Pour Bernard Tapie, la victoire de sa vie

FranceBernard Tapie a été relaxé mardi dans l’affaire de l’arbitrage de 2008. L’ancien ministre et homme d'affaires, hospitalisé, n’était pas présent pour savourer sa victoire.

Bernard Tapie et son avocat Hervé Temime à la fin de son procès le 4 avril.

Bernard Tapie et son avocat Hervé Temime à la fin de son procès le 4 avril. Image: EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON

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«Dans ma vie, j’ai été condamné pour des choses que je n’ai pas faites et j’ai fait des choses pour lesquelles je n’ai pas été condamné», a confié un jour Bernard Tapie. Dans quelle catégorie rangera-t-il sa relaxe par le Tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire de l’arbitrage dont il avait bénéficié en 2008 pour solder son litige avec le Crédit lyonnais? Lui seul le sait. À l’annonce du jugement, mardi matin, l’homme d’affaires a en tout cas laissé exploser sa joie depuis l’hôpital où il est en chimiothérapie. «Mon cancer vient d’en prendre un sale coup dans la gueule!» a-t-il confié à «La Provence», le journal dont il est le principal actionnaire. Son état de santé ne lui avait pas permis de se rendre à la dernière audience d’un procès lors duquel il avait combattu avec acharnement, faisant la leçon aux journalistes et la démonstration de son innocence aux magistrats. Mais il en a savouré l’issue avec gourmandise: «C’est le plus beau jour de sa vie!», a rapporté son épouse Dominique. Avant même que le prononcé soit achevé, Bernard Tapie avait déjà tenté de joindre son avocat, Hervé Temime. Celui-ci, versant encore une larme dans le prétoire, n’avait pas tout de suite décroché.

Pas de preuves

Personne, si ce n’est sans doute le principal intéressé, qui comparaissait pour «escroquerie et détournement de fonds publics» n’avait imaginé pareille issue. Le tribunal a estimé que les preuves n’étaient pas établies d’une entente illégale pour conduire à ce règlement privé du litige qui avait permis à l’homme d’affaires de percevoir, en 2008, plus de 400 millions d’euros dont 45 au titre de préjudice moral. «Aucun élément du dossier ne permet d’affirmer que cette sentence, définitivement annulée au civil, ait été entachée de fraude», ont conclu les juges.

Tous les cinq coprévenus de Bernard Tapie bénéficient eux aussi de la relaxe. Parmi eux, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, dont le maintien à la tête de l’entreprise aurait été compromis en cas de condamnation. Dans cette affaire, Christine Lagarde, tout juste nommée à la Banque centrale européenne, avait déjà été condamnée par la Cour de justice de la République pour «négligence». Mais celle qui était ministre des Finances à l’époque des faits avait été exemptée de peine. Selon l’accusation, Bernard Tapie avait profité de sa proximité avec Nicolas Sarkozy, alors à l’Élysée, pour convaincre de mettre en place une procédure qui lui serait favorable. Le parquet avait requis à l’audience la peine maximum: cinq ans de prison ferme.

«Un phénix qui rebondit toujours»

La prison? L’ancien ministre n’y retournera pas. Quand bien même le parquet ferait appel - ce qui est probable - un second procès ne serait pas organisé avant plusieurs années.

À l’audience, la présidente du tribunal avait rappelé un casier judiciaire fourni. Une demi-douzaine de condamnations allant de la fraude fiscale à l’abus de bien social, en passant par l’abus de confiance, la subornation de témoin, mais aussi la diffamation et même l’excès de vitesse. La détention, Bernard Tapie l’avait éprouvée pendant six mois en 1997, après l’affaire OM-VA. «C’était épouvantable», avait-il un jour raconté, en décrivant sa première nuit à l’ombre: «J’avais dormi à terre à plat ventre». En 1993, alors qu’il était le patron de l’OM, des joueurs de Valenciennes avaient été payés pour «lever le pied» lors d’un banal match de championnat. Il ne fallait pas gâcher les chances des Marseillais qui devaient disputer (et gagner) quelques jours plus tard la finale de la Ligue des champions. Tapie avait eu cette phrase magnifique lors de son procès: «J’ai menti mais c’était de bonne foi». Des années après, ses aficionados lui ont tout pardonné. Apprenant son cancer il y a deux ans, des supporters avaient déployé des banderoles au Stade Vélodrome. «Courage Nanard, on est avec toi!» Il en avait chialé.

«Tapie, c’est un phénix qui rebondit sans cesse», a réagi son ami Franz-Olivier Giesbert à l’annonce du jugement. On ne saurait mieux dire. Après avoir été la coqueluche de François Mitterrand, qui l’avait fait ministre, il avait été honni par le Parti socialiste qui le jugeait infréquentable. Vingt-cinq ans plus tard, lors des élections du 26 mai dernier, on l’invitait pourtant encore sur les plateaux de télé pour commenter le scrutin européen. En faillite depuis 1994, cela ne l’empêchait pas non plus de racheter le journal «La Provence» en 2013. Après avoir symbolisé les années fric, on le voyait encore défendre les gilets jaunes à l’automne dernier. Après ses mille et une vies tourmentées, son ami Claude Lelouch l’avait encore initié au cinéma. Devant le Tribunal correctionnel de Paris, il avait d’ailleurs défini ainsi sa profession à l’entame de son procès: «acteur».

C’était avant de savoir que le personnage du paria harcelé par le système puis spectaculairement blanchi serait le rôle de sa vie.

Créé: 09.07.2019, 12h05

La justice pénale contredit la justice civile

C’est le paradoxe de ce jugement. La justice pénale vient d’estimer que l’arbitrage dont a bénéficié Tapie en 2008 n’était pas une escroquerie. Mais au civil, l’ancien ministre reste condamné à rembourser.

1990 Bernard Tapie achète Adidas

1992 Il mandate la SDBO, filiale du Crédit lyonnais, pour revendre la marque aux trois bandes

1993 Adidas est vendu pour 472 millions d’euros à un groupe d’investisseurs, dont Robert Louis-Dreyfus et une filiale du Crédit lyonnais

1994 Robert Louis-Dreyfus prend le contrôle d’Adidas à un prix bien supérieur: 700 millions d’euros. Tapie accuse la banque, alors publique, d’avoir mis en place un montage financier pour engranger une plus-value

De 1995 à 2007 Plusieurs tribunaux sont saisis. Ils condamnent tour à tour l’une ou l’autre des parties

2007 Un arbitrage permet de contourner les tribunaux. Tapie perçoit 403 millions dont 45 au titre de préjudice moral

2015 L’arbitrage est annulé par la Cour d’appel de Paris, qui estime que la sentence est entachée de fraudes

2019 Le Tribunal correctionnel de Paris relaxe Tapie des chefs d’escroquerie et de détournement de fonds publics

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