Les Polonais étouffent sous les particules fines

PologneLe pays compte plus de la moitié des villes les plus polluées du monde. L’abandon des chauffages à charbon prendra du temps

Des activistes antismog à Katowice.

Des activistes antismog à Katowice. Image: Hélène Bienvenu

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«Dans mon quartier, on ne peut plus se promener le soir à cause de la pollution», regrette Renata Chmielewska, lors d’un débat à Jaworzno. «On doit sensibiliser dès l’école maternelle sur ce que l’on peut brûler dans nos chaudières» souligne l’institutrice. Tout l’hiver et jusqu’au retour des beaux jours, lorsque le vent ne souffle pas, les quelque 100000 habitants de Jaworzno en Silésie (sud de la Pologne) souffrent du smog, une pollution aux particules fines.

Selon l’OMS, la Pologne compte 33 des 50 villes les plus polluées au monde. Le simple fait de résider à Katowice, capitale de la Silésie, équivaut à fumer passivement 2500 cigarettes par an. En cause: les chaudières des particuliers, responsables pour moitié de ces émissions. Souvent vétustes, elles carburent au charbon. Parfois, ce sont ses dérivés, moins onéreux comme la boue de charbon qui s’y substituent, voire des ordures.

La Pologne, dépourvue de centrale nucléaire, tire son énergie du charbon dont elle dépend à 80%. L’or noir, extrait dans les mines silésiennes, emploie plus de 100000 personnes. Si la pollution aux particules fines, responsable de près de 47000 morts par an selon Greenpeace, n’est certes pas nouvelle, est devenue une thématique incontournable à l’heure des réseaux sociaux. En février dernier, la Cour de justice européenne épinglait la Pologne pour non-respect des normes. Entre 2007 et 2015, le pays a dépassé plusieurs fois la limite annuelle et quotidienne aux particules de moins de 10 micromètres de diamètre. «Ces substances provoquent asthme, maladies respiratoires, naissances prématurées. On peut supposer qu’elles sont à l’origine de divers cancers, même si on manque encore de données scientifiques» avance Ewa Konduracka, professeur de cardiologie à l’école de médecine de l’université Jagellonne, à Cracovie.

Des drones à la rescousse

«J’ai appris il y a trois ans l’existence du smog, mettant un mot sur mes migraines. Jusque-là, je ne me souciais pas de l’air que je respirais, maintenant je sais qu’il raccourcit nos vies. La prise de conscience est indéniable mais elle doit se poursuivre, il y a des localités où les maires ne veulent rien entendre», analyse Wojciech Saluga, à la tête de la région Silésie. L’élu rappelle volontiers que sa région a été la deuxième en Pologne à adopter une mesure «antismog» l’an dernier, bannissant sur-le-champ la combustion de dérivés de charbon et imposant l’installation de chaudière dite de classe 5, moins polluantes, d’ici 2027. Mais rares sont encore les polices municipales qui sortent le carnet d’amendes. À l’exception de Cracovie, qui devrait bientôt s’équiper de drones pour observer les fumées de cheminées. «C’est une bonne idée car moi je ne veux pas dénoncer mes voisins, je tiens à garder des relations cordiales» argumente Krzystof Brzyzowski à Jaworzno. Ce retraité de 59 ans a opté pour une solution respectueuse de l’environnement: les granulés de charbon.

C’est un mouvement citoyen, le «Polski Alarm Smogowy» apparu à Cracovie en 2012 qui a forcé les autorités locales à se saisir de la question. Depuis, le réseau, toujours aussi actif, s’est ramifié à l’échelle du pays. Plusieurs régions et municipalités ont adopté leur propre réglementation prévoyant des aides financières plus ou moins généreuses pour inciter les habitants à changer leur chauffage, un investissement de l’ordre de 2500 euros. Cracovie, joyau touristique de la Pologne, située dans une cuvette polluée tout l’hiver, est passée championne de la lutte contre les particules fines. Plus de 4200 chaudières ont été changées en 2016 et d’ici juillet 2019 toute combustion au charbon sera interdite.

En revanche, côté pouvoir central, la réaction est lente. À Varsovie, le gouvernement vient d’annoncer un programme d’efficacité énergétique réduit à 23 municipalités ainsi que des normes de qualité pour le charbon. Pas de quoi contenter les activistes antipollution, tel Patryk Bialas, membre de l’«Alarm Smogowy» à Katowice «Ces normes n’éliminent pas les dérivés de charbon. Les gouvernements alignent leur plan énergétique les uns après les autres mais n’osent pas aller jusqu’à une transformation plus complexe de peur de se mettre les mineurs à dos». (TDG)

Créé: 08.04.2018, 18h15

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