâtonnier de l’Ordre des avocats lyonnais intervenait pour demander le report du procès, mais la présidente refusait. Le procès Preynat pouvait enfin commencer. Presque trente ans après les faits, l’homme qui selon ses propres aveux a abusé de 35 enfants au moins, dont 10 seulement ne tombent pas sous le coup de la prescription, est devant ses juges.

Symbole des silences de l’Église

Bernard Preynat, 74 ans, n’a jamais nié les faits qui lui sont reprochés. Il parle d’une voix posée mais faible, résultat explique-t-il d’un problème cardiaque. Celui que son avocat décrit comme «un homme terriblement seul et isolé, qui vit avec une petite retraite», est devenu, depuis que le scandale a éclaté il y a bientôt cinq ans, le symbole du prêtre abuseur et des silences coupables de l’Église. À cause de lui, le cardinal Barbarin a été jugé, dans la même salle de tribunal il y a exactement un an, et condamné à 6 mois de prison avec sursis pour ne pas l’avoir dénoncé à la justice. Le cardinal a fait recours et la décision sera rendue le 30 janvier, mais d’ores et déjà l’affaire Preynat a brisé l’image et la carrière du plus célèbre prélat de France.

Dans la salle, huit des dix victimes portées parties civiles sont présentes. Tous des hommes qui avaient entre 7 et 13 ans à l’époque des faits. Bernard Preynat était alors un prêtre apprécié de ses paroissiens et le créateur d’un groupe scout réputé, dans la banlieue lyonnaise, qui a compté jusqu’à 400 jeunes. C’est là, entre 1971 et 1991, lors de camps, de voyages à l’étranger ou pendant les activités hebdomadaires, qu’il soumettait des petits garçons à des embrassades, des caresses intimes, des fellations, à deux cas de viols aussi, aujourd’hui prescrits.

Malgré plusieurs alertes, ce n’est qu’en 1991, alors que des parents menacent de déposer une plainte, que le cardinal de l’époque, Mgr Decourtray, démet Bernard Preynat. En réalité, sous la promesse qu’il ne recommencera pas, il le déplace dans une paroisse à l’autre bout du diocèse, où aucun nouveau cas d’abus sexuel n’est apparu depuis lors. En 2015, après que le scandale a éclaté en raison de la plainte d’une ancienne victime, Bernard Preynat est suspendu de ses fonctions; il a été déchu de la prêtrise l’été dernier par le Vatican.

Mardi, confronté aux témoignages de ses victimes, dont certains ne l’avaient plus croisé depuis leur enfance, il ne nie pas, confesse les faits et demande pardon. Il place sa défense sur un autre plan: «Je ne me rendais pas compte de la gravité de mes actes. Je savais qu’ils étaient interdits et condamnables, mais je ne pensais pas du tout qu’ils auraient de telles conséquences sur les victimes. Pour moi, c’étaient des gestes de tendresse dans lesquels je trouvais un certain plaisir. Il m’a fallu du temps pour comprendre que c’était mal sur le plan moral et condamnable.»

«J’aurais dû...»

La présidente ne se contente pas de ces explications et l’interpelle, crûment:

–Pensez-vous que ces enfants avaient envie de vous toucher le sexe?

–Non.

–Ne pouviez-vous pas en déduire qu’ils étaient dans une situation de contrainte?

–J’aurais dû…

–Pendant longtemps, vous avez dit que les enfants étaient complices.

–C’est un mot malheureux, mais dès que je sentais une réticence, je m’arrêtais tout de suite.

À plusieurs reprises, il le répète, quand il sentait «le moindre rejet», il arrêtait, et ce n’est que récemment, lors d’une expertise psychiatrique en 2017, qu’il a compris la notion d’emprise. «Le fait que des victimes aient gardé des contacts avec moi, que certaines aient voulu que je les marie ou baptise leurs enfants, cela m’a empêché peut-être de comprendre cette emprise.»

Un avocat s’emporte: «À l’époque non, maintenant si», répond Bernard Preynat. «Pourtant vous vous cachiez. Vous l’aviez, cette conscience, aussi à l’époque. C’est parce que c’est interdit que vous le faisiez en cachette, M. Preynat!»

Plus tard dans la journée, l’ex-prêtre aura cet aveu: «Je le reconnais, un enfant est sans défense. Ils me faisaient confiance parce que c’étaient leurs parents qui me les confiaient, parce que j’étais prêtre.» Le procès est prévu jusqu’à vendredi.

Créé: 14.01.2020, 23h31

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