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La piste d’un financement russe met Matteo Salvini sur la défensive

Des membres de la Ligue ont été enregistrés à leur insu en tractations à Moscou. La justice italienne a ouvert une enquête.

Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini se retrouve au cœur d’un scandale que d’aucuns surnomment déjà le «Moscougate».
Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini se retrouve au cœur d’un scandale que d’aucuns surnomment déjà le «Moscougate».
AP/KEYSTONE/ GREGORIO BORGIA

L’enregistrement audio rendu public mercredi par le site d’information «Buzzfeed» a déclenché une tempête politique en Italie. La scène, qui se déroule le 18 octobre dernier dans un salon de l’Hôtel Metropol, à quelques mètres de la place Rouge, est digne d’un roman de John le Carré. Un micro espion enregistre la discussion de six hommes, trois Russes et trois Italiens. Il est question de la livraison par la Russie de 6 millions de tonnes de pétrole, un marché de 1,5 milliard d’euros, à l’Italie. Le fournisseur russe accepterait de faire un important rabais mais, à travers plusieurs passages par des sociétés écrans, l’Italie paierait le prix du marché. Le mécanisme permettrait de dégager 65 millions d’euros de fonds secrets destinés aux Italiens.

Il ne s’agit pourtant pas d’une classique affaire de pots-de-vin mais d’un scandale géopolitique qui atteint directement le ministre de l’Intérieur. «Nous avons besoin de cet argent pour la campagne des élections européennes, déclare Gianluca Savioni, l’un des trois Italiens, à ses interlocuteurs. Nous voulons une Europe plus proche de la Russie. Salvini veut changer l’Europe.»

«Pas un seul rouble»

Or Gianluca Savioni, contre qui la justice italienne a ouvert jeudi une enquête pour corruption internationale, est un proche du patron de la Ligue. 55 ans, marié à une Russe, longtemps militant dans des partis néonazis, il a été porte-parole de Matteo Salvini. Il est le fondateur de l’association Lombardie-Russie, l’organe qui gère les rapports entre la Ligue et Russie unie, le parti de Vladimir Poutine. «Chez moi, vous ne trouverez pas un seul rouble ni une bouteille de vodka, affirme Salvini pour se défendre. La seule chose que j’ai rapportée de Russie est un ourson en peluche pour ma fille.»

Bien que rien ne démontre que la transaction ait effectivement eu lieu, il est néanmoins difficile pour de nombreux Italiens de croire que Savioni ait agi pour son compte personnel sans l’aval de son mentor politique, qui milite depuis des mois pour la levée des sanctions économiques imposées par l’Union européenne à la Russie.

Tempête politique

L’opposition est sur le pied de guerre et le Parti démocrate a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le scandale. Même le Mouvement 5 étoiles (M5S) a attaqué la Ligue, qui est pourtant son partenaire gouvernemental. «J’apprends l’existence d’une conversation sur de l’argent russe donné à la Ligue, a déclaré Luigi Di Maio. Chaque fois que j’entends des choses pareilles, je suis fier du M5S. Nous, nous ne sommes financés que grâce aux dons de nos militants.»

L’onde de choc de ce que la presse transalpine a rebaptisé le «Moscougate» dépasse les frontières de la péninsule. Ainsi, le poste de commissaire européen à la concurrence qui devait revenir à un représentant de la Ligue est désormais compromis. Comment confier au membre d’un parti qui obtiendrait des financements occultes de Vladimir Poutine la mission de négocier pour l’Europe avec la Russie?

L’affaire italienne intervient moins de deux mois après le scandale qui avait frappé le chef de l’extrême droite en Autriche. Le 18 mai dernier, le vice-chancelier Heinz-Christian Strache avait démissionné de toutes ses fonctions. La veille, une vidéo datant de 2017 était rendue publique. Le chef du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) y apparaissait en conversation avec une femme présentée comme une proche d’un oligarque russe. Elle lui proposait de financer son parti en échange de l’obtention de contrats pour des marchés publics si le FPÖ parvenait au pouvoir.

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