Le président Mattarella, seul maître à bord d’une Italie sans gouvernail

Chaos politiqueSalvini se voit infliger un nouveau revers avec l’«Open Arms», tandis que le président de la République joue la montre pour dénouer la crise.

Le président italien Sergio Mattarella.

Le président italien Sergio Mattarella. Image: Keystone

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Sale temps pour Matteo Salvini. Après une attaque en règle de la part de son ancien allié, le premier ministre, Giuseppe Conte, qui a jeté l’éponge mardi après-midi, le désormais ex-ministre italien de l’Intérieur s’est pris une nouvelle claque dans la soirée avec le débarquement à Lampedusa de la centaine de migrants recueillis au large de la Libye par l’Open Arms. Le chef de la Ligue, fermement opposé à toute arrivée de migrants en Italie alors que six pays européens s’étaient accordés pour se répartir l’accueil de ces naufragés, a été obligé de s’incliner devant la décision du procureur d’Agrigente.

Compte tenu des fortes tensions à bord du navire humanitaire – en attente depuis une semaine –, celui-ci a décidé dans la soirée que les rescapés devaient être débarqués. Et ce alors même que l’Espagne venait de faire appareiller un navire militaire pour les récupérer. L’Open Arms, affrété par l’ONG espagnole du même nom, a ainsi pu accoster peu avant minuit, au grand dam du leader populiste.

Le procureur italien a également décidé de placer le bateau humanitaire sous séquestre, dans le cadre d’une enquête contre X pour «séquestration de personnes, omission et refus d’actes officiels». Matteo Salvini, qui s’est senti directement visé par cette procédure, a réagi dans la nuit sur les réseaux. «Si quelqu’un pense me faire peur avec la énième plainte et demande de procès, il se trompe», a-t-il écrit sur son compte Facebook.

Il aura donc fallu l’intervention de la justice italienne pour venir à bout de ce bras de fer qui a largement alimenté la crise politique à Rome, où le gouvernement populiste, torpillé par le patron de la Ligue, a chuté mardi. Comme le veut la Constitution en pareil cas de figure, l’avenir du pays est maintenant entre les mains du président, Sergio Mattarella. En temps normal, le président de la République italienne a peu de prérogatives. En revanche, lorsqu’il s’agit de former un nouveau gouvernement, il apparaît sur le devant de la scène.

Mercredi, peu avant le coup d’envoi des consultations pour explorer la possibilité d’une nouvelle majorité, le Parti démocrate, première force de gauche, a voté à l’unanimité une proposition «pour constituer un gouvernement de changement» avec le Mouvement 5 étoiles (M5S). Tout en posant un certain nombre de conditions: «Appartenance loyale à l’Europe, pleine reconnaissance de la démocratie représentative et de la centralité du parlement, développement basé sur le respect de l’environnement, changement de cap dans la gestion des flux migratoires avec un rôle prééminent de l’Europe, virage dans la politique économique et sociale vers davantage de redistributions et d’investissements.» Le M5S n’a pas répondu, voulant «attendre la fin des consultations» du président, qui doivent se poursuivre jusqu’à jeudi soir.

Si dans ce délai aucune majorité ne se dégage, Sergio Mattarella pourrait alors en ultime recours dissoudre le parlement et convoquer de nouvelles élections, comme le réclame tant Matteo Salvini. Mais le président europhile s’est d’ores et déjà montré réticent à cette idée car le scrutin tomberait au moment où l’Italie, très endettée, devra présenter son projet de budget pour 2020 à la Commission européenne.

Créé: 21.08.2019, 19h04

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